NOUVELLES

«Moonrise Kingdom»: Wes Anderson donne le coup d'envoi du Festival de Cannes

16/05/2012 11:51 EDT | Actualisé 16/07/2012 05:12 EDT

CANNES, France - Un orphelin amoureux, une adolescente en colère, une compagnie de scouts en pleine tempête, et toute l'excentricité d'un réalisateur hors normes: la 65e édition du Festival de Cannes s'est ouverte ce mercredi avec «Moonrise Kingdom» de Wes Anderson, une merveilleuse comédie emplie de poésie et de nostalgie sur l'été, les souvenirs d'enfance et les premiers amours.

Après «La famille Tannebaum», «La vie aquatique» et «À bord du Darjeeling Limited», le réalisateur indépendant texan confirme avec ce film son talent de metteur en scène déjanté, avec un long-métrage lumineux, marqué par son goût prononcé pour le rétro et la recherche visuelle. Une jolie manière de démarrer le Festival de Cannes en grâce et en légèreté

Ile Penzance, au large de la Nouvelle-Angleterre, au coeur de l'été 1965. Comme chaque année, une compagnie de scouts menée par le chef scout Ward (Edward Norton) s'est installée sur les belles prairies pour faire l'apprentissage des joies du camping. Tout va pour le mieux jusqu'à ce qu'un jeune scout fasse une fugue. Le jeune Sam Shakusky (Jared Gilman), un orphelin de douze ans sous la protection des Services sociaux (Tilda Swinton), a décidé de démissionner des scouts pour disparaître dans la nature.

Aussitôt, le chef scout et le chef de la police locale, le capitaine Sharp (Bruce Willis), se mettent à la poursuite du garçon. Très vite, ils comprennent que le jeune Sam n'est pas parti seul mais accompagné de la fille des Bishop, Suzy (Kara Hayward), une adolescente réputée colérique. Après des mois de correspondance épistolaire, les deux amoureux ont conclu un pacte secret pour s'enfuir ensemble. Ensemble, le chef scout, le capitaine Sharp, M. Bishop (Bill Murray) et son épouse (Frances McDormand) et tous les scouts se mobilisent pour les retrouver, alors qu'une violente tempête s'approche des côtes, au risque de bouleverser encore un peu plus la vie de la petite communauté.

Écrit à deux mains par Wes Anderson lui-même et Roman Coppola (scénariste d'«À bord du Darjeeling Limited»), «Moonrise Kingdom» est une plongée dans leur univers singulier, un monde cocasse où le cinéma n'obéit plus aux règles de la réalité, mais aux lubies et aux envies de ses créateurs.

Film éminemment visuel, le dernier Wes Anderson regorge de trouvailles esthétiques qui constituent la patte même réalisateur, tout comme la fantaisie, l'humour décalé, le sens de l'absurde et la profonde mélancolie qui plane sur toutes ses oeuvres, celle d'une enfance perdue, au goût d'inachevé.

Ce style reconnaissable entre tous se retrouve dans les situations loufoques, mais aussi dans ses galeries de personnages loufoques.

Face au petit couple d'amoureux, merveilleusement justes, Anderson ébauche ici des portraits d'adultes profondément attachants, tous empreints de cette tristesse inhérente à la disparition de l'enfance. Il y a bien sûr Bill Murray, irrésistible comme toujours en chef de famille abandonné et irascible, mais aussi Edward Norton et Bruce Willis, tous deux dans des rôles à contre-emploi, issus d'un casting plein d'ironie.

À la fois féerique et mélancolique, drôle et délicat, «Moonrise Kingdom» se voit comme une véritable proposition de cinéma, à la fois sur le plan visuel et émotionnel. En ce sens, Wes Anderson a éminemment rempli son rôle ce mercredi au Festival de Cannes. Il a fait souffler sur la Croisette une brise de fraîcheur, d'enfance et d'été.

PLUS:pc