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Québec déposera une loi spéciale pour suspendre les sessions d'hiver

16/05/2012 11:02 EDT | Actualisé 16/07/2012 05:12 EDT

QUÉBEC - Le premier ministre Jean Charest a soulevé la colère des représentants étudiants en annonçant une loi spéciale avec laquelle il souhaite plutôt calmer une crise sur la hausse des droits de scolarité dans laquelle son gouvernement patauge depuis plus de 13 semaines.

M. Charest a déclaré qu'il déposera «bientôt» un projet de loi qui suspendrait jusqu'en août les sessions des collèges et des universités actuellement en grève.

«Il n'y a aucune raison, compte tenu de cette décision de suspendre, que ça n'ait pas pour effet de baisser la pression, maintenant que les sessions sont suspendues, a-t-il dit. De telle sorte que tout le monde peut reprendre son calme.»

Aucune précision n'a encore été donnée, mais le texte législatif empêcherait aussi toute possibilité d'entraver l'accès aux établissements d'éducation, a affirmé M. Charest dans une conférence de presse, mercredi soir.

«Dans une société fondée sur la liberté, il n'est quand même pas acceptable qu'on bloque l'accès à un cégep ou à une université au nom de l'éducation, a-t-il dit. On empêche l'éducation, au nom de l'éducation? Il y a comme une contradiction.»

Le premier ministre a évoqué la possibilité que des établissements puissent être soustraits à l'application de la suspension, si une entente survenait rapidement au cours des prochaines heures, mais il semblait résigné.

Pour expliquer sa décision, M. Charest a évoqué la rencontre de la nouvelle ministre de l'Éducation Michelle Courchesne avec les représentants des quatre associations étudiantes, mardi soir, qui selon lui a été insatisfaisante.

«Du côté des étudiants, pas d'ouverture, a-t-il dit. Les ponts de communication vont rester ouverts.»

Le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) Léo Bureau-Blouin a déclaré que M. Charest devra assumer ses responsabilités si jamais des gestes de violence sont commis en réaction à la loi spéciale qu'il souhaite faire adopter.

«S'il y a des violences, s'il y a des blessés graves, je pense que monsieur le premier ministre, M. Jean Charest va devoir en porter l'odieux et ce pour le reste de son parcours politique, et j'espère qu'il en est conscient», a-t-il dit.

Selon M. Bureau-Blouin, dont le regroupement souhaite contester la légalité de la loi spéciale proposée, les étudiants «vont être fâchés» contre le gouvernement qui, «plutôt que de négocier de bonne foi avec les associations étudiantes» utilise un milieu juridique pour «casser un mouvement démocratique».

La présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins, a accusé le gouvernement d'avoir choisi la voie de la confrontation.

«Nous, on espère et on incite les étudiants à rester pacifiques mais il va falloir voir que le gouvernement continue la confrontation, a-t-elle dit. Je le rappelle, le mouvement a été pacifique jusqu'à tout dernièrement et le gouvernement a délibérément augmenté la pression sur les étudiants.»

La porte-parole de la Coalition large de l'association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), Jeanne Reynolds, a eu des mots très durs pour M. Charest.

«Durant la grève, Charest a été a été hautain, arrogant, il a systématiquement ridiculisé les offres qu'il nous proposait lui-même et il a marginalisé notre mouvement», a-t-elle dit.

Mme Reynolds a affirmé que la loi spéciale proposée par M. Charest ne fera qu'envenimer la situation.

«Cette loi-là va plutôt mettre le feu aux poudres et ça ne réglera pas le conflit», a-t-elle affirmé.

À cet effet, une manifestation amorcée vers 23 h au centre-ville de Montréal et réunissant plusieurs milliers de participants s'est déroulée sous haute tension, alors que des vitrines d'édifices ont été brisées et des projectiles ont été lancés vers des policiers et des citoyens, selon l'agent Simon Delorme, porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Vers 0 h 25, via son compte Twitter, le SPVM a d'ailleurs annoncé que la manifestation avait été déclarée illégale «à la suite de plusieurs actes criminels commis».

Une vingtaine de minutes plus tard, l'agent Delorme confirmait qu'un déploiement policier était en place au centre-ville pour disperser la foule. Il n'a pas précisé quelles mesures les policiers avaient employées pour arriver à leurs fins.

Peu après 1 h, jeudi matin, le porte-parole de la police a confirmé qu'au moins une dizaine d'arrestations avait été effectuées mais que ce nombre allait vraisemblablement augmenter de façon considérable.

D'autres manifestants s'étaient donné rendez-vous au parc Émilie-Gamelin à 1 h, jeudi, pour une autre contestation nocturne.

Plusieurs autres manifestations avaient préalablement eu lieu à Montréal, incluant deux autres au centre-ville sans incident majeur, de même qu'à Québec et à Sherbrooke.

Gabriel Nadeau-Dubois s'est d'ailleurs joint à la manifestation de Québec mercredi soir, et livré un discours de quelques minutes invitant les manifestants à poursuivre la lutte, après avoir dénoncé la loi spéciale en conférence de presse.

Calendrier

Le projet de loi spéciale prévoit que la session en cours serait suspendue dans les 14 cégeps ainsi que dans les facultés universitaires encore en grève.

À partir du mois d'août, les étudiants retourneraient en classe pour compléter la session d'hiver, jusqu'en septembre. La session d'automne commencerait ensuite, en octobre, et se terminerait en janvier.

Ces modifications au calendrier scolaire ne concernent que les établissements touchés par le boycott des cours.

L'étalement de la hausse des frais de scolarité sur sept ans plutôt que cinq, des bonifications à l'aide financière ainsi qu'un assouplissement du programme de remboursement de prêts étudiants, seront mis en place comme concédé plus tôt par le gouvernement.

M. Charest a exposé les grandes lignes du projet de loi en présence de Mme Courchesne et de représentants des institutions d'enseignement collégial et universitaire.

Les étudiants protestent contre une hausse de 1778 $ des frais de scolarité. Lundi, la ministre de l'Éducation Line Beauchamp a démissionné, pour être remplacée par Mme Courchesne.

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, a estimé que le projet de loi spéciale de M. Charest ne fait que pelleter le problème en avant.

«Je ne vois pas comment on peut régler le problème en reportant tout au mois d'août, a-t-il dit. Je pense que M. Charest, qui blâmait Mme Marois de faire des moratoires partout, bien il en fait un jusqu'au mois d'août.»

Marie Malavoy, porte-parole de l'opposition en matière d'enseignement supérieur, a soupçonné M. Charest de vouloir recourir à la force quand il évoque des dispositions qui assureront le libre accès aux établissements d'enseignement.

«On a un premier ministre qui n'a même pas eu le courage tout à l'heure de nous dire ça veut dire quoi, de s'assurer que les gens qui veulent étudier aient le droit d'étudier, a dit la députée péquiste. Nous, ce que l'on décode, c'est que le premier ministre va utiliser la force et on pense que le premier ministre ce soir n'est pas digne de la fonction qu'il exerce.»

Par ailleurs, la Confédération des syndicats nationaux (CSN), la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) ont demandé au gouvernement et au premier ministre «de mettre son projet de loi sur la glace et de tout faire pour en arriver rapidement à un règlement négocié de la crise».

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