NOUVELLES

Les Frères musulmans égyptiens face à une présidentielle difficile

17/05/2012 04:43 EDT | Actualisé 16/07/2012 05:12 EDT

Ils ont lancé leur formidable réseau militant dans la bataille pour la présidence. Mais pour les Frères musulmans égyptiens, première force politique du pays, la magistrature suprême constitue un défi plus coriace que les législatives qu'ils ont remportées haut la main.

Pris entre l'armée au pouvoir qui leur voue une inimitié ancienne et un électorat souvent dépité par le peu de poids du Parlement à dominante islamiste, les Frères espèrent s'imposer pour de bon en décrochant l'exécutif.

Mais les derniers mois avant le scrutin, dont le premier tour se déroulera mercredi et jeudi, les ont vu accumuler faux pas et revirements, brouillant leur image aux yeux de nombreux Egyptiens.

Les divisions du camp islamiste -avec notamment la candidature d'un dissident de la confrérie, Abdel Moneim Aboul Foutouh- compliquent encore la situation.

Le candidat des Frères, un ingénieur de 60 ans, Mohammed Morsi, a gagné le sobriquet de "roue de secours" auprès de ses détracteurs pour avoir remplacé au pied levé le candidat initial des Frères, Khaïrat al-Chater, invalidé en raison d'une condamnation ancienne.

Les Frères musulmans "ont créé eux-mêmes les conditions d'être en difficulté", estime Michael Wahid Hanna, du centre d'études américain The Century Foundation.

Leur volte-face par rapport à leur promesse initiale de ne pas présenter de candidat à la présidentielle les a fait passer pour des girouettes aux yeux de beaucoup.

Leur tentative de dominer la future commission chargée de rédiger la Constitution -désavouée par l'Eglise copte mais aussi par l'influente institution sunnite d'Al-Azhar- a fait mauvais effet sur une partie de l'opinion.

Jouer alternativement la carte de la connivence et du rapport de force avec les militaires a également brouillé leur image au fil des mois.

Leur incapacité à influer sur la composition du gouvernement de transition, nommé par l'armée, a jeté une lumière crue sur la faiblesse du Parlement qu'ils dirigent.

"Beaucoup de gens en retirent l'impression que les Frères ne sont pas capables de réaliser quoi que ce soit, qu'ils font de la figuration et en fin de compte ajoutent à la confusion", estime M. Hanna.

Les Frères musulmans pour leur part n'ont cure de ces critiques, multipliant manifestations de masse pour démontrer qu'ils restent la première force politique du pays.

Leur premier atout: un réseau discipliné de centaines de milliers de militants, impliqués depuis des décennies dans la vie locale et l'action caritative.

Leurs mots d'ordre mettent en avant la "défense de la révolution", mise en péril selon eux par la présence de candidats issus du régime déchu de Hosni Moubarak, comme son dernier Premier ministre Ahmad Chafiq ou son ancien ministre des Affaires étrangères Amr Moussa.

"Notre candidat a de très bonnes chances", a assuré à la télévision un député de la confrérie, Mohammed Diab. "Nos jeunes vont dans tous les foyers, s'adressent à tous, chrétiens ou musulmans, pour convaincre des avantages de notre programme et de notre capacité à le réaliser", a-t-il ajouté.

Les Frères plaident aussi pour un vote de cohérence, qui mettrait à la présidence une personnalité du même bord que la majorité parlementaire. "Il est clair que l'exécutif et le législatif doivent coopérer", souligne un membre du bureau exécutif de la confrérie, Mahmoud Ghozlan.

"Il ne faut pas sous-estimer la force de l'organisation des Frères", a également souligné à la télévision l'un des principaux commentateurs politiques égyptiens, Ibrahim Eissa.

Mais bien que M. Morsi se présente comme "le seul candidat avec un programme islamiste", la présence dans la course de M. Aboul Foutouh, ancien cadre dirigeant de la confrérie exclu l'an dernier, lui fait une sérieuse concurrence en ratissant large parmi les jeunes Frères musulmans, les fondamentalistes salafistes ou encore parmi la jeunesse laïque et éduquée qui a déclenché la révolte l'an dernier.

"Aboul Foutouh a un programme à référence islamiste, mais il peut être le président de tous les Egyptiens. Il a le soutien d'islamistes mais aussi de libéraux", souligne Mohamed Nour, dirigeant du principal parti salafiste al-Nour, qui le soutient.

se-cr/iba/sw

PLUS:afp