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Jérusalem toujours divisée, 45 ans après sa "réunification"

19/05/2012 04:31 EDT | Actualisé 18/07/2012 05:12 EDT

Israël doit célébrer dimanche le "Jour de Jérusalem" marquant la "réunification" de la Ville Sainte, mais 45 ans après la conquête de sa partie orientale, les disparités entre secteurs juif et arabe sont criantes.

Israël a conquis Jérusalem-Est durant la guerre israélo-arabe des Six Jours de juin 1967, puis l'a annexée en affirmant considérer l'ensemble de la ville comme sa "capitale éternelle et indivisible", une décision jamais reconnue par la communauté internationale.

Aucun mur ne sépare les deux parties de la ville mais les Palestiniens, qui aspirent à créer dans l'Est la capitale de leur futur Etat, se plaignent de conditions de vie inférieures à celles de leurs voisins israéliens.

A l'Ouest, des autobus flambant neufs, équipés d'une billetterie électronique, circulent sur des routes bien entretenues bordées d'espaces verts et parsemés de bancs publics. Les ordures sont triées et régulièrement ramassées.

A l'Est, il faut se résigner à brûler les ordures dans des décharges souvent pestilentielles. Les écoles étant surpeuplées, leur fréquentation est divisée en plusieurs tranches horaires. Résultat: des enfants traînent et jouent une grande partie de la journée sur la chaussée défoncée.

"Il suffit de se promener 10 minutes à l'Est, et 10 minutes dans les quartiers (juifs) de colonisation de Jérusalem pour constater la différence", estime Ziad Hammouri, un avocat qui dirige le Jerusalem Centre for Social and Economic Rights.

Mahmoud Khweis, 39 ans, qui vit au Mont des Oliviers, affirme qu'il n'a jamais vu un véhicule de la voirie urbaine dans son quartier jusqu'à ce que des colons juifs s'installent dans les environs. "Comparées à celles des camps de réfugiés, les routes sont correctes. Mais cela n'a rien à voir avec Rehavia", un quartier huppé de Jérusalem-Ouest, dit-il. Et de souligner que le taux des taxes municipales est pourtant le même.

Selon l'Association for Civil Rights in Israel (ACRI), les Palestiniens ne peuvent construire que sur 17% des parcelles situées à l'Est, où d'importants espaces sont réservés à des parcs ou à de futures colonies juives. En outre, sur l'ensemble des permis de construire municipaux délivrés de 2005 à 2009, seuls 13% ont été octroyés aux Palestiniens.

Toujours selon l'ACRI, quelque 20.000 maisons ont ainsi été construites sans permis à l'Est, créant de sérieux problèmes au niveau des infrastructures et des services.

Interrogée par l'AFP, Naomi Tsur, adjointe au maire de Jérusalem, Nir Barkat, fait valoir qu'un budget de 103 millions d'euros a été dégagé par la municipalité pour la construction de routes à l'Est et d'une ligne de tramway desservant des quartiers arabes et juifs.

"Nous essayons d'envisager la ville uniquement par le prisme de la responsabilité municipale (...) Ce qui compte, c'est que les gens aient envie de vivre ici et puissent envoyer leurs enfants à l'école", plaide-t-elle. "Ce n'est pas lié à l'éventuel futur statut de Jérusalem", ajoute-t-elle, en reprochant à ses administrés arabes de boycotter la mairie et de se priver ainsi d'un levier dans l'attribution des budgets.

Le représentant du parti Meretz (gauche laïque) au conseil municipal, Meir Margalit, rejette l'argument et accuse la municipalité de discrimination. "Elle a investi l'an dernier 477 millions de shekels (98 millions d'euros) à l'Est, soit 10% seulement de son budget total de 4,7 milliards de shekels (965 million d'euros)", fait-il valoir.

A l'en croire, la municipalité veut "rendre la vie dure aux Palestiniens afin qu'ils décident de quitter la ville de leur plein gré".

Interrogé sur les inégalités de traitement entre les deux secteurs de la Ville sainte, il a ces mots: "la réponse est très simple: il suffit de diviser la ville, c'est le seul moyen de résoudre la question de Jérusalem, et nous le disons depuis 45 ans".

sah-chw/vl

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