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Déclarée illégale, la manifestation de samedi mène à 60 arrestations

19/05/2012 04:58 EDT | Actualisé 18/07/2012 05:12 EDT

MONTRÉAL - Après une première heure relativement calme, la 26e manifestation nocturne consécutive dans les rues de Montréal, tenue samedi soir avec les lois 78 et anti-masques comme toile de fond, a été mouvementée.

Soixante arrestations ont été effectuées. La plupart des personnes appréhendées ont été remises en liberté avec des constats d’infraction. Mais neuf individus seront accusés en vertu du code criminel, soit 5 pour agressions armées, trois pour voies de fait sur des policiers, et un pour incendie criminel.

D’abord marquée par des affrontements entre un groupuscule de participants et policiers et de nouvelles arrestations, la manifestation a frôlé l’émeute dans le Quartier latin, peu après 1 h 00.

Selon l’agent Ian Lafrenière, porte-parole du SPVM, un noyau dur parmi les quelque 3000 marcheurs a lancé des irritants chimiques en direction des policiers au moment où le groupe se trouvait non loin du campus de l’université McGill, dans le secteur des rues Du Parc et Milton, entre 22 h 15 et 22 h 30.

C’est après que la situation se soit détériorée que les policiers du SPVM, appuyés par leurs collègues de la Sûreté du Québec, ont demandé que prenne fin la manifestation considérée alors comme illégale.

Une vingtaine de casseurs ont alors été appréhendés dans le cadre d’une arrestation en bloc, à l’angle des rues Saint-Dominique et Prince-Arthur, pour avoir refusé d’obtempéré aux ordres de dispersion.

Et pendant ce temps, d’autres manifestants mettaient le feu à des barricades et des cônes de signalisation routière au coin des rues Saint-Denis et Ontario. Des témoins ont applaudi à la scène mais ont rapidement pris conscience de la gravité de la situation. Pris dans la cohue, d’autres badauds, craignant de se retrouver au centre d’une émeute, ont dû se réfugier dans des bars et des cafés du Quartier Latin lorsque la situation a dégénéré, peu après 1 h 00.

Au moins un autre incendie ayant été allumé rue Saint-Denis, les policiers ont dû boucler le secteur afin de permetter aux pompiers d’accomplir leur travail. La police antiémeute est également intervenue pour tenter de disperser la foule.

Les terrasses étant bondées, le tout s’est déroulé sous les yeux de nombreux témoins. Les policiers ont d’ailleurs lancé plusieurs avertissements, sommant les gens de reculer sous peine d’arrestation.

Outre les incendies, des dégâts importants étaient à signaler rue Saint-Denis tandis que les policiers étaient nargués par de nombreux individus. Certaines clients de terrasses auraient même lancé des verres dans leur direction.

Ces incidents ont été les faits marquants d’une manifestation qui avait été décrétée illégale dès son commencement, soit peu après 21 h, entre autres parce que les organisateurs n’en avaient pas remis l’itinéraire. Aussi, des participants ont décidé de marcher en sens contraire de la circulation sur la rue Sainte-Catherine et certains objets ont été lancés en direction des policiers, a expliqué M. Lafrenière. Malgré ces infractions et la présence de marcheurs masqués, les policiers du SPVM avaient permis que la manifestation se poursuive sans arrêter qui que ce soit et la première heure s’est passée sans problème.

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Dans un communiqué émis plus tôt samedi, le SPVM avait fait part de son intention d’agir dans le respect, la transparence et le discernement, et qu’il continuerait de cibler les perturbateurs et d’adapter ses processus d’intervention dans ce sens.

Néanmoins, le SPVM tentait samedi de déterminer la meilleure façon d’interpréter la loi spéciale adoptée vendredi par l’Assemblée nationale, tout en tâchant d’éviter d’accroître les tensions lors des manifestations nocturnes dans la métropole.

M. Lafrenière a indiqué que les autorités examinaient encore leurs options. Lors d’une entrevue avec La Presse Canadienne, samedi, il a toutefois précisé que plusieurs personnes du SPVM travaillaient sur la question, et que la police désirait éviter une commotion plutôt que d’en créer une.

Selon M. Lafrenière, la police mettra vraisemblablement sur pied un site Internet ou une adresse courriel où les organisateurs de manifestations pourront soumettre leur itinéraire.

Le projet de loi 78 établit des normes strictes pour encadrer les manifestations rassemblant plus de 50 personnes, incluant l’obligation de fournir à la police, à huit heures de préavis, des détails tels que le trajet de la manifestation, sa durée et l’heure de son commencement.

Le non-respect de la nouvelle loi pourrait mener à l’imposition d’amendes sévères pour les organisateurs, mais la législation pourrait être difficile à faire respecter.

Cette loi précise également que les associations étudiantes qui n’encouragent pas leurs membres à respecter la législation pourraient recevoir des amendes salées, variant de 7000 $ à 35 000 $ pour les leaders étudiants, et de 25 000 $ à 125 000 $ pour les associations ou les fédérations étudiantes.

Vendredi, des milliers de manifestants ont défilé dans les rues du centre-ville de Montréal.

La marche se déroulait dans le calme jusqu’à ce qu’un cocktail molotov soit lancé en direction des policiers. La manifestation a alors été déclarée illégale, vers 22h.

Les policiers ont répliqué avec des grenades assourdissantes et des bombes fumigènes.

La manifestation s’est par la suite poursuivie pacifiquement, et les policiers l’ont tolérée. Elle s’est démantelée vers 3h30 dans la nuit de vendredi à samedi. Le SPVM a rapporté quatre arresstations.

La loi 78 n’est par ailleurs pas la seule nouvelle législation dont disposent les autorités. Comme l’écrivait le SPVM dans un communiqué envoyé en fin d’après-midi, samedi, la Ville de Montréal a adopté vendredi le règlement P-6, qui interdit de participer à une manifestation en ayant le visage couvert, et qui réitère l’obligation de fournir l’itinéraire d’une manifestation à la police, en plus de hausser le montant des amendes, de 100 $ à 500 $.

Après avoir fait face à de vives critiques de la part d’experts en droits et de groupes de défense des droits de la personne, le gouvernement du Québec a acheté de pleines pages de publicité dans les éditions de samedi des différents quotidiens de la province afin de défendre la loi controversée.

La publicité est titrée : «Au nom du respect des citoyens et de la démocratie.»

Un sondage publié samedi porte à croire qu’une majorité de Québécois appuient les nouvelles mesures. Le coup de sonde a toutefois été réalisé avant que les détails du projet de loi ne soient révélés.

Samedi, toujours, le site web du ministère de l’Éducation était inaccessible en raison d’une présumée attaque cybernétique.

Bien que personne n’ait revendiqué le geste, le groupe de militants numériques Anonymous a porté attention à la loi provinciale. Le groupe a écrit sur Twitter que le projet de loi 78 «doit mourir».

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