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Impasse politique en Grèce: l'inertie jusqu'aux élections du 17 juin

16/05/2012 06:24 EDT | Actualisé 16/07/2012 05:12 EDT

ATHÈNES, Grèce - Un juge expérimenté a été assermenté mercredi pour diriger un gouvernement intérimaire en Grèce jusqu'aux élections législatives du 17 juin, un scrutin qui vise à tenter de sortir le pays de l'impasse politique qui menace son maintien dans la zone euro.

Le président du Conseil d'État, Panagiotis Pikramenos, âgé de 67 ans, a été nommé pour diriger un gouvernement qui ne pourra prendre aucun nouvel engagement international contraignant d'ici les prochaines élections. C'est donc dire que la Grèce se dirige vers un mois d'inertie.

Signe du mécontentement largement répandu en Grèce, les partis traditionnels n'ont pas obtenu de majorité claire aux législatives du 6 mai, marquées par la percée de la gauche radicale, opposée aux mesures d'austérité, et l'entrée de l'extrême droite au Parlement.

Une partie de la population a vu son niveau de vie s'effondrer au fil des plans d'austérité draconiens appliqués depuis 2010 en contrepartie des centaines de milliards d'euros d'aide internationale. Le pays traverse désormais sa cinquième année de récession et plus de 21 pour cent de la population active est au chômage. De nombreux Grecs estiment que ces sacrifices destinés à alléger la dette souveraine du pays empêchent en réalité la Grèce de se relever.

«Je veux croire que la prochaine fois, les gens vont exprimer leur opposition aux plans de sauvetage internationaux de façon encore plus claire, afin qu'un gouvernement fort soit formé sans les partis politiques traditionnels», a dit la fonctionnaire Christina Papadopoulou au sujet des nouvelles élections.

Les négociations pour former un gouvernement de coalition ont échoué mardi. Les conservateurs de Nouvelle démocratie (ND), puis la Coalition de la gauche radicale (Syriza), et enfin les socialistes du PASOK, arrivés aux trois premières places du scrutin, ont tour à tour tenté de former une coalition gouvernementale, sans succès. Le président Karolos Papoulias a tenté d'arracher un accord de partage du pouvoir lors de réunions quotidiennes depuis dimanche, avant de se résoudre à convoquer de nouvelles élections.

«Il revient maintenant au peuple grec de prendre une décision en toute connaissance de cause, en gardant à l'esprit que ce sera une élection réellement historique», a déclaré le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. «Nous respecterons bien entendu la décision démocratique du peuple grec. Pour autant, les citoyens doivent être conscients qu'il y a 16 autres démocraties dans la zone euro. Les décisions démocratiques prises dans la zone euro doivent aussi être prises en compte», a-t-il souligné.

La Coalition de la gauche radicale refuse de participer à un gouvernement qui applique les mesures d'austérité acceptées par les précédents gouvernements en échange de l'aide internationale qui permet à la Grèce de se maintenir à flot depuis deux ans. Selon les plus récents sondages, le parti Syriza devrait remporter les nouvelles élections, sans toutefois pouvoir gouverner seul, ce qui signifie qu'il devra former une coalition.

Le chef de Syriza, Alexis Tsipras, a déclaré mercredi qu'il avait demandé lors de la réunion avec ses homologues et le président Papoulias «que le gouvernement intérimaire n'applique pas des mesures impliquant des réductions supplémentaires des salaires, des retraites et des dépenses publiques, qui démantèleraient les relations du travail ou permettraient les privatisations». «J'ai aussi demandé un gel de tout le processus en cours concernant la vente des biens publics», a-t-il dit.

Selon la chef du Parti communiste, Aleka Papariga, il a été convenu que le gouvernement intérimaire ne prendrait pas d'engagements auprès de l'Union européenne ou de l'OTAN au nom de la Grèce. «En cas d'urgence ou d'imprévu, ce sera réglé par une consultation des partis avec la participation du président», a affirmé Mme Papariga.

L'incertitude politique inquiète les créanciers internationaux de la Grèce ainsi que les Grecs eux-mêmes. Selon le président Papoulias, les Grecs ont retiré environ 700 millions d'euros des banques depuis les élections du 6 mai.

«La situation des banques est très difficile. (Le gouverneur de la Banque centrale) m'a dit qu'il n'y avait pas de panique, bien sûr, mais la crainte est forte que cela ne tourne à la panique», a dit M. Papoulias lundi soir aux dirigeants politiques, selon une transcription rendue publique mardi soir.

Il n'y a pas eu de files d'attentes devant les banques d'Athènes après les élections, mais les clients ont progressivement retiré leurs économies depuis le début de la crise il y a deux ans, préférant envoyer leur argent à l'étranger ou le garder chez eux.

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