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Tunisie: remous autour du remaniement de la commission électorale

19/05/2012 08:41 EDT | Actualisé 19/07/2012 05:12 EDT

TUNISIA, Tunisia - Vigoureusement contesté, un projet de loi visant à remanier la commission électorale suscite des remous en Tunisie. Plusieurs voix dans l'opposition et des personnalités indépendantes y voient une menace pour la transition démocratique que vit le pays après la chute du régime totalitaire de l'ancien président Ben Ali en janvier 2011.

Au centre des appréhensions: la nouvelle composition de la commission électorale qui prévoit un quota partisan faisant craindre une prise en main de cette instance par les partis dominants, singulièrement le mouvement islamiste Ennahdha.

Vainqueur des élections du 23 octobre dernier, le parti de Rached Ghannouchi détient avec 89 sièges sur 217 la majorité à l'Assemblée nationale constituante avec ses deux alliés du centre-gauche, le Congrès pour la République (CPR) du défenseur des droits de l'Homme et actuel chef de l'Etat Moncef Marzouki (29 sièges) et Ettakatol (Forum démocratique pour les libertés et le travail) du Dr Mustapha ben Jaâfar.

Le texte doit être soumis dans un "proche délai" à l'ANC, a annoncé le chef du gouvernement, l'islamiste Hamadi Jebali, lors d'une grande cérémonie vendredi soir marquant "l'achèvement officiel" de la mission de l'Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) qui a organisé le premier scrutin libre dans l'histoire de la Tunisie.

Dirigée par le président du Réseau euro-méditerranéen des droits de l'Homme (Euromed) Kamel Jendoubi, entouré de personnalités indépendantes dont des juristes, des universitaires et des hommes de médias, l'ISIE a fait l'unanimité pour avoir mené à terme la tâche qui lui était confiée dans un contexte post-révolution particulièrement difficile marqué par des dérives sécuritaires, sociales et économiques. De nombreuses voix appellent à sa reconduction.

Premier à réagir, M. Marzouki a plaidé pour le maintien d'une "instance électorale indépendante du pouvoir exécutif".

"Il est désormais hors de question qu'un gouvernement quel qu'il soit vienne à superviser les échéances électorales où il serait juge et partie", a-t-il insisté en rappelant que de telles pratiques ont été par le passé à l'origine de l'instauration du despotisme et de la corruption.

Selon lui, une telle instance "constitue de par sa neutralité et son indépendance le meilleur garant pour la poursuite du processus de transition démocratique, voire de la pérennité de la démocratie en tant que voie idoine de l'alternance au pouvoir".

Le président de l'ANC, Mustapha Ben Jaâfar, a mis l'accent de son côté sur "l'importance du rôle d'une instance indépendante" en vue des prochaines élections qui devraient se tenir entre mars et juin 2013, selon une proposition gouvernementale.

Il s'est dit ouvertement hostile à toute répartition partisane au sein de cette instance qui doit être "à l'abri des courants politiques et des pressions". "Nous écrivons ensemble la première page de la démocratie malgré nos différences, mais le chemin à parcourir est encore plus important", a-t-il noté. AP

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