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Le gouvernement québécois impose sa ligne dure contre le mouvement étudiant

18/05/2012 07:13 EDT | Actualisé 18/07/2012 05:12 EDT

Le Parlement québécois a adopté vendredi à l'initiative du gouvernement de Jean Charest une "loi spéciale" illustrant la ligne dure adoptée face aux étudiants en grève depuis plus de trois mois et critiquée par beaucoup pour les limitations aux libertés qu'elle met en place.

Ce texte, approuvé par 68 voix pour et 48 contre, restreint notamment le droit de manifester et prévoit de lourdes amendes pour les contrevenants.

Immédiatement après le vote, la chef de l'opposition et du Parti Québécois Pauline Marois, a évoque "un des jours les plus sombres pour la démocratie québécoise" et une "loi-matraque pour faire taire les Québécois".

Les leaders étudiants ont de leur côté exprimé à la fois leur amertume et leur détermination.

"Les étudiants se battent et se battront pour l'accessiblité à l'enseignement" supérieur, a réagi Martine Desjardins, présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec, des larmes dans la voix.

Sur la même longueur d'onde, Léo Bureau-Blouin, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec, a regretté que le gouvernement ait "choisi la voie de la répression plutôt que la négociation" et annoncé que son organisation allait contester la loi spéciale devant les tribunaux.

Le troisième leader des grévistes, Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de la Classe, l'organisation la plus radicale, a dénoncé, lui "le meurtre de la liberté d'association et de la liberté de manifester" et déclaré que la loi serait contestée "devant les tribunaux et dans la rue".

A cet égard, il a appelé les Québécois à participer à une "grande manifestation" organisée à Montréal mardi prochain.

Si la position ferme adoptée depuis le début du conflit par M. Charest face aux étudiants n'avait jusqu'ici pas nui à sa cote de popularité, les moyens qu'il a fini par choisir pour y mettre fin ont provoqué une levée de boucliers.

Avant même qu'elle ne soit adoptée, la loi a été violemment dénoncée par les leaders syndicaux, des universitaires, ou par le bâtonnier du barreau du Québec, Me Louis Masson.

Le texte doit rester en vigueur jusqu'en juillet 2013. Il restreint le droit de manifester sans accord préalable de la police, qui doit être informée huit heures à l'avance, et interdit tout rassemblement à moins de 50 mètres des établissements scolaires.

Les organisateurs de manifestations destinées à empêcher le fonctionnement normal des universités s'exposeront désormais à une amende de 1.000 à 5.000 dollars par jour pour une personne, et de 25.000 à 125.000 dollars par jour pour une organisation, et le double en cas de récidive.

Pour la ministre de l'Education Michelle Courchesne, descendue en première ligne face aux caméras après le vote, la loi spéciale défend le droit à l'éducation des non-grévistes et vise à sauver le semestre en cours qui risquait d'être annulé.

De fait, elle suspend les cours dans les établissements en grève jusqu'à mi-août, dans le but de faire baisser la tension.

Le conflit a été déclenché début février par l'annonce d'une hausse progressive des droits de scolarité, apparemment acceptée par une partie de la société québécoise, mais refusée par les organisations étudiantes.

La dernière version de cette réforme prévoit une augmentation de 82% des droits de scolarité à l'université --soit 1.780 dollars sur sept ans-- au lieu de cinq ans initialement, pour arriver à près de 4.000 dollars par an, plus près de la moyenne nord-américaine.

Les manifestations étudiantes quasiment quotidiennes ont parfois été émaillées d'incidents violents.

A Montréal, le maire Gérald Tremblay vient de faire adopter une réglementation interdisant le port de masques par les manifestants, au grand dam des défenseurs des libertés civiles, pour qui le seul fait de se voiler le visage ne saurait constituer un délit.

via/mdm

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