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USA: des élus veulent sévir contre l'exil fiscal du cofondateur de Facebook

17/05/2012 01:23 EDT | Actualisé 17/07/2012 05:12 EDT

Deux sénateurs américains ulcérés par l'exil d'un des cofondateurs de Facebook, Eduardo Saverin, ont décidé de sévir face aux millions de dollars de plus-values qui échapperont au fisc lors de l'introduction en Bourse du réseau social.

M. Saverin a renoncé à la nationalité américaine en septembre pour s'installer à Singapour. A la veille de l'introduction en Bourse de Facebook, les sénateurs démocrates Chuck Schumer et Bob Casey estiment que cette décision a été motivée par des raisons fiscales.

"Eduardo Saverin veut +défriender+ les Etats-Unis d'Amérique pour éviter de payer des impôts. Et nous n'allons pas le laisser s'en tirer comme ça", a martelé jeudi lors d'une conférence de presse M. Schumer, en présentant un projet de loi pour pénaliser M. Saverin.

"Le sénateur Casey et moi avons une actualisation de statut pour lui: payez vos impôts ou ne remettez plus les pieds aux Etats-Unis", a encore lancé M. Schumer, en reprenant le jargon de Facebook.

Dans un communiqué transmis par son porte-parole basé à New York, Tom Goodman, M. Saverin a estimé qu'il est "fâcheux que (son) choix personnel ait mené à un débat public, fondé non pas sur les faits, mais entièrement sur des spéculations et de la désinformation".

M. Saverin a précisé qu'il avait l'obligation et qu'il allait continuer à payer ce qu'il doit au fisc américain, soit des "centaines de millions de dollars" sur des rémunérations gagnées alors qu'il était encore citoyen américain.

Le texte des sénateurs prévoit d'interdire l'entrée sur le territoire américain des personnes qui renoncent à la nationalité américaine pour des raisons fiscales. En outre, il leur imposerait une taxe de 30% pour leurs investissements aux Etats-Unis.

Selon les élus, la manoeuvre de M. Saverin pourrait lui éviter un impôt de 67 à 100 millions de dollars lors de l'introduction en Bourse de Facebook attendue vendredi, car Singapour ne taxe pas les plus-values. Ce chiffre pourrait augmenter si le prix de l'action fixé à 38 dollars grimpe.

"Ce plan d'évasion fiscale est scandaleux", a dit M. Schumer en déplorant que M. Saverin ait "tourné le dos" au pays qui l'a accueilli.

Le sénateur Casey a jugé pour sa part que l'attitude de M. Saverin revenait à "cracher au visage" des soldats américains qui "se sacrifient" pour leurs compatriotes.

A Singapour, le Brésilien qui avait créé Facebook avec Mark Zuckerberg et d'autres amis à l'Université Harvard en 2004, investit sa fortune dans des start-ups technologiques. Comme le raconte le film "The social network", M. Saverin avait mis son sens des affaires au service de l'entreprise pour faire décoller le site internet le plus populaire au monde.

M. Saverin, 30 ans, ne posséderait plus qu'entre 2% et 4% des parts de la société californienne, mais selon le site internet "A qui appartient Facebook?", cela représenterait près de 3,4 milliards de dollars.

Interrogé pour savoir si le projet de loi ne s'appliquerait qu'à M. Saverin, M. Schumer a répondu: "non, cela s'applique aux plus de 5.000 personnes qui ont renoncé à la nationalité américaine au cours des dix dernières années".

Le sénateur a précisé que le texte ne serait pas rétroactif mais que "nous savons à coup sûr qu'il (le cofondateur du réseau social) ne pourra plus entrer dans ce pays". "Si dans cinq ans, il veut absolument revenir il le pourra en payant tous ses impôts", a-t-il dit.

Interrogés sur leurs espoirs d'obtenir le soutien des républicains pour faire adopter le texte, les élus se sont montrés confiants. "J'aimerais savoir pourquoi ils ne soutiendraient pas (le texte)", a dit M. Casey.

emp/gde

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