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Dans les campagnes égyptiennes, la présidentielle déchaîne les passions

20/05/2012 01:03 EDT | Actualisé 19/07/2012 05:12 EDT

Le modeste Centre culturel de Tafahna al-Azab, dans le delta du Nil, a été bâti sous Hosni Moubarak pour abriter une petite bibliothèque et quelques activités éducatives. Il accueille aujourd'hui des discussions politiques impensables avant la chute du raïs.

Du vieux chef du village aux jeunes étudiants, cette localité agricole a fait de la salle commune son salon politique, où l'on fait et refait l'Egypte à la veille de la présidentielle qui s'ouvre mercredi.

"Si nous avons un vrai gouvernement, avec de vraies institutions, alors tout sera pour le mieux", assure Mohamed Mandour, professeur d'arabe à l'école du village, vêtu d'une gallabeya, la longue tunique traditionnelle.

La salle --en fait une annexe d'une maison rurale aux hauts plafonds et aux carrelages multicolores-- est comble. Sur les murs extérieurs de brique rouge ont été placardées les affiches des principaux candidats.

Tafahna al-Azab résonne des mêmes débats qui agitent toute l'Egypte quinze mois après la chute sous la pression de la rue de Hosni Moubarak, qui a remis son pouvoir à l'armée.

Faut-il élire un homme ayant déjà fait ses preuves --difficile à trouver en dehors des personnalités de l'ancien régime-- pour ramener la stabilité et la croissance? Ou doit-on donner leur chance aux islamistes qui dominent déjà le Parlement élu il y a quelques mois?

"Nous avons besoin d'un homme d'expérience. Nous ne pouvons nous permettre d'avoir un président qui fasse de l'Egypte un terrain d'expérimentation alors que nous traversons une phase si critique", affirme avec assurance Mohammed Mandour.

Pour Ibrahim, un étudiant à la barbe courte membre des Frères musulmans, "le Coran doit être le fondement de l'Etat". "La religion est la réponse aux intérêts égoïstes", assure-t-il.

Des grognements de réprobation s'élèvent dans l'assistance. "Les islamistes! Ils n'ont rient fait pour ce pays et maintenant ils veulent monopoliser le pouvoir!" tempête Ahmed Tohamy Omran, un riche fermier du village.

Les Frères musulmans, première force politique après avoir été maintenus dans la semi-clandestinité sous M. Moubarak, restent puissants, mais à Tafahna al-Azab comme ailleurs on s'interroge sur leur capacité à gérer le pays.

Les débats houleux sur la rédaction d'une nouvelle Constitution --en panne faute de consensus sur la composition de la commission constituante-- trouvent aussi écho dans la petite salle du Centre culturel.

"Il fallait écrire une Constitution avant d'élire le président. A quoi cela sert-il de construire une maison si l'on n'a pas les fondations?", s'emporte Enein Zarad, un ancien officier qui a combattu contre Israël durant la guerre du Kippour, en 1973.

"Mon Coran à moi, ce sera la Constitution", proclame-t-il, au grand dam de deux militants islamistes qui quittent les lieux pour marquer leur désaccord.

A l'extérieur de la salle, où les débats sont réservés aux hommes, des femmes entourées d'enfants font leurs courses dans les rues du village avant le retour du bétail des champs.

Leur premier souci semble être la criminalité qui a progressé dans tout le pays depuis la chute du régime de Moubarak. A Tafahna al-Azab, ce sont des histoires de trafiquants de drogue rôdant le long des canaux d'irrigation qui alimentent l'inquiétude.

"Je voudrais juste quelqu'un qui ramène la sécurité, pour être débarrassée des criminels", affirme Safa, qui porte un foulard aux couleurs vives.

Le débat télévisé sans précédent organisé la semaine dernière entre deux des principaux candidats, l'ancien chef de la Ligue arabe Amr Moussa et l'islamiste indépendant Abdel Moneim Aboul Foutouh, a aussi été suivi.

"Après toutes ces années de présidents imposés, regarder ces deux hommes essayer de convaincre, c'était incroyable!" affirme Amgad, un employé de l'école.

Mais Amin Abdel Aziz Imam, employé municipal, semble moins convaincu. "Ces candidats ne font que parler, parler, parler", soupire-t-il.

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