«On a gagné, il a perdu»: les blessés de la tuerie d'Utoeya bravent Breivik

AFPQC  |  Par Publication: 14/05/2012 09:32 Mis à jour: 15/05/2012 12:24

Des jeunes Norvégiens blessés dans la fusillade d'Utoeya ont pour la première fois témoigné devant le tribunal d'Oslo lundi, décrivant comment Anders Behring Breivik leur avait calmement tiré dessus et adressant un pied-de-nez au tueur jugé pour la mort de 77 personnes.

"On a gagné, il a perdu. Les jeunes Norvégiens savent nager", a lancé Frida Holm Skoglund, jeune fille fluette de 20 ans à qui la cour demandait si elle souhaitait s'adresser à l'accusé confiné dans une autre pièce le temps de son témoignage.

Chose rare depuis le début du procès de l'extrémiste de droite le 16 avril, ses propos ont soulevé quelques rires discrets dans la salle 250 du tribunal d'Oslo.

Visiblement anxieuse à l'idée de témoigner, Frida Holm Skoglund a expliqué à la barre comment elle avait été touchée d'une balle à la cuisse le 22 juillet 2011 et comment elle avait elle-même retiré le projectile.

"Une amie m'a dit que j'étais touchée à la cuisse. Je croyais que c'était une blague, que ce n'était pas une vraie balle", a-t-elle déclaré d'une voix timorée tranchant avec la dureté de ses propos.

Pour échapper aux tirs, la jeune fille a dû s'enfuir d'Utoeya à la nage avec plusieurs camarades. Elle a dit avoir vu, depuis les eaux glaciales du lac, le tueur posté sur la rive tirant sur les jeunes qui fuyaient à la nage tout en leur hurlant "Arrêtez, revenez".

Accusant leur mouvement de faire le lit de l'islam et du multiculturalisme en Norvège, Breivik a tué 69 personnes et en a blessé 33 autres sur Utoeya en prenant pour cible un camp d'été de la Jeunesse travailliste.

Juste auparavant, il avait fait exploser une bombe près du siège du gouvernement à Oslo, faisant huit autres victimes.

S'il reconnaît les faits, l'extrémiste de 33 ans a choisi de plaider non-coupable, considérant son geste "cruel mais nécessaire".

Lundi, Marius Hoft, jeune homme quelque peu renfermé de 19 ans, a aussi raconté comment il s'était retrouvé piégé sur une île qu'il voulait quitter le même jour avec son meilleur ami Andreas parce que la météo et l'ambiance --après l'attentat d'Oslo-- étaient mauvaises.

Il a dit avoir dû sauter par-dessus "des corps l'un après l'autre" dans sa fuite, s'être réfugié au flanc d'une falaise quasi verticale et avoir vu Andreas perdre prise et tomber vers la mort.

Choqué, l'adolescent a expliqué avoir été incapable d'exprimer la moindre émotion une fois secouru. "J'étais totalement indifférent, ni heureux ni triste", a-t-il dit avant de quitter le box en jetant un regard appuyé vers Breivik, lequel n'a pas bronché.

Dans la matinée, deux autres jeunes blessés dans la fusillade ont aussi relaté comment ils avaient fui pendant la tuerie qui a duré environ 75 minutes.

Tous ont décrit un tueur calme et posé qui déroutait ses victimes avec son faux uniforme de policier.

Touché dans le dos, Lars Groennestad, 20 ans, a expliqué qu'il s'était enduit de terre pour se rendre aussi invisible que possible.

"Des médecins ont dit: +un quart d'heure de plus et je ne serais pas là aujourd'hui+", a-t-il déclaré.

Atteinte d'une balle dans le bras --ce qu'elle ne réalisera que plus tard en enlevant son blouson-- Silja Kristina Uteng, 21 ans, a elle aussi fui à la nage, parcourant au moins 600 mètres malgré sa blessure.

"Je préférais me noyer plutôt qu'être tuée", a souligné la jeune fille, psychologiquement encore très affectée par le drame.

S'il est reconnu pénalement irresponsable dans le verdict attendu en juillet, Breivik risque l'internement psychiatrique à vie. Déclaré responsable, il encourt 21 ans de prison, une peine qui pourrait être prolongée aussi longtemps qu'il sera jugé dangereux.

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Publié par Patrick White  |