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Le procès de Ratko Mladic, accusé de génocide en Bosnie, s'ouvre à La Haye

16/05/2012 01:58 EDT | Actualisé 16/07/2012 05:12 EDT

LA HAYE, Pays-Bas - Vingt ans après le début de la guerre de Bosnie, le procès de l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie s'est ouvert mercredi devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye. Ratko Mladic, âgé de 70 ans, est accusé de génocide, de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre.

Vêtu d'un costume et d'une cravate, Ratko Mladic a levé les pouces et a applaudi ses partisans en arrivant dans la salle, causant l'émoi dans l'assistance. Il a pris des notes et n'a montré aucune émotion à la lecture des onze chefs d'accusation retenus contre lui. Il refuse de plaider coupable ou non coupable.

Après une suspension d'audience, le président de la cour, le juge Alphons Orie, a dénoncé les «interactions déplacées» entre Mladic et le public et a prévenu que l'accusé pourrait être placé derrière un écran pour mettre fin à ces échanges.

L'ouverture du procès marque la fin d'une longue attente de justice pour les rescapés du conflit de 1992-1995, qui a fait plus de 100 000 morts.

Ratko Mladic a été arrêté en Serbie en mai dernier et a été extradé à La Haye 16 ans après sa première inculpation par le TPIY, qui l'accuse d'avoir orchestré certaines des pires atrocités perpétrées lors de la guerre de Bosnie, dont le massacre de 8000 hommes et garçons musulmans à Srebrenica en 1995 et le siège de Sarajevo.

L'ouverture du procès a été reportée pour des questions de calendrier, une audience en appel de deux Croates condamnés l'an dernier pour crimes contre l'humanité étant prévue à la date initialement choisie.

Le procureur Dermot Groome a déclaré aux trois juges que Ratko Mladic avait été choisi par l'ancien chef politique des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, pour ses talents de commandant militaire, mais aussi «parce que Karadzic estimait qu'il voudrait commettre les crimes nécessaires pour atteindre les objectifs stratégiques des dirigeants bosno-serbes».

Il a ajouté que l'accusation s'appuierait sur les déclarations de Mladic, notamment sur ses carnets de guerre, des interceptions radio et des interventions télévisés.

«Je n'ai participé à aucun crime. J'ai seulement défendu mon peuple», avait-il déclaré dans l'une de ces apparitions télévisées. Mais dans un autre enregistrement, il affirme: «Dès que je suis à Sarajevo, je tue quelqu'un en passant. (...) Je vais flanquer la raclée aux Turcs», un terme désignant les musulmans de Bosnie.

Le procureur a diffusé une communication radio dans laquelle l'accusé ordonne le bombardement d'une partie de Sarajevo, ainsi qu'une vidéo montrant des civils courant dans les rues dévastées pour échapper aux balles des tireurs embusqués pendant le siège de la ville. Le procureur a estimé que toutes les attaques s'inscrivaient dans un plan global de Radovan Karadzic et de l'ancien président yougoslave Slobodan Milosevic visant le «nettoyage ethnique» d'une grande partie de la Bosnie et la création d'une «Grande Serbie» sur les ruines de l'ex-Yougoslavie.

Radovan Karadzic, arrêté en 2008, est lui aussi jugé par le TPIY, tandis que Slobodan Milosevic est mort d'une crise cardiaque en 2006 avant que les juges du tribunal ne rendent leur verdict.

Le procureur Groome compte également exploiter plus de 400 témoignages, mais très peu de témoins viendront à la barre car une grande partie des éléments à charge ont déjà été produits lors d'autres procès.

Le président bosnien, Bakir Izetbegovic, a salué l'ouverture du procès de Ratko Mladic. «Nous attendons avant tout la vérité. La vérité puis la justice pour les victimes, les familles des victimes. C'est la pire époque de notre histoire», a-t-il dit.

À Srebrenica, des veuves et mères de victimes réunies pour regarder le procès ont été choquées par l'absence d'émotion de Ratko Mladic.

«Cela fait vraiment mal. Nous n'avons pas perdu des poulets. Nous avons perdu nos fils», a réagi Suhreta Malic, qui a perdu ses enfants et une trentaine de membres de sa famille dans le massacre. Assise devant la télévision avec les photos de ses enfants tués, elle a fondu en larmes.

En revanche, dans le fief serbe de Pale, des spectateurs ont applaudi lors de l'entrée de l'accusé dans la salle d'audience. «Mladic est notre héros. Nous sommes tristes de le voir là», a déclaré Milan Ivanovic, un étudiant en droit âgé de 20 ans.

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