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Au Yémen, manger est devenu un luxe pour beaucoup

17/05/2012 04:55 EDT | Actualisé 16/07/2012 05:12 EDT

Pour près de la moitié des 22 millions de Yéménites, manger quotidiennement à sa faim est devenu un luxe.

Dans le bidonville de Sunaïna à Sanaa, Oum Ahmed ne peut nourrir ses quatre enfants que les bons jours, quand son mari, vendeur ambulant de vêtements, arrive à écouler sa marchandise.

"Quand il gagne 500 rials (2,3 dollars), on peut manger", explique-t-elle.

"Ayez pitié de nous", lance Oum Ahmed, éclatant en sanglots en montrant les membres amaigris et couverts d'ecchymoses d'Amira, sa fille de 5 ans, atteinte selon elle d'une maladie qu'elle n'a pas les moyens de faire soigner.

Pour la seule année 2011, le coût des denrées alimentaires de base a bondi de 40 à 60% et le prix de l'eau potable, toujours rare, de 200%, contribuant à l'inflation galopante, selon un rapport des Nations unies.

Le taux de chômage est monté en flèche et 10 millions de Yéménites, sur une population totale de 22 millions, ont du mal à se nourrir, selon ce rapport.

Le soulèvement qui a chassé l'ex-président Ali Abdallah Saleh a paralysé le gouvernement déjà miné par des institutions faibles et corrompues.

"Il en a résulté une crise humanitaire beaucoup plus profonde que ce que nous pouvions imaginer", souligne le représentant de l'ONU, Ismaïl Ould Cheikh Ahmed.

Les signes de cette crise sont visibles dans la capitale Sanaa et pas seulement dans les provinces éloignées où les services publics sont les plus faibles et l'aide internationale entravée par les conflits armés.

Pour Fatima Hawsali, une femme aveugle qui partage une seule chambre avec ses deux filles et son père, la situation est allée de "mal en pis" l'an dernier. Personne dans ce foyer n'a de revenu et l'aide du gouvernement se fait de plus en plus rare. "Nous nous battons au jour le jour pour survivre", déclare Rizq, le père.

Leur voisin, Haidar Saleh, un épicier, avance sacs de riz, sucre et farine. Il tient deux carnets, un pour les créances et un pour ses dettes auprès des fournisseurs. "Je ne peux pas les payer parce que mes clients ne me paient pas", dit-il.

Les chiffres de l'ONU témoignent de l'étendue de la crise humanitaire. Environ 55% des Yéménites vivent en dessous du seuil de pauvreté avec moins de 2 dollars par jour. Dix millions sont en situation d'"insécurité alimentaire" dont cinq millions en situation d'"insécurité alimentaire grave".

Près d'un million d'enfants de moins de cinq ans souffrent de "malnutrition aiguë" et plus d'un quart d'entre eux "sont en danger de mort" si des mesures immédiates ne sont pas prises.

Le secteur de la santé, qui fonctionnait à peine avant le soulèvement de 2011, a subi des revers importants. La rougeole est réapparue, tuant 170 enfants, pour la plupart depuis janvier 2012. D'autres maladies transmissibles ont fait leur réapparition, y compris le choléra et la dengue.

Le taux de chômage chez les jeunes a augmenté de 53%.

Des investisseurs se sont retirés et des usines ont fermé, créant, selon les dernières estimations de l'ONU des pertes de 8 milliards de dollars en chiffre d'affaires pour le secteur privé portant un coup sévère à l'économie du Yémen, déjà considéré comme le plus pauvre des pays arabes.

"Il y a très peu d'intérêt international" pour le Yémen, constate M. Cheikh Ahmed. "Tout le monde ne parle que de politique, de sécurité, mais ce n'est que la moitié de l'histoire... c'est une catastrophe", dit-il.

Si la crise humanitaire n'est pas résolue, prévient-il, elle va menacer la stabilité du pays et faire dérailler le processus de transition politique qui a donné au Yémen un nouveau président pour la première fois en 33 ans.

La crise était en gestation, mais le soulèvement l'a "aggravée" et même si la situation se stabilise "les besoins restent énormes", ajoute M. Cheikh Ahmed.

L'économiste Mohammed al-Maitami prévient que le Yémen est "totalement incapable de résoudre le champ de mines des défis qui l'attendent". "Nous avons besoin d'un appui international majeur", déclare M. Maitami, déplorant le lenteur des aides humanitaires.

L'ONU, en partenariat avec des ONG internationales, a lancé un appel d'aide de 455 millions de dollars pour 2012 qui n'a été couvert qu'à 42% pour le moment. L'éducation n'a rien reçu et les secteur de l'eau, des installations sanitaires et de l'hygiène seulement 12%. La protection de groupes vulnérables comme les femmes et les enfants n'a été couvert qu'à 8%.

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