De l'argent du plan d'action économique fédéral est allé à Accurso et Zambito

CP  |  Par Publication: 14/05/2012 12:43 Mis à jour: 15/05/2012 12:15

MONTRÉAL - Une partie de l'argent du plan d'action économique mis sur pied par le gouvernement fédéral s'est retrouvée entre les mains d'entreprises et d'individus accusés de collusion au Québec.

Une enquête réalisée par La Presse Canadienne a permis de déterminer que dans trois municipalités où ont récemment eu lieu des perquisitions policières, trois entreprises en construction ont décroché de lucratifs contrats grâce aux fonds puisés dans le plan d'action économique pour les infrastructures, mis sur pied par Ottawa après la crise financière mondiale.

Parmi ces entreprises figurent celle de Tony Accurso et Lino Zambito, qui font face à plusieurs chefs d'accusation. Les entreprises BRP et Transport et Excavation Mascouche, toutes deux accusées de tremper dans des affaires de fraude et de complot, ont également profité du programme fédéral.

Ces nouvelles informations font surface une semaine après que La Presse Canadienne eut révélé que plusieurs individus aujourd'hui visés par des enquêtes policières en raison de malversations avaient fait des dons à des partis politiques fédéraux.

Malgré la multitude de scandales qui ont éclaboussé l'industrie de la construction au Québec au cours des dernières années, le gouvernement fédéral a plusieurs fois balayé du revers de la main l'idée qu'il devrait mettre en place certaines balises en ce qui concerne la façon d'investir l'argent du plan d'action économique. Ottawa a plaidé que les appels d'offres à l'échelle municipale sont de juridiction provinciale.

Mais la nouvelle concernant les trois entreprises a semblé ébranler momentanément la conviction du gouvernement fédéral à ce sujet.

Lundi à 11 h, la ministre des Travaux publics, Rona Ambrose, a en effet écrit sur son compte Twitter «Peut-être est-ce le temps de revoir le modèle de subventions 'sans conditions' demandé par Québec. Est-ce que Québec va traduire ces entreprises en justice?»

En fin d'après-midi, le message avait toutefois été effacé et un porte-parole du gouvernement a réitéré la position initiale d'Ottawa.

De son côté, le Nouveau Parti démocratique (NPD) a demandé aux conservateurs d'assumer leur responsabilité par rapport à la manière dont les fonds publics sont utilisés.

«On ne peut pas s'attribuer le mérite des investissements et de la création d'emplois sans être responsable de la mauvaise gestion ou du manque de supervision, a fait valoir Mathieu Ravignat, porte-parole néo-démocrate pour le Conseil du Trésor. Ça marche dans les deux sens.»

Des projets d'infrastructure à Boisbriand, Laval et Terrebonne ont été financés par l'argent du fédéral. Des perquisitions ont eu lieu dans ces trois municipalités.

Le 17 avril dernier, l'Unité permanente anticorruption (UPAC) a réalisé un vaste coup de filet dans la couronne nord de Montréal, principalement à Mascouche. L'opération policière, réalisée dans le cadre du projet «Gravier», a permis de procéder à l'arrestation de 14 personnes, qui feront face à 47 chefs d'accusations — notamment pour fraude, corruption, trafic d'influence et complot.

Les enquêtes qui ont mené à cette opération d'envergure avaient permis à l'escouade Marteau, de l'UPAC, d'établir qu'un système avait été mis en place il y a plusieurs années en vertu duquel des fonctionnaires et des élus obtenaient des avantages en échange de favoritisme dans l'octroi de contrats.

Les accusations criminelles qui pèsent contre les individus ne sont pas liées aux projets du plan d'action économique du gouvernement fédéral. Il existe néanmoins une étonnante proximité entre ceux que l'on soupçonne d'avoir profité de ce système de collusion et ceux qui ont décroché des contrats grâce à des sommes versées en vertu de l'entente fédérale-provinciale relative au Programme de renouvellement des conduites (PRECO).

Ottawa a transféré 350 millions $ à Québec dans le cadre de ce programme. Le même montant a été investi par Québec afin de financer des projets d'infrastructure. Ultimement, les municipalités — et non Ottawa — décidaient quelles entreprises en profiteraient.

C'est sur cet aspect que le gouvernement fédéral a insisté il y a environ deux ans, lorsque les allégations de corruption, de collusion et de liens présumés entre les entreprises et la mafia ont commencé à pleuvoir au Québec.

Le gouvernement conservateur préfère se tenir loin de ces dossiers. Le lieutenant politique du Québec, Christian Paradis, a affirmé à plusieurs reprises que la Loi fédérale sur la responsabilité et plan d'action, adoptée en 2006, suffisait à encadrer les pratiques de l'industrie et à empêcher la gestion inappropriée des fonds fédéraux.

«Évidemment, nous accordons de l'attention à ce qui se passe là-bas», a dit M. Paradis après la plus récente vague d'arrestations du mois dernier, qui a permis d'épingler Tony Accurso et plus d'une dizaine d'autres suspects.

«Nous avons mis en place plusieurs mesures sévères afin de nous assurer que les procédures sont transparentes et honnêtes», a-t-il affirmé.

Le programme PRECO a été mis sur pied afin de moderniser les systèmes d'aqueduc municipaux.

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  • Avril 2009

    Les premiers appels en faveur d'une commission d'enquête publique sur la construction sont lancés à l'Assemblée nationale.

  • Septembre 2009

    L'hôtel de ville de Montréal annule le plus gros contrat de son histoire, une entente de 355 millions $ pour l'acquisition de compteurs d'eau, après la découverte d'irrégularités. Des rumeurs circulent selon lesquelles d'influents politiciens auraient séjourné sur le yacht de l'un des entrepreneurs ayant remporté une partie du contrat.

  • Octobre 2009

    La controverse prend du poids après que l'émission <em>Enquête</em> révèle l'ampleur de la corruption dans l'industrie de la construction, notamment dans les processus d'appel d'offres. Un groupe d'entrepreneurs de la région de Montréal, surnommé le «Fabulous Fourteen», agirait comme un cartel en se divisant les contrats, bloquant ainsi la voie aux compétiteurs, selon les journalistes de Radio-Canada. Un ancien sous-ministre des Transports soutient pour sa part que la mafia contrôle 80 pour cent des contrats de construction accordés dans la région et entretient des liens avec les entreprises du secteur. Les montants versés pour les projets de construction au Québec sont plus élevés qu'ailleurs au Canada, conclut <em>Enquête</em>.

  • Octobre 2009

    Quelques jours avant les élections municipales à Montréal, le magazine Maclean's publie son édition de novembre avec le titre «Corrompue, en ruine et criminalisée, Montréal est une honte» sur sa couverture.

  • Octobre 2009

    Québec annonce le déclenchement de l'Opération Marteau, une unité policière provinciale établie pour faire la lumière sur la corruption et la collusion dans le domaine de la construction.

  • Mars 2010

    L'ancien ministre de la Justice Marc Bellemare accuse le gouvernement libéral d'avoir accepté de généreuses contributions politiques visant à influencer les nominations de juges. Jean Charest déclenche la commission Bastarache pour faire la lumière sur ces allégations.

  • Mai 2010

    Le député libéral et ministre de la Famille Tony Tomassi est forcé de démissionner après la diffusion d'informations selon lesquelles il utilisait une carte de crédit fournie par la firme de sécurité BCIA, firme qui a conclu des contrats avec le gouvernement. M. Tomassi fait maintenant face à trois accusations au criminel.

  • Août 2010

    La firme d'ingénierie Axor se voit imposer des amendes pour avoir illégalement donné 150 000 $ aux trois plus importantes formations politiques du Québec, dont 113 000 $ aux libéraux.

  • Octobre 2010

    «Mafia Inc.», un livre des journalistes d'enquête André Noël et André Cédilot, révèle que jusqu'à 600 entreprises versent un montant d'argent à la mafia sur une base régulière pour être «protégées».

  • Octobre 2010

    Le Maclean's fait encore des vagues, cette fois en qualifiant le Québec de «province la plus corrompue au Canada». La couverture du magazine montre l'emblématique Bonhomme Carnaval tenant un porte-document débordant d'argent.

  • Novembre 2010

    La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) s'affiche en faveur d'une commission d'enquête publique sur la construction, laissant les libéraux de Jean Charest virtuellement seuls à s'y opposer.

  • Novembre 2010

    Les libéraux survivent à une motion de non-confiance à l'Assemblée nationale grâce à leur majorité. Le premier ministre reporte un voyage en France avec deux ministres pour s'assurer que son gouvernement ne tombe pas.

  • Janvier 2011

    La commission Bastarache conclut à l'absence de népotisme dans la nomination des juges au Québec.

  • Février 2011

    Sept personnes, dont une ex-mairesse de Boisbriand, des cadres d'entreprises de construction, un ingénieur et deux consultants, sont arrêtées dans le cadre de l'Opération Marteau. Ils sont accusés de fraude, d'extorsion, d'avoir proféré des menaces et d'abus de confiance.

  • Février 2011

    Québec annonce la création de l'Unité permanente anti-corruption, bâtie sur le modèle des services d'enquête de la ville de New York.

  • Septembre 2011

    La fuite du rapport explosif de Jacques Duchesneau, patron de l'Unité anticollusion, met le feu aux poudres. L'ancien chef de police conclut que le ministère des Transports est impuissant face à la collusion et que le crime organisé et les entreprises de construction sont responsables des coûts très élevés payés par l'État pour ses projets de construction. Une partie du magot serait ensuite transférée vers les caisses électorales des partis politiques, affirme le rapport Duchesneau.

  • Septembre 2011

    Après la comparution de Jacques Duchesneau devant une commission parlementaire, le gouvernement montre des signes d'ouverture à l'idée de déclencher une commission d'enquête en partie publique, en partie à huis clos.

  • Octobre 2011

    Jean Charest annonce la création d'une commission d'enquête sur l'industrie de la construction présidée par la juge France Charbonneau. Mais le fait que la commission ne relève pas de la loi sur les commission d'enquête et n'accorde pas l'immunité aux témoins suscite un tollé.

  • Octobre 2011

    Le gouvernement Charest complète son recul en annonçant que la commission Charbonneau aura tous les pouvoirs requis et relèvera de la loi sur les commissions d'enquête.

  • Février 2012

    Dans un message vidéo pré-enregistré, la juge France Charbonneau lance un appel aux Québécois afin qu'ils fournissent de l'information à sa commission.

  • 1er octobre 2012

    L'entrepreneur Lino Zambito affirme qu'une cote de 2,5% des contrats publics devait être remise à la mafia, et une autre de 3% au parti Union Montréal, de Gérald Tremblay.

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Publié par Jean-Philippe Cipriani  | 
 
 
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12:22 sur 15/05/2012
Pourquoi les feds dépensent-ils ces sommes au Québec ? Cet argent devrait être dépensé par le Québec.
Vous me ferez remarquer que ça irait dans le mêmes poches.
Mais bon, on l'aime not' Charest, c'est not' Berlusconi à nous et on va très bientôt le réélire. Tandis qu'Harper...
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00:44 sur 15/05/2012
N'est-ce pas Line Beauchamp qui se désolait, encore hier dans sa conférence de presse, que les gens ne faisaient plus confiance aux élus?

Voila pourquoi Mme Beauchamp.

Vous avez bien fait de débarquer et non seulement de démissionner comme ministre mais aussi comme députée. Vous mettez donc de la distance entre vous et les pas fins.

Mais hélas les remords et les regrets sont bien tardifs.
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15:49 sur 14/05/2012
Est-ce le même Tony Accurso qui avait organisé, chez lui, une soirée-bénéfice au profit du PLQ? Cette même soirée où Jean Charest était présent, soirée qui coûtait 1000 $ par invité… Cette même soirée qui a permis de recueillir 107 500 $? Est-ce le même Tony Accurso?
Et, Zambito, est-ce celui qui a organisé plusieurs soirées de financement pour Nathalie Normandeau, dans le temps où elle était vice-première ministre et ministre des Affaires municipales? Est-ce durant ces soirées que Zambito a permis de recueillir des centaines de milliers de dollars pour le Parti libéral du Québec ? Est-ce bien de Lino Zambiton que l'on parle dans cet article?
Et, je me demande, est-ce avec ces centaines de milliers de dollars que Jean Charest recevait une compensation salariale 75 000$ par années, en plus de son salaire de chef de l’opposition ou de premier ministre pendant plus de 10 ans?
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18:24 sur 14/05/2012
Oui oui! C'est bien c'est bandits là ! ;-)
06:11 sur 15/05/2012
Aussi menteur soit-il, John James Charest, à l'instar de Line Beauchamp, ne pouvait prétendre ne pas connaître le nom et la réputation de ses contributeurs favoris.
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Reflexion01
Reflexion 101
14:38 sur 14/05/2012
Drôle de titre....on croirait que Harper a tout a arrangé pour lui passer de L'argent...ce genre de titres crachoir devrait être punis sous la loi de la presse.
Cette loi il faut la revoir....le monde journalistique devrait être responsable de ce qu'ils écrivent...un minimum pour éviter l'anarchie il me semble.
06:16 sur 15/05/2012
Rien n'est accidentel, c'est la mission des lobbyistes de faire pencher les gouvernements dans la bonne direction. Par exemple, c'est à la demande des riches contributeurs mafieux de Rivière des Prairies que le gouvernement Chrétien a inventé la libération au sixième de la peine pour les détenus accusés de trafic de stupéfiants. De là à croire que cet exemple fait exception, il faut un taux trop élevé de naïveté pour être qualifié de normal.
06:21 sur 15/05/2012
Il n'y a pas UN seul gouvernement dans l'histoire de la Confédération qui ne s'est pas salie à la demande de ses contributeurs à la caisse. La ligne qui relie les contrats scandaleux des chemins de fer à ceux du plan d'action économique fédéral est continue et se projette dans le futur de tous les gouvernements à venir qui insisteront pour n'y rien changer. Pour les vierges offensées, allez vous éduquer de l'Histoire du Canada et du Québec et revenez-nous moins ignorants.
SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
bernie 60
17:18 sur 15/05/2012
c'est donc dire,on s'est toujours fait entuber,alors on se ferme la gueule et on fourni la vaseline,pas fort comme raisonnement...
13:46 sur 14/05/2012
Et pour son tinamis Arsenault, donnant donnant.