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Le marché cherche à savoir jusqu'où peuvent aller les pertes de JPMorgan

17/05/2012 05:30 EDT | Actualisé 17/07/2012 05:12 EDT

Les analystes cherchent à évaluer jusqu'où pourraient monter les pertes de JPMorgan Chase liées à sa stratégie calamiteuse de courtage et dans le même temps à évaluer le risque qui persiste dans le secteur bancaire américain quatre ans après la crise.

Le New York Times écrit jeudi que les pertes de courtage annoncées il y a une semaine par la première banque américaine en termes d'actifs se sont envolées ces quatre derniers jours d'au moins 1 milliard de dollars, en plus des 2 milliards initialement annoncés.

Selon le quotidien, qui cite des sources non identifiées, les pertes se sont aggravées alors que des fonds spéculatifs et autres investisseurs profitent des difficultés de la première banque américaine en termes d'actifs.

Une porte-parole de la banque s'est refusée à tout commentaire.

L'action de la première banque américaine en termes d'actifs a chuté de 4,3% à 33,93 dollars, soit un plongeon de 20% depuis jeudi, jour de l'annonce des pertes.

Le patron de JPMorgan Chase, Jamie Dimon, avait averti en dévoilant la perte de courtage que le portefeuille d'actifs incriminé présentait encore "beaucoup de volatilité", et qu'elle pourrait s'avérer "bien pire", mais aussi qu'elle pourrait se réduire.

"Nous allons le gérer au maximum" mais "il pourrait nous coûter jusqu'à un milliard de dollars ou plus" et "le risque va perdurer pendant plusieurs trimestres", avait-il souligné.

Alors que l'affaire prend un tour politique en pleine année électorale, Jamie Dimon va être invité à témoigner devant la commission bancaire du Sénat américain pour s'expliquer sur ce qu'il a qualifié de "mauvaise stratégie, mal mise en oeuvre et mal suivie".

En attendant, les analystes s'interrogaient sur l'étendue possible des pertes. "C'est difficile à dire, cela dépend de la qualité des obligations sur lesquelles étaient adossés les dérivés contre lesquels ils ont parié. Si ce sont des entreprises solides européennes, ils s'en sortiront mieux que s'il s'agit d'obligations d'entreprises grecques avec des notes de dette au rang d'investissement spéculatif", remarque Erik Oja, analyste de Standard and Poor's.

"Vu la taille de JPMorgan, je ne m'inquiète pas pour leurs ratios de capitaux ou leurs dividendes", ajoute-t-il toutefois.

Deutsche Bank rappelle que les pertes maximales attendues pour l'instant se situent à 4 milliards de dollars, ce qui "selon la plupart des scénarios ne serait qu'une fraction du bénéfice net annuel attendu de 20 milliards de dollars environ".

Une note de la banque signale que ces estimations sont faites "à la valeur du marché" actuelle, et qu'elles pourraient donc se réduire si le contexte de marché s'améliore.

Pour Dick Bove, de Rochdale Securities, "il faudrait bien plus qu'une perte de 2 milliards pour fragiliser JPMorgan", même s'il n'y a "pas d'excuse pour avoir accumulé trop d'un même type de titres financiers", car la gestion du risque obéit au principe selon lequel on ne met pas tous ses oeufs dans le même panier.

Pour nombre d'analystes, l'affaire met en évidence les risques qui pèsent toujours sur le système bancaire américain.

"Si cela peut arriver chez la meilleure banque américaine, cela peut arriver chez celles qui sont moins solides comme Citigroup ou Bank of America", remarque Erik Oja.

"On ne connaît pas vraiment la qualité des actifs dans leur bilan, les prêts ou titres financiers", ajoute-t-il.

Beaucoup plus optimiste, Dick Bove affirme que le secteur bancaire américain est "plus solide qu'il ne l'a été depuis 30 ans".

Mais il se montre fataliste: dans la finance, "on ne peut pas l'empêcher, il y aura toujours des pertes et des échecs, c'est un secteur cyclique".

ved/sj

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