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Le Pnud dénonce le paradoxe faim/forte croissance économique en Afrique

15/05/2012 04:49 EDT | Actualisé 14/07/2012 05:12 EDT

Le programme des Nations unies pour le développement (Pnud) a dénoncé mardi le paradoxe d'une Afrique subsaharienne qui affiche une croissance économique supérieure à la moyenne mondiale et souffre pourtant encore de la plus grande insécurité alimentaire de la planète.

"Les taux impressionnants de croissance du PIB en Afrique ne se sont pas traduits par l'élimination de la faim et de la malnutrition," a relevé Helen Clark, administrateur du Pnud, à Nairobi, lors du lancement d'un rapport sur le développement humain de l'Afrique.

Selon le rapport du Pnud, entre 2004 et 2008, les économies africaines ont cru en moyenne de 6,5% par an. La crise mondiale a entraîné un ralentissement en 2009, à 2,7%, mais dès 2010, "l'Afrique subsaharienne a rebondi, renouant avec ses forts taux de croissance (5,4% en 2010 et 5,2% en 2011), et devrait continuer à croître de plus de 5% en 2012," précise le document.

En terme de croissance, "c'est la deuxième région au monde la plus rapide après l'Asie en développement depuis quelques années," renchérit Sebastian Levine, conseiller économique pour le bureau Afrique du Pnud.

Pourtant, note le Pnud, avec plus d'une personne sur quatre souffrant de malnutrition, l'Afrique subsaharienne "reste la région au monde la plus affectée par l'insécurité alimentaire".

Le rapport est d'ailleurs publié "alors qu'une nouvelle grave crise alimentaire frappe la région du Sahel en Afrique de l'Ouest," a souligné Mme Clark. "Sur la seule année 2011, des millions de personnes de l'autre côté du continent, dans la Corne de l'Afrique, ont été de la même façon frappées par la famine en Somalie," a-t-elle poursuivi.

"Les sécheresses, de mauvaises récoltes, d'autres désastres provoquent souvent ces crises," a-t-elle ajouté. "Mais les causes réelles sont plus profondes".

Le Pnud plaide pour une meilleure productivité agricole, pour un recours plus fréquent, mais contrôlé, aux engrais ou à de nouvelles semences, à des investissements en matière d'irrigation.

Mais "personne ne croit qu'il est possible de simplement distribuer de meilleurs graines et plus d'engrais aux agriculteurs africains et puis de s'en aller," poursuit-il. "Pas plus que la croissance économique seule ne résoudra le problème."

"Des politiques erronées, des institutions faibles et des marchés défaillants sont les causes plus profondes de l'insécurité alimentaire en Afrique subsaharienne," ajoute le Pnud.

Dans une région peuplée de 856 millions d'habitants, le monde agricole a trop longtemps été sacrifié au développement urbain, les agricultures nationales sont encore trop taxées, estime le Pnud, qui demande, pour lutter contre la malnutrition, des efforts en matière d'éducation, de recherche et développement, de lutte contre la pauvreté.

Car, explique aussi Pedro Conceiçao, économiste en chef du bureau Afrique du Pnud, il ne s'agit pas "seulement de produire toujours plus de nourriture", il faut "assurer des revenus" aux populations pour leur permettre d'accéder à une offre alimentaire, souvent largement suffisante.

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