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L'économie sud-soudanaise plombée par l'arrêt des exportations de pétrole

15/05/2012 03:05 EDT | Actualisé 14/07/2012 05:12 EDT

Comme un symbole, une longue file de véhicules s'étire devant une station-service aux pompes vides, à Juba, capitale délabrée du Soudan du Sud. Une jeune nation riche en pétrole mais dont l'économie vacillante souffre d'une pénurie de devises et d'une inflation croissante.

"Il faut faire la queue toute la journée au soleil juste pour avoir du carburant", explique un chauffeur de moto-taxi, qui attend que la station soit livrée. Au marché noir, l'essence se négocie au triple du prix habituel, soit près de quatre dollars le litre.

En devenant indépendant en juillet 2011, six ans après un accord de paix ayant mis fin à des décennies de guerre civile avec Khartoum, le Soudan du Sud a pourtant récupéré 75% des ressources pétrolières du Soudan d'avant la sécession, soit environ 350.000 barils/jour.

Mais depuis janvier, Juba a stoppé ses exportations de pétrole, totalement tributaires des oléoducs du Nord, furieuse que Khartoum ait prélevé du brut sud-soudanais en raison d'un différend sur les redevances de passage.

Ce faisant, le Soudan du Sud s'est privé de 98% de ses revenus et de sa principale source de devises, faisant ainsi chuter la valeur de sa propre monnaie.

Le taux de change officiel est toujours de 2,96 livres (sud-soudanaises) pour un dollar. Mais au marché noir, le billet vert s'échange désormais contre jusqu'à cinq livres, le taux le plus bas de l'histoire de la jeune monnaie.

L'économie sud-soudanaise étant massivement dépendante des importations, l'inflation augmente parallèlement à la dépréciation de la monnaie.

Selon le Bureau national des Statistiques (NBS), l'inflation s'est établie en mars à 2,1% sur un mois et à 50,9% sur un an. Quant aux prix des produits de base, tels que le sucre et la farine de maïs, ils ont quasiment doublé ces derniers mois.

"Les prix ont augmenté, donc les gens achètent en petites quantités désormais", se désole Adam Duky, commerçant sur un marché plein de denrées importées d'Ouganda.

"Depuis décembre 2011, les recettes des ventes du pétrole ne nous ont pas été virés et nous dépendons de nos réserves (de devises), il est donc normal que le taux de change sur le marché parallèle soit affecté", explique de son côté le vice-ministre sud-soudanais des Finances, Marial Awou Yol.

La Banque mondiale a récemment exprimé sa "profonde inquiétude" pour les économies des Soudans, appelant les deux pays à reprendre les négociations après les combats ayant opposé leurs armées entre fin mars et début mai dans une zone pétrolière contestée.

Dans une note à diffusion restreinte datée du 1er mars, révélée par les médias, l'institution financière internationale ajoute "n'avoir jamais vu une situation aussi dramatique que celle à laquelle fait face le Soudan du Sud".

Elle avertit que faute de rouvrir les vannes du pétrole, l'Etat sud-soudanais pourrait se retrouver à court de liquidité dès juillet 2012 et estime qu'il lui faudrait réduire ses dépenses de 77% par mois pour espérer tenir jusqu'en décembre 2013.

La Banque mondiale écarte les arguments de Juba selon lesquels la majorité des Soudanais du Sud vivent hors des circuits de l'économie monétaire, dépendant souvent du troc ou d'une économie de subsistance. Elle souligne que même ceux vivant de cultures de subsistance ou les éleveurs participent à des échanges monétaires même limités.

"Nous sommes une nation vieille de moins d'un an, qui a mené une guerre contre le Nord et fermé le robinet du pétrole, donc tout le monde s'attend à ce que nous sombrions en enfer", admet M. Yol. "Nous n'allons pas nous retrouver sans dollar. Nous avons assez de réserves pour nous permettre d'aller jusqu'à la fin de l'année... enfin je pense", ajoute-t-il.

"Tant que nous serons dans une impasse avec Khartoum et qu'il y a de la méfiance, je ne pense pas que le gouvernement du Soudan du Sud pourra revenir sur sa position (de couper les vannes du pétrole) et l'inflation va continuer à augmenter", s'inquiète David Chan Thiang, directeur des statistiques au NBS.

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