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Polémique autour du projet de TGV au Maroc, premier du monde arabe

15/05/2012 06:26 EDT | Actualisé 15/07/2012 05:12 EDT

Premier dans le monde arabe, le futur TGV marocain destiné à favoriser la croissance du royaume, ne fait pas l'unanimité. Les membres du collectif "stop TGV" demandent l'arrêt d'un projet qu'ils considèrent comme déplacé pour un pays pauvre comme le Maroc.

Officiellement inauguré en septembre 2011 par le roi Mohammed VI, le chantier est en bonne marche. Mais dans les journaux, les sites internet, réseaux sociaux, dans des réunions, il continue de mobiliser deux camps opposés, revélant deux visions du Maroc de demain.

A la gare centrale de Rabat, les voyageurs s'apprêtent à embarquer. Direction Tanger, au nord du royaume. Durée du voyage: 3h45. Mais peut-être plus pour très longtemps.

Fin 2015, le TGV devrait relier, via Rabat, Casablanca et Tanger --les deux pôles économiques du pays distants d'environ 350 km-- en un peu plus de deux heures. 

Coût du projet: 25 milliards de dirhams, soit 2,2 milliard d'euros, une "somme astronomique" pour les opposants.

Un collectif baptisé "Stop TGV" demande l'arrêt du projet qu'il considère comme "non prioritaire" pour un pays pauvre comme le Maroc.

Si le royaume se modernise à toute vitesse, développe ses infrastructures, grâce à une bonne croissance - 5% en moyenne - ces dernières années, la majorité de la population reste pauvre et les inégalités sociales importantes dans ce pays d'environ 33 millions d'habitants, le plus peuplé du monde arabe derrière l'Egypte et l'Algérie.

"C'est un projet qui n'est pas prioritaire pour le Maroc. 25 milliards, c'est l'équivalent de 25.000 écoles dans le monde rural, 16.000 bibliothèques, 10.000 médiathèques et 25 centres universitaires hospitaliers", note Omar Balafrej, un des principaux membres du collectif "stop TGV".

Les détracteurs du projet rappellent que le Maroc est classé 130e selon l'indice mondial de développement humain et que de très nombreuses régions ne sont pas encore desservies par le rail "classique".

 

   - "Torpillage, Gaspillage, Vol" -

 

Chaque partie fourbit ses arguments, mais le dialogue est difficile.

Un débat public était prévu il y a quelques semaines entre les responsables de l'ONCF (Office national de chemins de fer) et le collectif. Mais il a tourné court quand des opposants ont distribué au public des tracts déclinant le sigle TGV en "Torpillage, Gaspillage, Vol".

"L'insulte n'est pas la meilleure façon de discuter", a fait valoir l'ONCF.

L'ONCF souligne que la ligne existante entre Tanger et Casablanca est saturée. Il mise sur une clientèle de six millions de passagers pour cette ligne à l'horizon 2016 contre 3,5 millions actuellement. L'offre voyageurs, frêt et logistique a déjà doublé en dix ans, selon elle.

Et, assure-t-elle, "l'exploitation du TGV ne sera pas subventionnée".

"Nous avions le choix entre deux options: soit rectifier et doubler la ligne existante, soit construire une nouvelle ligne à grande vitesse", explique à l'AFP Mohamed Rabie Khlié, directeur général des chemins de fer marocains.

"Une ligne à grande vitesse coûte 30% de plus, mais les retombées socio-économiques sont bien meilleures que pour une ligne classique", précise-t-il, en soulignant "les opportunités pour la croissance, et la création de richesse", les avantages en "gain de temps" et pour la "sécurité routière".

C'est le français Alstom qui a obtenu, de gré à gré, le marché de construction des 14 rames du TGV pour 400 millions d'euros. L'ensemble du projet est financé, sous forme de prêts, à hauteur de 60% par la France et des pays du Golfe.

Les détracteurs critiquent "l'absence de transparence" de cet accord avec Alstom, et la "préférence française" sans adjudication.

"Il n'y a pas eu de cadeaux (...) Il ne s'agit pas de projet clé en main", affirme-t-on côté marocain, précisant que l'offre française agrémentée d'un "prêt concessionnel s'est avérée la plus intéressante". Et que "le montant des prestations réservées aux entreprises françaises ne dépasse pas les 33%".

"Sans oublier qu'une centaine d'entreprises européennes et asiatiques, et autant d'appels d'offres sont concernés par ce projet", selon l'ONCF.

Mardi, le Mouvement du 20 février, qui demande des réformes politiques politiques profondes, a appelé le président français François Hollande, le jour de son investiture, à mettre un terme à ce projet du TGV, jugé "injuste et inégalitaire".

A l'horizon 2035, le Maroc --qui compte ainsi rejoindre le "club" des pays émergents adoptant le TGV --comptera au total 1.500 km de lignes, qui s'ajouteront à un réseau autoroutier de 1.800 km en 2015 (contre 1.400 actuellement).

hm/cac/cpy

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