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Syrie: Deraa et Idleb sous le feu des troupes du régime

16/05/2012 06:01 EDT | Actualisé 16/07/2012 05:12 EDT

L'armée syrienne menait mercredi d'intenses opérations, notamment à Idleb, dans le nord-ouest et à Deraa, berceau de la contestation, au lendemain de la mort de plus de 60 personnes et d'une nouvelle attaque contre un convoi d'observateurs de l'ONU.

Face à à l'escalade des violences, le régime du président Bachar al-Assad a été sommé par l'émissaire international Kofi Annan d'autoriser sans plus tarder l'ONU à porter secours à plus d'un million de Syriens qui en ont besoin.

Alors que la révolte est entrée dans son 15e mois, la répression ne montre aucun signe de répit et les combats entre soldats et déserteurs se multiplient, malgré la présence de plus de 200 observateurs de l'ONU chargés de surveiller un cessez-le-feu proclamé il y a plus d'un mois mais violé tous les jours.

Au moins dix personnes, dont deux enfants, ont été tuées mercredi dans le pays: cinq dans la province de Deraa (sud), et cinq civils tués par les tirs à l'artillerie lourde de l'armée à Khan Cheikhoune, dans la région d'Idleb, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

"Nous n'avons pas fermé l'oeil de la nuit", affirme à l'AFP Abou Hammam, un militant anti-régime sur place. "Les gens dans les zones bombardées ont si peur qu'ils ont tenté de s'enfuir vers des endroits plus sûrs de la ville.

C'est à Khan Cheikhoune qu'un convoi d'observateurs de l'ONU a été visé mardi par une attaque alors qu'ils étaient à proximité de funérailles, elles-mêmes cible d'un raid des forces gouvernementales qui a fait 20 morts, selon l'OSDH qui a parlé de "massacre".

L'opposition syrienne a accusé le régime de l'attaque contre l'ONU, les Etats-Unis se sont dits "profondément inquiets de l'escalade de la violence", tandis que l'ONU s'efforçait pour le moment "d'établir les circonstances" de cet incident.

D'après des militants, un convoi d'observateurs formé de quatre véhicules a également été la cible d'une attaque dans cette même ville et une des voitures a été visée par un obus, ce qui les a contraints à quitter rapidement la ville.

"Les observateurs ont vu la mort de leurs propres yeux", commente Abou Hammam.

Un porte-parole de l'Armée syrienne libre (ASL), le commandant Sami al-Kurdi, a indiqué à l'AFP que les observateurs s'étaient rendus aux funérailles, ce qui avait encouragé les habitants à s'y joindre en nombre.

"En dépit de cela, le régime a osé attaqué les funérailles et a tiré sur les véhicules des observateurs à partir d'un barrage de contrôle", a dit cet officier.

Il s'agit du deuxième incident grave impliquant des observateurs de l'ONU, dont plus de 200 se trouvent en Syrie. Ils sont chargés notamment de surveiller l'application d'un cessez-le-feu entré en vigueur officiellement le 12 avril mais systématiquement violé depuis.

Le porte-parole de l'ONU a confirmé que le convoi avait été visé par une attaque, parlant lui d'une bombe artisanale.

A Deraa, quatre civils et un soldat ont été tués mercredi par des tirs lors d'une campagne de perquisitions et d'arrestations menées par les forces du régime à Mleiha al-Atch.

Mardi, au moins 64 personnes, en majorité des civils, ont été tuées à travers le pays.

Une équipe de Médecins sans frontières (MSF) de retour d'une mission clandestine en Syrie a accusé de son côté le régime d'arrêter les médecins et de s'attaquer aux pharmacies. "Pour moi, qu'une armée régulière pille des pharmacies, les détruise, c'est complètement inédit", a dit un chirurgien de MSF.

Sur le plan politique, le régime, qui cherchait à se donner une certaine crédibilité en organisant des législatives le 7 mai, a annoncé un taux de participation de 51,26% mais sans préciser les résultats par partis. La communauté internationale a raillé ce scrutin, de même que l'opposition qui l'a boycotté.

Dans le camp opposé, la principale coalition de l'opposition, le Conseil national syrien (CNS), a élu Burhan Ghalioun à sa tête pour un nouveau mandat de trois mois lors d'une réunion à Rome.

En 14 mois, plus de 12.000 personnes ont été tuées en Syrie, en majorité des civils abattus par les troupes gouvernementales, et quelque 25.000 sont toujours détenues, selon l'OSDH. Des dizaines de milliers de Syriens se sont en outre réfugiés dans les pays voisins.

bur-ram/hj

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