NOUVELLES

Montréal adopte le règlement interdisant le port du masque lors de manifs

18/05/2012 03:28 EDT | Actualisé 18/07/2012 05:12 EDT

MONTRÉAL - Dès samedi, il sera illégal de porter un masque lors d'une manifestation à Montréal et les organisateurs de celles-ci devront fournir leur itinéraire aux policiers, sous peine qu'elle soit déclarée illégale.

Les élus de Montréal, réunis vendredi en séance extraordinaire, ont adopté par 33 voix contre 25 le controversé règlement dont l'objectif avoué est de pacifier les manifestations et mettre fin aux débordements violents qui sont survenus à quelques reprises ces dernières semaines.

«Le règlement est dirigé contre les casseurs, a affirmé le président de la Commission de sécurité publique de la ville de Montréal, Claude Trudel. Il veut protéger à la fois les citoyens, les commerçants, les manifestants eux-mêmes — on parlait même des journalistes — et les policiers.»

«S'il y a un motif raisonnable de croire qu'une personne masquée (...) avec un sac à dos qui est habillée d'une façon telle qu'il y a des motifs raisonnables de croire que cette personne va procéder à des actes de vandalisme et des actes criminels, à ce moment, la police pourra intervenir», a renchéri le maire Gérald Tremblay.

Le règlement interdit de porter un masque sans «motif raisonnable» et le maire Tremblay s'est dit confiant de voir les policiers faire preuve de jugement.

«La garantie c'est l'expérience, c'est la compétence, c'est le discernement de nos policières et de nos policiers. J'ai confiance dans nos policières, j'ai confiance dans nos policiers. On a vécu 1000 manifestations par année à Montréal», a-t-il fait valoir.

Selon le maire, l'interdiction ne vise pas les événements festifs et légitimes, mais il a insisté sur le fait que les policiers devaient avoir les outils requis pour pouvoir intervenir auprès des casseurs avant qu'ils ne se livrent à des méfaits.

M. Tremblay a noté qu'il était de son devoir d'assurer la sécurité des citoyens et que les craintes venaient désormais de toutes parts, que ce soit des citoyens de Montréal, des visiteurs de l'extérieur, des commerçants et même de manifestants.

Les mêmes principes guident l'obligation de fournir l'itinéraire de la manifestation, afin d'éviter la cohue qui s'est produite à plusieurs reprises lors de marches que les policiers ont eu du mal à encadrer parce qu'ils ne pouvaient prévoir où s'en iraient les manifestants.

La tolérance des policiers ne sera pas élastique si un groupe de manifestants réunis en un endroit décide de prendre la rue sans dire où ils s'en vont, comme cela s'est produit à plusieurs reprises à partir de la Place Émilie-Gamelin, a affirmé le maire Tremblay.

«À ce moment, la manifestation ou le regroupement, s'ils sortent de la Place Émilie-Gamelin, sera considéré comme illégal et c'est au corps policier d'assumer ses responsabilités», a-t-il dit.

Tous les élus de l'opposition ont voté contre l'adoption du règlement. La chef de Vision Montréal, Louise Harel, avait d'abord voulu l'appuyer, mais elle s'est ravisée en constatant que le libellé du règlement laissait trop de discrétion aux policiers.

«Le fait de porter un masque, en soi, ne peut pas être l'infraction, a fait valoir son collègue de Vision Montréal, Réal Ménard. Porter un masque en vue de commettre une infraction, ça, nous avons toujours défendu ça et nous allons toujours le défendre.»

«Il faut s'en tenir au discernement et, que voulez-vous, on ne vote pas le discernement, nous, a ajouté Mme Harel. On pense qu'il y a du jugement dans tous les corps de métier mais on pense aussi que, parfois, on en manque dans tous les corps de métier.»

Mme Harel estime de plus que le projet de loi 78 à l'Assemblée nationale, qui oblige le dépôt du parcours de toute manifestation huit heures à l'avance, aurait été suffisant.

«L'itinéraire, c'est Québec qui décide et c'est dans le projet de loi (78), alors c'est complètement caduque et c'était nous utiliser comme figurants que de nous faire adopter cette partie du règlement», a-t-elle ajouté.

Le règlement adopté vendredi prévoit que les contrevenants s'exposent à des amendes de 500 $ à 1000 $ pour une première infraction, de 1000 $ à 2000 $ pour une seconde, et de 2000 $ à 3000 $ pour une troisième.

PLUS:pc