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Chine: le dissident aveugle Chen Guangcheng en route pour les Etats-Unis

19/05/2012 10:56 EDT | Actualisé 19/07/2012 05:12 EDT

Le militant aveugle Chen Guangcheng a quitté samedi la Chine pour les Etats-Unis, a annoncé le département d'Etat américain, deux semaines après un accord âprement négocié entre Pékin et Washington sur l'exil de l'un des plus célèbres dissidents chinois.

Le départ de Chen met fin à un imbroglio diplomatique de près d'un mois entre la Chine et les Etats-Unis autour de la situation de cet avocat autodidacte de 40 ans qui s'était réfugié fin avril à l'ambassade américaine à Pékin après s'être évadé dans des circonstances rocambolesques alors qu'il était en résidence surveillée.

"Nous pouvons confirmer que Chen Guangcheng, sa femme et ses deux enfants sont en route pour les Etats-Unis, afin que celui-ci puisse poursuivre ses études dans une université américaine", a déclaré dans un communiqué la porte-parole du département d'Etat, Victoria Nuland.

"Nous attendons avec impatience son arrivée, plus tard dans la journée, aux Etats-Unis", a ajouté la porte-parole. "Nous exprimons notre satisfaction pour la manière dont nous avons pu régler cette question et soutenir le désir de M. Chen d'étudier aux Etats-Unis".

Chen a pris place avec sa femme et ses deux enfants à bord d'un vol United Airlines reliant Pékin à New York et qui devait décoller à 15H45 (07H45 GMT). L'appareil était attendu à l'aéroport de Newark à 18H05 locales (22H05 GMT).

Alors qu'il était confiné dans un hôpital depuis deux semaines, le militant aveugle avait annoncé en début d'après-midi à l'AFP par téléphone se trouver à l'aéroport de Pékin où il pensait être en partance pour New York avec sa famille.

"Je suis à l'aéroport. Je n'ai pas de passeport. Je ne sais pas quand je vais partir", avait dit Chen, ajoutant: "Je crois que je vais à New York."

Une forte présence policière était visible à l'aéroport, a constaté l'AFP. La presse étrangère a été soigneusement tenue à distance du militant.

Jiang Tianyong, un avocat ami de Chen qui lui a parlé vers 15H00, a indiqué à l'AFP que ce dernier lui avait dit qu'il venait de recevoir les passeports indispensables pour son départ avec sa famille aux Etats-Unis.

Il semble que Chen n'ait été informé de son départ de l'hôpital qu'au dernier moment: dans un précédent appel téléphonique samedi matin, le militant avait indiqué à l'AFP n'avoir rien appris de nouveau sur son avenir.

Chen se trouvait depuis plus de deux semaines dans un hôpital du centre de Pékin --où il était soigné pour des fractures au pied-- en attente d'un passeport pour lui et sa famille leur permettant d'aller aux Etats-Unis.

L'association américaine China Aid, qui a toujours été en contact étroit avec Chen, a souligné samedi que Chen voulait "exprimer sa gratitude au gouvernement chinois qui a respecté sa promesse de laisser partir sa famille".

China Aid poursuit, dans un communiqué, que "la famille Chen apprécie au plus haut point" les efforts consentis par la communauté internationale, notamment les Etats-Unis, pour obtenir un exil de Chen Guangcheng.

Ce champion de la lutte contre les stérilisations et avortements forcés avait quitté l'ambassade des Etats-Unis où il s'était réfugié six jours, alors que la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton se trouvait à Pékin, une concomitance très embarrassante pour la Chine et les Etats-Unis.

Il venait de s'échapper de son village où il avait été en résidence surveillée pendant 20 mois, subissant de mauvais traitements et des brutalités.

Un accord entre Pékin et Washington avait été obtenu à l'arraché, la Chine acceptant de fournir "au plus vite" à Chen et sa famille des passeports pour qu'ils puissent partir, et les Etats-Unis de leur délivrer tout aussi rapidement des visas.

Toutefois, rien n'avait par la suite apparemment bougé pour permettre à Chen, avec sa femme et ses deux enfants de 6 et 9 ans, de partir aux Etats-Unis, où il a reçu une proposition de bourse de l'Université de New York pour étudier le droit.

Mais mercredi il avait eu la visite de responsables chinois de l'émigration et avait ensuite indiqué à l'AFP qu'il espérait recevoir les indispensables passeports "dans les 15 jours".

"Nous sommes heureux pour Chen et sa famille", a déclaré China Aid, "c'est un grand jour pour les combattants de la liberté".

Si Chen est autorisé à aller étudier aux Etats-Unis, pour de nombreux analystes il est très improbable que la Chine accepte qu'il revienne ensuite dans son pays.

L'organisation Human Rights Watch s'est dite "soulagée" que Pékin ait tenu son engagement. Mais, pour l'association des droits de l'homme, "mettre Chen Guangcheng et sa famille dans un avion est la partie la plus facile de cette saga".

"Le plus dur (..) sera de garantir son droit (..) de rentrer en Chine quand il le souhaitera".

bur-pt/bar/sam

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