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Liban: la tension reste vive après la fin des heurts entre pro et anti-Assad

15/05/2012 12:17 EDT | Actualisé 15/07/2012 05:12 EDT

"C'est sûr que nous allons recommencer à nous battre avec les partisans d'Assad, ce n'est qu'une question de temps", lance Abou Zyad, pêcheur à Tripoli, grande ville du nord du Liban, où des heurts confessionnels meurtriers ont eu lieu sur fond de violences en Syrie.

"Ils nous ont fait tant de mal", dit ce sunnite, faisant allusion aux Alaouites, partisans du président syrien Bachar al-Assad, issu de cette même confession, une branche du chiisme.

"La Syrie n'a apporté que des problèmes au Liban, surtout dans le Nord et à Tripoli", poursuit l'homme de 43 ans, en référence à la tutelle qu'a exercé pendant longtemps la Syrie sur le Liban.

Des affrontements entre habitants de deux quartiers de Tripoli, Bab el-Tebbaneh, majoritairement sunnite et hostile au régime syrien de Bachar al-Assad, et Jabal Mohsen, alaouite et sympathisant de Damas, ont fait neuf morts et près de 50 blessés entre samedi et lundi, avant que l'armée n'intervienne et rétablisse le calme.

Ces combats mettent en lumière les profondes divisions entre les partis politiques libanais vis-à-vis de la crise en Syrie et font craindre que les violences chez le voisin ne fassent tache d'huile dans le pays.

Depuis le début de la révolte contre le régime syrien en mars 2011, des heurts confessionnels ont éclaté à plusieurs reprises à Tripoli, mais les derniers en date sont les plus meurtriers et ont vu les sunnites extrémistes y prendre part.

"A mon avis, la situation va empirer. Le problème est résolu pour le moment mais ça va dégénérer à nouveau", estime Cheikh Nabil al-Rahim, un responsable religieux de la ville côtière.

Et d'expliquer: "Tripoli est devenu un soutien essentiel pour la révolution (en Syrie), avec de l'argent et des armes, et un lieu où les réfugiés sont aidés. Or, certains veulent mettre un terme à cela".

Depuis mars 2011, Tripoli a en effet accueilli des milliers de réfugiés syriens fuyant les violences.

Pour Cheikh Nabil al-Rahim, les autorités libanaises sont largement responsables des derniers heurts, intervenus après l'arrestation d'un islamiste soupçonné de "terrorisme" par les autorités libanaises mais présenté par ses proches comme un partisan de la révolte en Syrie.

La communauté sunnite de Tripoli reproche au gouvernement, dominé par le mouvement chiite Hezbollah, d'être à la solde du régime syrien.

"En tant que sunnites, nous nous sentons visés par l'Etat et l'armée", indique Omar Lababidi, un ouvrier du bâtiment de 30 ans.

"Quand un chiite est armé, ils l'appellent un combattant de la résistance", ajoute-t-il en référence au Hezbollah. "Quand un sunnite a un couteau, ils l'appellent un terroriste", se lamente-t-il.

Depuis la fin de la guerre civile libanaise (1975-1990), le Hezbollah refuse de déposer les armes, arguant qu'elles sont nécessaires pour faire face à une éventuelle attaque israélienne.

D'autres habitants de Tripoli affirment vouloir qu'une chose, la paix, de façon à ce que la ville puisse se concentrer sur son développement économique et s'attaquer au problème de la pauvreté.

"Les jeunes prennent les armes parce qu'ils n'ont rien d'autre à faire", indique Ahmad Jaber, un habitant de Bab al-Tebbaneh. "La plupart d'entre nous n'ont pas de travail".

M. Jaber explique avoir grandi durant la guerre civile et espère que ses enfants auront une vie différente de la sienne.

"Je n'ai pas reçu d'éducation mais j'en ai vu assez pour savoir que je ne veux pas que la nouvelle génération, les enfants de Tripoli, grandissent en combattant", dit-il.

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