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Ahmad Chafiq, pur produit du système politico-militaire égyptien

19/05/2012 01:20 EDT | Actualisé 18/07/2012 05:12 EDT

Dernier chef de gouvernement de Hosni Moubarak, Ahmad Chafiq, qui devrait affronter le candidat des Frères musulmans Mohammed Morsi au second tour de l'élection présidentielle, est un pur produit du système politico-militaire égyptien.

Ce général qui a été chef d'état-major de l'armée de l'air a failli être disqualifié après l'adoption d'une loi interdisant aux plus hauts responsables de l'ère Moubarak de se présenter à la présidentielle, avant d'être rétabli in extremis dans la course.

Ces dernières semaines, il avait donné un coup d'accélérateur à sa campagne, d'énormes portraits de lui, léger sourire aux lèvres, costume et lunettes fines, ayant pris place au sommet de nombreux immeubles du Caire et à travers le pays.

Réputé bon technicien, M. Chafiq, 70 ans, a été nommé Premier ministre dans les derniers jours au pouvoir de M. Moubarak, pour tenter d'apaiser la révolte populaire qui a fini par renverser le chef de l'Etat le 11 février 2011.

Critiqué pour sa proximité avec l'ancien régime et pour avoir gardé de nombreux ministres de l'ex-raïs dans son cabinet, il a dû démissionner environ un mois plus tard, à la satisfaction des mouvements de jeunes ayant lancé la révolte.

Ancien pilote, comme M. Moubarak, M. Chafiq est diplômé de l'Académie de l'aviation militaire. Son équipe de campagne a récemment mis en avant qu'il avait abattu deux avions israéliens lors de l'une des guerres contre l'Etat hébreu.

Ex-ministre de l'Aviation civile, il a troqué l'uniforme pour le costume de ville et se prévaut d'avoir modernisé la compagnie nationale Egyptair et l'aéroport international du Caire.

Dans un pays où tous les présidents sont venus de l'armée depuis la chute de la monarchie en 1952, le général Chafiq se dit "fier et honoré" d'être "un fils des forces armées", et estime que son passé militaire, en permettant une relation "fluide" avec l'armée, sera un atout en cette période de transition.

Mais cela pourrait également le désavantager auprès de la frange de la population qui veut voir une claire démarcation entre la magistrature suprême et l'armée.

M. Chafiq est détesté des partisans de la "révolution". Mercredi, il a ainsi été la cible de jets de chaussures à la sortie d'un bureau de vote, où une foule criait "A bas les fouloul", terme péjoratif utilisé par les Egyptiens pour évoquer les restes de l'ancien régime.

Mais à ceux qui l'accusent d'être un "fouloul", il répond n'avoir été "que l'une des (personnes) choisies à des postes vitaux".

"Qui dit que je n'ai pas été opposant au régime Moubarak?", a-t-il récemment lancé, en affirmant s'être opposé à de nombreuses décisions prises par le régime et en assurant avoir été plus utile à son pays par son travail de l'intérieur qu'il ne l'aurait été en démissionnant.

Père de trois filles, M. Chafiq est devenu veuf le mois dernier, et selon les analystes, ce drame personnel lui a gagné de la sympathie, en particulier auprès des électrices. Sa popularité a aussi bénéficié des heurts meurtriers de début mai au Caire, dans la mesure où il a fait de la sécurité et de la lutte contre la criminalité son cheval de bataille.

Il vante sa "longue expérience" et assure accepter la critique, mais il a pu se montrer autoritaire et impatient dans certaines interviews télévisées.

Dans un entretien à l'AFP mercredi, il a mis en garde contre une victoire islamiste à la présidentielle, qui provoquerait selon lui d'"énormes problèmes". Il a ajouté que les électeurs avaient fait "une erreur" cet hiver en faisant des Frères musulmans la principale force du Parlement.

Pour autant, il avait un temps déclaré être prêt à nommer un vice-président islamiste -- Frère musulman ou salafiste -- s'il était élu.

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