NOUVELLES

L'armée syrienne pilonne Rastane, mobilisation en hommage à Alep

18/05/2012 05:12 EDT | Actualisé 18/07/2012 05:12 EDT

Les forces gouvernementales bombardaient violemment la ville rebelle de Rastane dans le centre de la Syrie, où de nouvelles manifestations sont prévues vendredi en hommage aux étudiants d'Alep, deuxième ville du pays, mobilisés en force malgré la répression.

Les violences se poursuivent sous les yeux des observateurs de l'ONU, déployés en vertu du plan de paix de l'émissaire Kofi Annan pour surveiller une trêve sans cesse violée depuis plus d'un mois.

Les militants, qui tentent désespérément de prendre à témoin les plus de 250 observateurs, ont appelé à manifester comme chaque vendredi pour réclamer la chute du régime du président Bachar al-Assad et rendre hommage aux étudiants d'Alep qui ont manifesté la veille par milliers en présence des Casques bleus.

Une vidéo diffusée par les militants montre un grand nombre d'étudiants insultant M. Assad ou entourant un véhicule marqué du logo de l'ONU en criant "Le peuple veut la chute du régime". Une autre vidéo montre des jeunes assis à l'arrière d'une voiture conduite par un observateur de l'ONU et filmant des membres des forces de l'ordre armés de bâtons frappant brutalement des étudiants.

"Partons, partons, ils vont nous arrêter, nous sommes sous ta protection", crient les jeunes à l'adresse de l'observateur après l'avoir pris à témoin de la scène.

L'Université d'Alep, la deuxième de Syrie, est le centre nerveux de la mobilisation dans cette ville du nord restée longtemps à l'écart de la révolte lancée il y a plus de 14 mois. Le 3 mai, quatre étudiants avaient été tués par les forces gouvernementales qui ont semé la terreur dans la cité universitaire.

A Damas, des dizaines de manifestants sont déjà sortis dans les quartiers traditionnellement hostiles au régime, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Toujours à Alep, un officier a été tué vendredi dans l'explosion d'une bombe.

L'OSDH a dénoncé "le silence des observateurs internationaux qui n'ont rien fait pour arrêter le bombardement continu" sur Rastane, ville rebelle pilonnée vendredi par les troupes du régime qui tentent depuis des mois de la reprendre aux insurgés, qualifiés de "bande de criminels" par le président Assad.

Selon l'ONG, l'armée veut "détruire progressivement" la ville en brisant le moral des habitants à coups de bombardements. Plusieurs quartiers de Homs étaient la cible d'obus de mortier de l'armée.

De son côté, la Ligue syrienne de défense des droits de l'Homme a fait état vendredi de la condamnation à mort pour "haute trahison" d'un militant syrien, Mohammed Abdelmaoula al-Hariri, "sauvagement torturé" depuis son arrestation en avril.

Malgré ces violations systématiques du cessez-le-feu, les grandes puissances s'accrochent au plan Annan, faute de plan B, selon des diplomates. La communauté internationale s'en tient au plan "parce qu'il n'y a pas d'alternative crédible", estime l'ambassadeur allemand à l'ONU Peter Wittig.

La Mission de supervision de l'ONU (MISNUS) sera bientôt à effectif plein (300 observateurs militaires) mais les Occidentaux parlent déjà de ne pas renouveler son mandat de 90 jours, qui expire le 21 juillet.

Cette mission est d'autant plus délicate que des attentats meurtriers à Damas et Alep revendiqués par des groupuscules obscurs s'ajoutent aux violences quotidiennes. Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a imputé jeudi au réseau extrémiste Al-Qaïda la responsabilité de récents attentats comme ceux qui ont fait 55 morts dans la capitale le 10 mai.

Avec un régime fort du soutien de la Russie et qui s'accroche plus que jamais au pouvoir, le règlement de la crise semble de plus en plus éloigné avec les divisions apparues récemment au sein de l'opposition, déjà fragmentée.

Le chef du Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition, Burhan Ghalioun, s'est dit prêt jeudi à démissionner dès qu'un successeur aura été nommé, à la suite de critiques liées à sa réélection deux jours plus tôt.

Il a affirmé ne pas vouloir être "le candidat de la division", après que les Comités locaux de coordination (LCC), qui animent la contestation sur le terrain, ont menacé de se retirer du CNS, dénonçant un "monopole" du pouvoir au sein de cette instance.

Les détracteurs du CNS lui reprochent essentiellement la grande influence des Frères musulmans et son manque de coordination avec les militants sur le terrain.

Le président Assad, qui se prévaut de ces divisions pour minimiser l'ampleur de la contestation, avait affirmé cette semaine à une chaîne de télévision russe que les législatives du 7 mai, boycottées par l'opposition, avaient montré que les Syriens soutenaient son régime face aux "terroristes".

En 14 mois, plus de 12.000 personnes ont été tuées en Syrie, en majorité des civils, selon l'OSDH. Des dizaines de milliers de Syriens se sont en outre réfugiés dans les pays voisins.

bur-ram/feb

PLUS:afp