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Le rouleau original de «Sur la route» exposé à Paris

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PARIS - Un rouleau de 36 mètres de long sans marge, ni paragraphe, ni virgule. Pour la première fois en France, le texte original du roman «Sur la Route» de Jack Kerouac est présenté à partir de mercredi au Musée des lettres et des manuscrits, à Paris.

En partenariat avec MK2, à l'occasion de l'adaptation cinématographique du célèbre roman, l'exposition «Sur la route de Jack Kerouac, l'épopée de l'écrit à l'écran» permet de découvrir cet incroyable rouleau tapé à la machine, sans interruption, en vingt jours.

«Il existe des tonnes de légendes autour de Jack Kerouac et de ce roman», souligne la commissaire de l'exposition Estelle Gaudry. Cet étrange tapuscrit, acquis aux enchères pour 2,5 millions $ US en 2001 par Jim Irsay, propriétaire de l'équipe de football des Colts d'Indianapolis, a été confectionné par Jack Kerouac lui-même afin de pouvoir écrire sans interrompre sa «prose spontanée».

«J'ai écrit ce livre sous l'emprise du café (...) 6000 mots par jour, 12 000 le premier jour et 15 000 le dernier», entre le 2 et 22 avril 1951, racontait l'auteur alors que des rumeurs affirment qu'il a été rédigé en trois jours sous l'emprise de la drogue. «Je l'ai fait passer dans la machine à écrire et donc pas de paragraphes (...) l'ai déroulé sur le plancher et il ressemble à la route».

Le tapuscrit présenté pour la première fois en France est «la première version du texte de 1951», qui a dû être réécrit par Jack Kerouac à la demande de l'éditeur, précise Estelle Gaudry. Il a dû «gommer les scènes sulfureuses, retravailler l'écriture et changer le nom des protagonistes», car Kerouac avait laissé les noms de ses compagnons d'aventure. Il avait même été contraint de supprimer le premier paragraphe sur la mort de son père, qui sera finalement réintégré.

Dans ce roman quasi autobiographique, qui connut le succès dès sa publication, le narrateur Sal Paradise et son compagnon de voyage prennent la route à travers les États-Unis, rejetant la société de consommation, et expérimentant alcool, drogues et aventures sexuelles.

«Ce sont des jeunes ivres de liberté particulièrement dans le contexte d'après-guerre, avec la volonté de choquer l'Amérique conservatrice», souligne Estelle Gaudry. Mais «quelle que soit la génération, on aspire, à un moment, à un besoin de fuir, de voir et de vivre les choses».

Pour la commissaire de l'exposition, «c'est une écriture très moderne, spontanée comme une conversation entre 'potes'», qui explique le succès ininterrompu du roman de Jack Kerouac, écrit à l'âge de 29 ans.

Dans ce parcours conçu autour de la vitrine de neuf mètres de long abritant le rouleau, la diversité des sources d'inspiration de Kerouac surprend: du jazz, dont le rythme a guidé son écriture, aux grands romans d'aventures américains de Mark Twain et Jack London, jusqu'aux auteurs russes et français, comme Dostoïevski ou Proust dont Kerouac disait qu'il avait «décidé de faire exactement ce que Proust avait fait mais vite»!

Décidé à en tirer un film, Jack Kerouac avait contacté Marlon Brando pour qu'il en achète les droits, mais sa requête restera lettre morte. C'est le réalisateur Francis Ford Coppola qui les acquiert en 1968, pour une adaptation finalement signée par le réalisateur brésilien Walter Salles. Une partie de l'exposition retrace le travail de Walter Salles, dont le film est en compétition pour la Palme d'Or au Festival de Cannes, où il sera présenté le 23 mai.

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