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En Somalie, un djihadiste américain raconte son engagement et ses manques

17/05/2012 10:45 EDT | Actualisé 17/07/2012 05:12 EDT

Sa famille lui manque, comme les plats chinois à emporter de son Alabama natal. Un djihadiste américain parti combattre en Somalie raconte, dans une apparente autobiographie postée sur des sites internet islamistes, sa vie aux côtés des insurgés shebab, ralliés à Al-Qaïda.

Intitulé "L'Histoire d'un djihadiste américain", le livre est attribué à Omar Hammami, plus connu sous le nom de Abou Mansour Al-Amriki ("Mansour l'Américain").

Si son authenticité est confirmée, il constitue le premier signe de vie du jeune homme depuis une violente dispute avec les leaders shebab en mars. Longtemps considéré comme un élément étranger clé aux côtés de chefs islamistes somaliens comme Muktar Robow et Cheikh Hassan Dahir Aweys, Abou Mansour Al-Amriki avait alors dit craindre pour sa vie.

"J'espère que les musulmans à travers le monde prendront ma vie en exemple," écrit-il. "Pas que je sois extrêmement spécial, mais je n'ai pas vu beaucoup de +blancs+ de classe moyenne venus d'Alabama engagés dans le djihad ces temps-ci. J'espère que d'autres vont se dire: je peux aussi le faire!".

Selon des informations difficiles à confirmer, Abou Mansour Al-Amriki serait basé en Somalie depuis 2006. Recherché par les Américains qui l'accusent de terrorisme, il a dans le passé déjà diffusé des vidéos incitant des étrangers à le rejoindre, notamment dans des chansons rap louant le djihad.

"Ce qui fait vraiment peur aux Américains quand ils voient un Américain en Somalie parlant du djihad, ce n'est pas de savoir à quel point il est doué pour se faufiler à travers les frontières avec des armes nucléaires," estime-t-il.

"Les Américains craignent que leurs barrières culturelles soient détruites, que maintenant le djihad deviennent un choix de carrière normal pour n'importe quel jeune musulman américain."

Le centre de réflexion britannique Royal United Services Institute estime à environ 200 le nombre total de combattants étrangers engagés aux côtés des shebab en Somalie.

Dans ses écrits, Abou Mansour Al-Amriki détaille son enfance, élevé par une mère baptiste, d'ascendence irlandaise, et un père musulman d'origine syrienne. Il raconte ses amours d'adolescence, des épisodes de chasse au cerf, et comment, aussi, il brillait en cours de catéchisme.

"Je pense que d'avoir l'IRA (l'armée républicaine irlandaise) d'un côté de mon arbre familial et Al-Qaïda de l'autre a pu me donner mauvais caractère," poursuit-il dans, semble-t-il, une pointe d'humour.

Dans le même temps, il confie qu'il aimerait bien revoir ses proches.

"Ce que j'aimerais, c'est avoir trois jours pour rendre visite à ma mère, mon père et ma soeur (...) Je me demande souvent ce que toute cette expérience leur a fait," poursuit-il. Sa fille, qu'il a abandonnée en Egypte alors qu'elle n'était qu'un bébé, lui manque aussi, glisse-t-il.

"Après de longues embrassades, moi et Dena (sa soeur), nous serions probablement en train de courir à travers la ville, morts de rire, parlant d'un million de choses sans jamais terminer une conversation", ajoute-t-il.

"Je voudrais faire le tour des restaurants et me trouver de la nourriture chinoise, des ailes (de poulet), de la glace Nestlé, du café haut de gamme et plein d'autres nourritures et boissons," lâche encore le jeune homme de 28 ans.

Dans son livre, Abou Mansour Al-Amriki raconte aussi son arrivée à l'aéroport de Mogadiscio, comment il a dû se battre pour intégrer les shebab et sa joie quand on lui a donné un fusil automatique, que, dit-il, il ne savait alors pas utiliser.

Mais il évoque aussi les difficultés de la vie au quotidien aux côtés des shebab, le manque de nourriture, la peur constante d'attaque de drones qui, selon lui, ne visent qu'à "éliminer tous les (combattants) blancs" parmi les shebab.

Abou Mansour Al-Amriki, qui termine son ouvrage par "Viva la Revolucion!", ajoute encore qu'il ne prie désormais plus que pour qu'"Allah m'accorde une fin juste".

"Je savais que j'allais devenir un fugitif à vie quand j'ai pris la décision" de combattre en Somalie, dit-il. "Quelqu'un qui cherche le frisson ou un songe d'une nuit d'été hippie ne coupe normalement pas les ponts comme ça".

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