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20/05/2012 09:09 EDT | Actualisé 20/07/2012 05:12 EDT

Attentat de Lockerbie: Abdelbaset al-Megrahi, le seul condamné, est mort

BENGHAZI, Libye - Le Libyen Abdelbaset al-Megrahi, la seule personne jamais condamnée pour l'attentat de Lockerbie en 1988, est mort dimanche chez lui à Tripoli, près de trois ans après avoir été remis en liberté parce qu'il souffrait d'un cancer en phase terminale.

Cet ancien officier du renseignement libyen, qui clamait son innocence, était âgé de 60 ans. En 2001, il avait été condamné à la réclusion à perpétuité pour l'attentat de Lockerbie par un tribunal écossais siégeant dans une base militaire aux Pays-Bas.

Après huit ans de détention, l'Ecosse l'avait remis en liberté le 20 août 2009 pour raisons humanitaires, décidant de le laisser rentrer mourir dans son pays, le détenu souffrant d'un cancer de la prostate en phase terminale. A l'époque, les médecins ne lui donnaient que trois mois à vivre.

Cette libération avait suscité l'indignation de familles de victimes de l'attentat contre le Boeing 747 de la Pan Am qui avait fait 270 morts -des Américains pour la plupart- le 21 décembre 1988 au-dessus de Lockerbie en Ecosse. Il avait été accueilli en héros à son retour en Libye, ajoutant encore à leur colère.

Le gouvernement britannique et les autorités écossaises avaient ensuite fermement démenti les allégations selon lesquelles Londres aurait cherché avec sa libération à préserver des intérêts commerciaux avec la Libye. Pendant sa détention, Tripoli avait fait pression sur Londres, prévenant que s'il venait à mourir dans une prison écossaise, toute activité commerciale britannique en Libye cesserait et qu'une vague de manifestations éclaterait devant les ambassades britanniques, selon des câbles diplomatiques.

Depuis son retour en Libye, il résidait dans la villa familiale, protégée par de hauts murs d'enceinte, dans un quartier chic de la capitale libyenne. Il restait alité la plupart du temps, faisant parfois quelques pas aidé d'une canne. Les autorités libyennes veillaient à ce que le public ne puisse lui rendre visite.

Son fils Khaled al-Megrahi, interrogé par téléphone, a confirmé dimanche qu'il venait de mourir à Tripoli, sans autres précisions. Un membre du Conseil national de transition (CNT) au pouvoir en Libye, Moussa al-Kouni, a confirmé qu'il s'était éteint dans sa maison de Tripoli dimanche matin.

Abdelbaset al-Megrahi avait toujours clamé son innocence, mais après sa libération il avait gardé le silence. "Je suis innocent", avait-il encore affirmé dans sa dernière interview, publiée en décembre par plusieurs journaux britanniques. "Je vais bientôt mourir et maintenant je demande qu'on me laisse en paix avec ma famille".

Sa mort, sept mois après celle du colonel Mouammar Kadhafi, le dirigeant libyen renversé, laisse de nombreuses questions sans réponses sur l'attentat.

Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l'accusation lors de son procès soutenaient qu'il n'avait pas agi seul et perpétré l'attentat pour le compte du renseignement libyen. Après la chute du régime de Mouammar Kadhafi l'été dernier, la Grande-Bretagne a demandé aux nouveaux dirigeants du pays leur aide pour enquêter, mais ils ont repoussé toute enquête et refusé toute idée d'incarcérer Al-Megrahi ou le livrer de nouveau.

L'attentat contre le vol 103 de la Pan Am, qui reliait Londres et New York, fait partie des plus meurtriers de l'histoire contemporaine. Après des années de sanctions des Nations unies, le régime Kadhafi avait fini par livrer Al-Megrahi et un autre suspect, qui allait être acquitté lors du procès, aux autorités écossaises. Quatre ans plus tard, en 2003, Mouammar Kadhafi, soucieux de sortir de son isolement international, avait reconnu une responsabilité, mais pas une culpabilité, dans l'attentat et accepté de verser 2,7 milliards de dollars aux familles de victimes.

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