TPIY: le procès de l'ancien chef de guerre Ratko Mladic s'ouvre à La Haye

Publication: Mis à jour:
RATKO MLADIC
AP

LA HAYE, 16 mai 2012 (AFP) - L'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie Ratko Mladic a "pris en main le nettoyage ethnique de la Bosnie" au début des années 1990, a affirmé l'accusation à l'ouverture du procès de l'ex-général à La Haye, dix-sept ans après le massacre de Srebrenica.

Ratko Mladic, 70 ans, "a pris en main le nettoyage ethnique de la Bosnie", a affirmé Dermot Groome, représentant du bureau du procureur, devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) : "il a pleinement participé à une entreprise criminelle qui était en marche".

Cartes démographiques à l'appui, l'une datant d'avant la guerre de Bosnie (1992-1995), l'autre d'après la guerre, M. Groome a décrit comment de nombreuses municipalités ethniquement mixtes ou à majorité musulmane étaient devenues serbes à la suite d'une campagne de "nettoyage ethnique" dont il a décrit les "objectifs stratégiques".

"Le premier objectif était de séparer les Serbes des deux autres communautés nationales", les musulmans et les Croates, a-t-il dit avant de raconter comment des groupes de non-Serbes avaient été exécutés, d'autres obligés de se jeter d'un pont par des soldats sous les ordres de Ratko Mladic et d'autres encore contraints à quitter leurs terres.

Close
Ouverture du procès de Ratko Mladic
sur
Partager
Tweeter
PUBLICITÉ
Partager
fermer
Image affichée

Assis derrière son avocat, l'accusé, en costume gris foncé et chemise claire, a brièvement applaudi l'entrée des juges dans la salle d'audience à 09H00.

L'ancien général, qui est apparu en meilleure forme que lors de sa première comparution à La Haye en juin 2011, n'a pas pris la parole. Il a gardé un visage impassible, barré parfois d'un rictus, ou montré des signes de douleur à la tête.

"Il nous provoque!", a assuré à l'AFP à l'issue de l'audience Schida Abdulahmanovic, l'une des mères et veuves de Srebrenica ayant fait le déplacement à La Haye.

"J'espère qu'il restera en vie jusqu'à la fin de son procès", a-t-elle ajouté, faisant allusion aux problèmes de santé dont s'est plaint M. Mladic depuis son arrestation en mai 2011.

L'ancien militaire, qui a subi trois attaques cérébrales en 1996, 2008 et février 2011, est hémiplégique (paralysé du côté droit en ce qui le concerne), selon son avocat Branko Lukic.

Arrêté le 26 mai 2011 en Serbie après avoir échappé pendant seize ans à la justice internationale, Ratko Mladic est accusé de génocides, crimes contre l'humanité et crimes de guerre commis par ses troupes pendant la guerre de Bosnie, qui avait fait 100.000 morts et 2,2 millions de déplacés entre 1992 et 1995.

"L'accusation doit raconter l'histoire et cette histoire n'est pas belle", a déclaré l'avocat de l'accusé à des journalistes après l'audience : "notre tâche est de montrer que ce qu'ils disent n'est pas vrai".

Plusieurs "Mères de Srebrenica" ont ensuite interpellé l'avocat : "n'êtes-vous pas honteux de défendre un tel criminel? N'avez-vous pas des enfants comme nous en avons eus?", lui a lancé l'une d'elle.

La déclaration liminaire de l'accusation se poursuivra jeudi à 09H00 (07H00 GMT). Le procès, qui pourrait durer trois ans selon l'accusation, doit ensuite reprendre le 29 mai avec l'audition du premier témoin du bureau du procureur.

L'accusation a toutefois indiqué dans un document publié mercredi, en réponse à une demande d'ajournement du procès par la défense au prétexte qu'elle n'est pas prête, ne pas être opposée à un report de la présentation des éléments de preuve à charge.

L'ancien général est poursuivi pour les mêmes crimes que son alter ego politique Radovan Karadzic, 66 ans, jugé à La Haye depuis octobre 2009.

Ratko Mladic, qui plaide non coupable et encourt la prison à vie, doit notamment répondre du massacre de Srebrenica en juillet 1995, au cours duquel près de 8.000 hommes et adolescents musulmans avaient été tués par les forces serbes de Bosnie, le pire massacre en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

Ratko Mladic est également poursuivi pour son rôle dans le siège de Sarajevo, au cours duquel 10.000 civils avaient été tués, et de la prise en otage de 200 soldats et observateurs de l'ONU en 1995.

"La ville est restée dans la paume de la main de Mladic" pendant les 44 mois du siège, a assuré M. Groome en montrant aux juges la photographie d'un petit garçon touché par un tir de sniper posté sur les hauteurs de la ville, étendu au sol, la tête baignant dans une mare de sang.

Sur le web

Ouverture du procès de Ratko Mladic pour génocide devant le TPIY

Ratko Mladic défie les survivants à l'ouverture de son procès ...

Serbie: le procès de Ratko Mladic s'ouvre devant le TPIY à La Haye ...