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Ouverture du procès de Ratko Mladic pour génocide devant le TPIY

16/05/2012 03:38 EDT | Actualisé 15/07/2012 05:12 EDT

LA HAYE-PESNEL, France - Vingt ans après le début de la guerre de Bosnie, le procès de l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, Ratko Mladic, s'est ouvert mercredi devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre.

Agé de 70 ans, Mladic habillé d'un costume et d'une cravate, a levé les pouces et applaudi ses partisans présents dans la salle, causant l'émoi dans l'assistance. Il a pris des notes et n'a montré aucune émotion à la lecture des onze chefs d'accusation retenus contre lui. Il refuse de plaider coupable ou non coupable. Après une suspension d'audience, le président de la cour, le juge Alphons Orie, a dénoncé les "interactions déplacées" entre Mladic et le public et prévenu que l'accusé pourrait être placé derrière un écran pour y mettre fin.

L'ouverture de ce procès marque la fin d'une longue attente pour la justice pour les rescapés du conflit de 1992-95, qui a fait plus de 100.000 morts. C'est également une étape pour le TPIY qui juge ainsi le dernier criminel de guerre recherché.

Ratko Mladic a été arrêté en Serbie en mai dernier et extradé vers à La Haye, 16 ans après sa première inculpation par le TPIY, qui l'accuse d'avoir orchestré certaines des pires atrocités perpétrées lors de la guerre de Bosnie (1992-1995), dont le massacre de 8.000 hommes et garçons musulmans à Srebrenica en 1995 et le siège de Sarajevo.

Le procès avait été reporté pour des questions de calendrier, une audience en appel de deux Croates condamnés l'an dernier pour crimes contre l'humanité étant prévu à la date initialement choisie.

Le procureur Dermot Groome a déclaré au collège de trois juges que Mladic avait été choisi par l'ancien chef politique des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic pour ses talents de commandant militaire mais aussi "parce que Karadzic estimait qu'il voudrait commettre les crimes nécessaires pour atteindre les objectifs stratégiques des dirigeants bosno-serbes".

Il a ajouté que l'accusation s'appuierait sur les propres déclarations de Mladic, notamment sur ses carnets de guerre, des interceptions radio et des interventions télévisés.

"Je n'ai participé à aucun crime. J'ai seulement défendu mon peuple", les Serbes, déclarait-il dans l'une de ces apparitions à la télévision. Mais dans un autre enregistrement, il se vante ainsi: "Dès que je suis à Sarajevo, je tue quelqu'un en passant (...) Je vais flanquer la raclée aux Turcs", ce terme désignant les musulmans de Bosnie.

Le procureur a diffusé une communication radio dans laquelle l'accusé ordonne le bombardement d'une partie de Sarajevo et une vidéo montrant des civils courant dans les rues dévastées pour échapper aux balles des tireurs embusqués pendant le siège de la ville. Le procureur a estimé que toutes les attaques participaient d'un plan global de Karadzic et de l'ancien président yougoslave Slobodan Milosevic visant au "nettoyage ethnique" d'une grande partie de la Bosnie et à la création d'une "Grande Serbie" sur les ruines de l'ex-Yougoslavie.

Arrêté en 2008, Karadzic est également jugé par le TPIY, tandis que Milosevic est mort d'une crise cardiaque en 2006 avant que les juges du tribunal ne rendent leur verdict.

Le procureur Groome compte également exploiter plus de 400 témoignages mais très peu de témoins viendront à la barre car une grande partie des éléments à charge ont déjà été produits lors d'autres procès.

Le président bosniaque Bakir Izetbegovic a salué l'ouverture du procès de Mladic. "Nous attendons avant tout la vérité. La vérité puis la justice pour les victimes, les familles des victimes. C'est la pire époque de notre histoire", a-t-il dit.

A Srebrenica, des veuves et mères de victimes réunies pour regarder le procès ensemble ont été choquées par l'absence d'émotion montrée par Mladic. "Cela fait vraiment mal. Nous n'avons pas perdu des poulets. Nous avons perdu nos fils", a réagi Suhreta Malic, qui a perdu ses enfants et une trentaine de membres de sa famille dans le massacre. Assise devant la télévision avec les photos de ses enfants tués, elle a fondu en larmes.

Dans le fief serbe de Pale en revanche, des spectateurs ont applaudi à l'entrée de l'accusée dans la salle d'audience. "Mladic est notre héros. Nous sommes tristes de le voir là", a déclaré Milan Ivanovic, un étudiant en droit de 20 ans. AP

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