NOUVELLES

Afghanistan: Malek, jambes emportées par des mines, veut nager à Londres

15/05/2012 07:10 EDT | Actualisé 15/07/2012 05:12 EDT

L'adolescent se met en équilibre sur ses mains, dresse ses moignons vers le plafond, puis plonge en saut périlleux dans la piscine: à 18 ans, Malek Mohammad, qui a perdu ses jambes en sautant sur des mines, aspire à représenter l'Afghanistan en natation lors des jeux Paralympiques de Londres.

"Je travaille dur. J'espère que les organisateurs des Jeux vont me sélectionner. Je prie pour cela. Et si je remporte une médaille, ce sera bien pour mon pays, pour les gens handicapés comme moi, pour ma famille, pour tout le monde ", affirme Malek, un amputé afghan parmi des dizaines de milliers d'autres, au torse musclé et dont les jolis traits du visage semblent avoir vieilli précocement.

Dix ans de conflit entre soldats soviétiques et moudjahidines dans les années 1980 puis de guerre civile la décennie suivante ont fait de l'Afghanistan l'un des pays les plus minés au monde. L'ONU estimait fin janvier y avoir nettoyé en une vingtaine d'années "plus de 500.000 mines anti-personnelles, plus de 22.000 mines anti-chars et plus de 15 millions de munitions non explosées".

Quelque 375 personnes ont été blessées ou tuées en 2011 par ce genre d'explosifs, selon l'ONU. L'insurrection des talibans a, de son côté, fait des mines artisanales placées le long des routes et déclenchées à distance l'une de ses armes favorites et les plus mortifères. Celles-ci ont décimé l'an passé un millier de personnes.

La vie de Malek bascule en 2005, quand il pénètre dans un champ de mines russes près de l'aéroport de Kaboul. Il saute sur l'une d'elles, retombe sur une autre, qui à son tour explose. "Quand j'ai été le voir à l'hôpital, il n'avait plus l'air humain. Il était en morceaux", raconte sa mère, Sabza Gul, qui dit s'être évanouie sous le choc.

Malek perd ses deux jambes. Et l'espoir d'une vie à peu près normale, dans un pays au quotidien déjà tourmenté. Un évènement heureux va pourtant transcender son malheur. Un employé de l'USAID, l'agence humanitaire américaine, ému par son cas, réussit à le faire soigner aux Etats-Unis. Il y restera deux ans.

"Là, j'ai appris à marcher, à nager, à parler (anglais), à me faire des amis", résume-t-il. Le cas de Malek, dont le corps, recouvert de cicatrices, n'a pas encore été débarrassé de tous les éclats de mines qu'il contenait, interpelle dans le pays menant la coalition internationale en Afghanistan, qui disposait encore de près de 100.000 hommes sur le terrain début 2012.

L'ancien président George Bush Sr le rencontre et lui fait les honneurs de son bureau, photos à l'appui. "Bonne chance et belle vie", écrit-il en guise d'autographe.

Le jeune Afghan devient mascotte. Il remporte une compétition de natation, pose pour un calendrier d'athlètes handicapés. Est invité sur le plateau d'une petite chaîne de télévision. Des quotidiens d'envergure lui consacrent des articles.

"Avant l'accident, je n'étais personne. Juste un enfant avec une famille, qui allait à l'école et travaillait dans un usine", affirme-t-il en chaussant ses prothèses dernier cri, "made in USA", au fond desquelles on aperçoit la bannière étoilée. "Maintenant, je veux aller toujours plus haut".

A commencer par les jeux Paralympiques de Londres, du 29 août au 9 septembre, où il compte briller malgré une préparation limitée et un manque d'infrastructures certain.

"Parfois, Malek tombe malade. Mais je ne peux pas lui donner le genre de nourriture que requiert un athlète", se désole sa mère. "Mais chaque fois que je le vois faire du sport à la télé, je me sens fière."

"Tous les handicapés (afghans) attendent de lui qu'ils remporte une médaille, remarque Kabeer Khoshbeen, un athlète afghan amputé d'un bras. Ils espèrent qu'il deviendra un héros".

jf/gir/jr

PLUS:afp