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Le départ de Line Beauchamp étonne et laisse espérer un virage dans le conflit

14/05/2012 06:21 EDT | Actualisé 14/07/2012 05:12 EDT

MONTRÉAL - La démission de la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, a surpris lundi les intervenants de la crise étudiante, qui espèrent désormais un changement de discours pour favoriser un dénouement au conflit.

«Rien ne laissait présager après les discussions de lundi un tel coup d'éclat», a exprimé le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin, tenant à saluer l'«engagement politique» durant une quinzaine d'années de Mme Beauchamp.

Il n'a toutefois pas apprécié que la ministre démissionnaire impute la faute de l'impasse actuelle aux leaders étudiants. «Une part importante revient à la rigidité du gouvernement sur le problème principal des droits de scolarité. Je crois que Mme Beauchamp n'avait pas une marge de manoeuvre suffisante du cabinet du premier ministre», a-t-il fait valoir.

M. Bureau-Blouin a accueilli «positivement» la nomination à l'Éducation de l'actuelle présidente du Conseil du trésor, Michelle Courchesne. Il a dit espérer que la «ministre d'expérience» puisse avoir, contrairement à sa prédécesseure, toutes les «cartes en mains» pour agir en «pompier plutôt qu'en pyromane».

Le président de la FECQ a dit souhaiter entrer en contact le plus rapidement possible, «dans les prochaines heures», avec Mme Courchesne pour tenter de débloquer le conflit.

La présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins, a rejeté tout reproche de manque de compromis de la part des étudiants, dans le contexte de la démission de la ministre Beauchamp.

«Je pense qu'on a déjà démontré après les 22 heures de blitz de négociation (au début du mois), qu'on était prêt à faire des compromis. D'ailleurs, on avait une offre qui ne traitait pas de la question des droits de scolarité, mais bien de la question des frais institutionnels obligatoires», a-t-elle affirmé, pour démontrer la bonne volonté des représentants étudiants.

Elle s'est dite par ailleurs étonnée que la ministre ait choisi de quitter la vie politique. «On a été très surpris d'apprendre sa démission, parce que ce matin, on avait encore des discussions, on cherchait encore une façon de sortir de la crise. C'est une surprise très importante», a-t-elle déclaré.

Le mouvement étudiant ne lutte pas contre «des individus», mais plutôt contre la hausse des droits de scolarité, a commenté la coporte-parole de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), Jeanne Reynolds.

«Mme Courchesne fera face aux mêmes problèmes et devra trouver des solutions. Elle devra accepter de discuter sur la base de la hausse des droits de scolarité», a-t-elle affirmé.

La Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ), quatrième association présente au marathon de négociations qui avait mené à une «entente de principe» au début du mai, a fait connaître sa surprise et sa déception.

«Ce nouveau détournement du débat sur les frais de scolarité retarde la possibilité d'une sortie de crise», a indiqué par communiqué le regroupement, tout en appelant Mme Courchesne à «aborder de front» la question principale de la hausse des droits de scolarité.

La TaCEQ a tenu à rappeler que la décision de déclencher une grève est un «grand sacrifice et que tous les étudiants souhaitent un retour en classe dans les plus brefs délais».

Le président de la Fédération des cégeps, Jean Beauchesne, a dit espérer qu'un tel changement d'acteur puisse être un «catalyseur» pour une sortie de crise. «La situation est critique, déjà 11 sessions d'été ont été annulées. Tout ce qui peut amener un renouveau est bienvenu», a-t-il exprimé.

M. Beauchesne a ajouté que la voie d'un moratoire sur la hausse des droits de scolarité «mérite d'être explorée».

La Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) a tenu à saluer la «contribution importante» de Line Beauchamp aux orientations sur l'avenir des universités québécoises.

«Mme Beauchamp a exprimé de façon constante et sincère sa conviction qu'il fallait renforcer le réseau universitaire québécois, de manière à ce qu'il puisse continuer d'apporter sa pleine contribution au développement de notre société», a argué l'organisation dans un communiqué.

La CREPUQ a de nouveau dit croire que le plan de financement des universités proposé par le gouvernement «permettra de procéder au refinancement nécessaire du système, tout en s'assurant que toute personne qui en a le désir et les capacités puisse accéder à l'université».

La CREPUQ, qui regroupe les 18 établissements universitaires du Québec, a offert son «entière collaboration» à Mme Courchesne.

La députée Marie Malavoy, du Parti québécois, a dit croire que ce changement d'interlocuteur pourrait «laisser un espace pour que l'on procède différemment».

«La balle est bien évidemment dans le camp de M. Charest et de Mme Courchesne», a ajouté Mme Malavoy, disant souhaiter un effet «bénéfique».

Pour Québec solidaire, l'arrivée de Mme Courchesne au ministère de l'éducation doit «coïncider avec un changement de stratégie gouvernementale».

«Les libéraux doivent accepter de débattre des droits de scolarité. Les propositions d'états généraux et de moratoire sont à explorer pour arriver à un accord solide et pour qu'une trêve se concrétise», a affirmé par communiqué la présidente de Québec solidaire, Françoise David.

«La loi et l'ordre comme moyen d'imposer une solution constitue la pire des avenues et est le signe d'une crise démocratique», a-t-elle ajouté, disant croire que le Québec avait «désormais besoin d'apaisement et de sérénité».

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, a surtout interpellé le premier ministre Jean Charest, l'exhortant à «s'asseoir à la table» et à «faire preuve de leadership».

«Une chose est primordiale, c'est le retour en classe de tous les étudiants qui veulent suivre leurs cours», a dit M. Legault en entrevue à RDI, parlant de «forcer» un tel retour et appelant à «ne pas céder devant les manifestants».

M. Legault a dit croire que l'«entente» aurait pu être mieux expliquée à la population, et souligné une «grande insatisfaction» à l'endroit du gouvernement.

Les principales associations patronales du Québec ont tenu un discours semblable, affirmant que Mme Beauchamp laissait un message important: «Les vrais perdants sont les étudiants qui voudraient suivre leurs cours mais qui sont empêchés de le faire.»

Ces associations — Conseil du patronat du Québec, Fédération des chambres de commerce du Québec, Fédération canadienne de l'entreprise indépendante et Manufacturiers et Exportateurs du Québec — ont dit dans une déclaration conjointe être «sous le choc» de l'annonce de la démission de la ministre.

«Les associations patronales ne peuvent que déplorer l'échec de toutes les discussions à ce jour sur des perspectives de sortie de crise, estimant que celles-ci doivent être basées sur des compromis des deux côtés», mentionne le communiqué.

Les associations patronales ont fait valoir que le gouvernement avait proposé des «bonifications à plusieurs reprises au cours des dernières semaines». «Avec les mesures d'assouplissement apportées, le débat entourant la hausse des droits ne justifie nullement (une telle) crise sociale», ont-ils soutenu.

La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) a évoqué, tout comme la FECQ, la nécessité pour Mme Courchesne d'avoir «les marges de manœuvre et les outils nécessaires pour ouvrir un espace de discussion».

Le président de la CSQ, Réjean Parent, a dit trouver «malheureux» que la ministre Line Beauchamp «écope pour les mauvaises décisions et l'entêtement dont a fait preuve le gouvernement».

«Mme Beauchamp n'a fait que défendre les positions intransigeantes de son gouvernement. C'est le gouvernement qui se trouve éclaboussé par la crise étudiante, et cela ne repose pas uniquement sur une seule personne», a dit le président de l'organisation représentant plus de 190 000 membres, dont près de 130 000 font partie du personnel de l'éducation.

La direction de l'Université McGill a tenu à exprimer sa «grande déception» à l'égard de la démission de Mme Beauchamp.

«C’est avec courage et détermination qu’elle a plaidé pour un réseau universitaire de qualité au cours des derniers mois. Nous continuons d'espérer une résolution au conflit et saluons le retour de Michelle Courchesne à ses anciennes responsabilités», a affirmé par communiqué la principale et vice-chancelière de l’Université McGill, Heather Munroe-Blum.

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