Procès Delisle: sa femme n'aurait pas pu tenir l'arme

CP  |  Par Publication: 14/05/2012 11:41 Mis à jour: 15/05/2012 12:15

QUÉBEC - Un médecin spécialisé en pathologie judiciaire a exprimé sa perplexité, lundi, concernant la façon dont Nicole Rainville aurait pu tenir une arme à feu pour s'enlever la vie.

Dans le cadre du procès pour meurtre du juge retraité Jacques Delisle, André Bourgault a partagé ses questionnements au sujet de taches de noir de fumée se trouvant dans la paume de la main gauche de Mme Rainville.

Le pathologiste a déclaré que ces deux taches, la plus importante vis-à-vis l'auriculaire et l'autre vis-à-vis l'index, ont été causées par la combustion de la poudre au moment de la déflagration.

Mais M. Bourgault a affirmé que le positionnement de ces taches est peu compatible avec la manière dont l'arme aurait normalement dû être saisie par Mme Rainville, avec sa main gauche, compte tenu d'une paralysie du côté droit.

«J'avais beaucoup de difficulté à comprendre cette logique», a-t-il dit aux jurés qui entendent le procès en Cour supérieure.

Au moment où il a fait l'autopsie de Mme Rainville, cinq jours après son décès en novembre 2009, M. Bourgault a fait appel à un spécialiste en balistique, avec qui il a fait des tests de manipulation.

«On n'y arrivait pas, a-t-il dit. (...) Il ne voyait pas comment on pouvait arriver à se tirer avec cette main-là et en même temps avoir du noir à cet endroit.»

M. Delisle, âgé de 77 ans, est accusé du meurtre prémédité de son épouse, Nicole Rainville, qui était âgée de 71 ans au moment de sa mort, le 12 novembre 2009.

La deuxième semaine de son procès a été amorcée lundi par le témoignage de Pauline Rainville, la soeur de Nicole.

Mme Rainville a affirmé au jury que quelques jours avant son décès, sa soeur, qui lui avait confié des pensées suicidaires, n'allait pas bien.

Pauline Rainville a déclaré lundi qu'elle avait fait ce constat quelques jours avant que Nicole quitte l'hôpital pour rentrer chez elle.

Selon Mme Rainville, sa soeur était très affaiblie et elle a estimé qu'elle n'était pas prête à retourner à son domicile, après avoir été hospitalisée pour une fracture de la hanche, à l'été 2009.

Malgré deux mois de réadaptation, elle semblait très peu autonome, a indiqué Mme Rainville dans son témoignage.

«Elle était fatiguée, elle n'avait pas les mêmes yeux que d'habitude, a-t-elle dit. Pour moi, c'était une personne qui était presque morte. Elle était vraiment affaiblie.»

Pauline Rainville a affirmé que sa soeur lui avait déjà confié des pensées suicidaires dans des courriels, dans les mois qui ont suivi un accident vasculaire cérébral (AVC), qui l'avait laissée à demi paralysée du côté droit, en 2007.

«La vie ne vaut pas la peine d'être vécue», a écrit Nicole dans courriel.

Dans ces échanges, elle a aussi demandé si une chute du sixième étage réussirait à la tuer, a rapporté Mme Rainville, qui malgré cela estimait que sa soeur ne passerait pas à l'acte.

Mais, en apprenant le décès de sa soeur, elle ne s'expliquait pas comment sa soeur aurait pu avoir accès à une arme à feu pour s'enlever la vie.

Mme Rainville a témoigné qu'elle avait déjà vu par hasard, il y a environ 40 ans, un pistolet ou un revolver qui avait été rangé dans une table de nuit dans la chambre du couple Delisle.

Aux jurés, Pauline Rainville a expliqué que sa soeur aurait souhaité aller dans une résidence adaptée, après sa fracture de la hanche, mais que cet avis n'était pas partagé dans son entourage.

Mme Rainville a même visité deux établissements mais ceux-ci n'étaient pas en mesure de recevoir sa soeur en raison de son manque d'autonomie.

Selon Mme Rainville, à cause de ses limites physiques, sa soeur se sentait comme un fardeau pour sa famille.

Pauline Rainville a affirmé qu'elle n'approuvait pas les soins prodigués par M. Delisle à sa soeur, même si elle ne les avait pas vus ensemble depuis l'AVC de Nicole. Elle a notamment critiqué la façon dont elle s'alimentait, jugeant que cela était insuffisant.

Mme Rainville a décrit son beau-frère comme un homme froid, en présence de qui elle n'était pas à l'aise, ce qui limitait ses contacts avec sa soeur.

«Je ne me sentais pas toujours prête à fréquenter ma soeur, a-t-elle dit. Je ne me sentais pas bien en présence de mon beau-frère.»

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Publié par Jean-Philippe Cipriani  |