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La France de Hollande veut rééquilibrer ses relations avec l'Afrique

17/05/2012 02:09 EDT | Actualisé 17/07/2012 05:12 EDT

La France veut trouver un nouvel équilibre dans ses relations avec l'Afrique, dans un "partenariat d'égal à égal" et plus à l'écoute des sociétés civiles, en accord avec l'engagement du président François Hollande de rompre définitivement avec la "Françafrique".

"Avec l'Afrique nous devons avoir un partenariat d'égal à égal", a affirmé jeudi le nouveau chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, en prenant ses fonctions.

Il était interrogé par des journalistes sur la méthode retenue pour en finir avec la "Françafrique", ce vocable qui désigne des réseaux d'influence mêlant politique, affaires et affairisme de l'ancienne puissance coloniale avec plusieurs pays africains.

"La France traditionnellement est attachée à ce continent. Donc nous traiterons avec nos partenaires africains d'une façon tout à fait ouverte, démocratique", a assuré M. Fabius, exprimant sa confiance dans l'avenir d'un continent aux "potentialités extraordinaires". La croissance de l'Afrique subsaharienne devrait être de 5% en 2012 en dépit de la crise.

Depuis les indépendances africaines, au tournant des années soixante, la France, qui tire notamment de l'uranium nigérien et du pétrole du golfe de Guinée une part importante de son indépendance énergétique, a souvent cherché à changer l'image de sa relation au continent.

Le président conservateur sortant Nicolas Sarkozy avait promis un "partenariat rénové" et a, au terme de son mandat, revu la totalités des accords de défense qui liaient Paris à huit de ses anciennes colonies.

La relation différente qu'entend imprimer François Hollande s'est traduite mercredi lors de la nomination du gouvernement par l'abandon de l'intitulé "ministre délégué à la Coopération", remplacé par celui de "ministre délégué au Développement".

Le titulaire de ce poste, le jeune député européen du parti Europe Ecologie-Les Verts, Pascal Canfin, a un profil atypique: ancien journaliste spécialiste des questions économiques, il est l'initiateur d'une ONG (Finance Watch) luttant contre l'influence des lobbies financiers dans l'élaboration des lois.

"Nous voulons mettre en oeuvre une politique davantage tournée vers la société civile des pays du Sud", a déclaré jeudi à l'AFP M. Canfin. "Nous allons faire en sorte que la politique française d'aide au développement poursuive bien une politique de développement soutenable."

Il s'est aussi prononcé "pour que la taxe sur les transactions financières (envisagée au niveau européen) serve un objectif de développement, à travers la lutte contre la pauvreté et le changement climatique".

"Si on veut trouver une majorité politique en Europe et si on veut que cette taxe voie le jour, il faudra trouver un compromis entre les trois objectifs qu'elle doit servir: la réduction du déficit (public), la lutte contre la pauvreté et la lutte contre le changement climatique", a-t-il expliqué.

L'aide française au développement ne représentait en 2011 que 0,46% de la richesse nationale du pays (contre 0,5% en 2012), soit bien loin encore de l'objectif de 0,7% théoriquement fixé pour 2015.

Les ONG, comme Coordination Sud, déplorent ce recul et affirment aussi que la "qualité de l'aide française diminue également", puisque l'essentiel "profite aux pays émergents sous forme de prêts", au détriment des dons aux Etats les plus démunis.

Pour pousser à un éventuel changement d'orientation, Pascal Canfin devrait imprimer sa marque sur l'Agence française de développement (AFD), une institution publique s'apparentant à une banque fonctionnant sous la tutelle du ministère des Affaires étrangères.

Autre changement notable avec l'arrivée au pouvoir de François Hollande, une femme, Hélène Le Gal, va prendre la tête de l'équipe chargée de l'Afrique au sein de la cellule diplomatique travaillant à la présidence française, a appris l'AFP de sources concordantes. C'est la première fois sous la Ve République qu'une femme accède à cette fonction.

phr-sb/sba

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