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Le Soudan et le Soudan du Sud se dirigent vers une "catastrophe" humanitaire (ONG)

15/05/2012 09:10 EDT | Actualisé 15/07/2012 05:12 EDT

Les populations du Soudan et du Soudan du Sud déjà déracinées par milliers par le conflit frontalier qui oppose leurs pays font face à l'arrivée de pluies qui risquent de transformer une "crise" en "catastrophe", estiment mardi des ONG au Soudan du Sud.

"Nous sommes en train de passer d'une crise à une catastrophe", a mis en garde Johnson Byamukama, d'Oxfam, l'une des cinq organisations non gouvernementales (ONG) à l'origine de l'avertissement avec Christian Aid, International Rescue Committee, Refugees international et Save the Children.

"Les pluies saisonnières attendues au Soudan et au Soudan du Sud vont exacerber une situation déjà désastreuse dans les camps de réfugiés, restreindre les déplacements (...) et augmenter le risque de maladies", disent les ONG dans un texte commun.

Après des semaines de graves affrontements à leur frontière commune, les armées du Soudan et du Soudan du Sud campent désormais sur leurs positions, dans un face-à-face tendu.

Parallèlement, dans l'Etat soudanais du Kordofan-Sud, une guerre civile a contraint plus de 100.000 personnes à fuir au Soudan du Sud, dans des régions coupées de tout en saison des pluies.

En plus du conflit frontalier avec le Soudan, le Soudan du Sud, indépendant depuis juillet 2011, fait face à de multiples crises: affrontements interethniques, attaques de rebelles. Plus de quatre millions de personnes (environ la moitié de la population) y ont déjà besoin d'aide alimentaire.

"Les pluies qui viennent pourraient rendre la vie insupportable aux réfugiés et amener avec elles la menace de maladies liées à l'eau", a poursuivi M. Byamukama. "Le monde doit prendre conscience du véritable coût du conflit pour des personnes qui ont déjà subi tant d'années de guerre."

L'ONU a aussi mis en garde mardi contre une détérioration économique au Soudan du Sud, potentiellement dévastatrice "dans les semaines ou les mois à venir".

"A moins que la production pétrolière ne reprenne, le nombre de personnes qui vont avoir besoin d'une aide d'urgence va augmenter," a averti sa coordinatrice humanitaire pour le Soudan du Sud, Lise Grande.

Le pétrole est, avec le différend frontalier, au coeur des tensions Nord-Sud depuis l'indépendance de Juba.

Le Soudan du Sud a hérité des trois quarts des ressources pétrolières du Soudan à la partition du pays, mais dépend des infrastructures du Nord pour exporter. Faute d'accord sur les frais de passage, le Nord prélevait une partie du brut en transit. Furieuse, Juba a en réponse stoppé sa production en janvier.

L'ONU dit déjà manquer de 500 millions de dollars pour financer ses activités au Soudan du Sud. Or, selon Mme Grande, les besoins financiers vont encore croître si la production ne repart pas.

La fermeture des vannes a entraîné une pénurie de liquidités au Sud et fait partir l'inflation en flèche. Au marché noir, un dollar s'échange 5 livres sud-soudanaises, contre 3,5 en janvier.

"Avec la dépréciation de la monnaie (...), le prix des denrées de base augmente -- par endroits, nous voyons des augmentations jusqu'à 300%," a dit Mme Grande.

Début mai, l'ONU a demandé à Juba et à Khartoum de reprendre mercredi au plus tard les négociations pour résoudre leurs différends. Mais, si les combats se sont calmés à la frontière commune, des sources sur le terrain estimaient que les pourparlers ne reprendraient pas avant au moins une semaine.

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