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Début du rapatriement aérien de milliers de Sud-Soudanais bloqués au Soudan

14/05/2012 02:45 EDT | Actualisé 13/07/2012 05:12 EDT
Le premier groupe des quelque 15.000 Sud-Soudanais bloqués depuis des mois dans des campements de fortune au Soudan a pris l'avion lundi pour une "patrie" que nombre d'entre eux n'ont jamais vue.

L'appareil affrété par l'Organisation internationale des migrations (OIM) a décollé de l'aéroport international de Khartoum pour Juba à 9H15 (06H15 GMT) avec 160 Sud-Soudanais à bord. Un deuxième vol à destination de la capitale sud-soudanaise pourrait partir dans l'après-midi.

Environ 400 réfugiés avaient quitté samedi leur camp de fortune à Kosti, à 300 km au sud-est de Khartoum, pour gagner en bus l'aéroport, d'où ils devaient s'envoler dimanche. Mais une série de problèmes, notamment de visas, avaient retardé leur départ, selon l'OIM.

Le plan d'évacuation établi par l'OIM prévoyait initialement six vols par jour, mais l'avion et l'équipage ont pris du retard, a expliqué Jill Helke, qui dirige l'organisation au Soudan. Si ce rythme est atteint, le rapatriement devrait prendre deux semaines.

Il s'agit de rapatrier les 12.000 à 15.000 Sud-Soudanais qui vivaient depuis des mois dans une grande précarité dans le port de Kosti, dans l'attente d'un transport par barges fluviales auquel les autorités de Khartoum se sont opposées en février.

Estimant que ces migrants constituaient une menace pour la sécurité de la région, les autorités locales leur avaient cependant donné jusqu'au 5 mai pour quitter les lieux, suscitant l'inquiétude de l'ONU et de l'OIM. L'ultimatum a été repoussé au 20 mai, puis supprimé après l'annonce des plans d'évacuation.

L'OIM a déjà assuré le retour de quelque 23.000 Sud-Soudanais dans leur pays indépendant depuis juillet 2011.

Cette opération a lieu alors que les tensions entre le Soudan et le Soudan du Sud ont atteint leur paroxysme en avril, avec des combats sanglants à la frontière, les deux pays ne parvenant pas à résoudre des questions clés comme le tracé de la frontière et le partage des revenus pétroliers.

"C'est la première fois que je me rends dans le Sud. Je suis née ici", a déclaré Cecilia Peter, 27 ans, en faisant la queue avec ses cinq jeunes enfants pour retirer sa carte d'embarquement. Elle a passé 13 mois avec sa famille à Kosti, après avoir perdu son emploi d'enseignante.

Tous les fonctionnaires originaires du Sud ont été renvoyés de l'administration civile du Nord juste avant l'indépendance du Soudan du Sud, proclamée en juillet 2011 au terme d'un accord de paix qui a mis fin en 2005 à 21 ans d'une guerre civile qui a fait deux millions de morts.

Le conflit avait aussi poussé un nombre similaire de Sudistes à fuir au Nord, jusqu'à ce que la partition n'incite des centaines de milliers d'entre eux à repartir au Sud.

Mais l'installation au Soudan du Sud, l'un des pays les plus pauvres du monde, reste difficile. Le mari de Cecilia Peter a ainsi choisi de faire le trajet en camion jusqu'à la frontière, afin de transporter un maximum d'affaires personnelles.

Les Sud-Soudanais bloqués à Kosti font partie des quelque 350.000 Sud-Soudanais qui, selon leur ambassade à Khartoum, se trouvaient encore au Soudan le 8 avril, date limite fixée par les autorités soudanaises pour quitter le territoire ou régulariser leur situation.

Adelino Jovida, 31 ans, a lui aussi perdu son emploi de policier et a passé 11 mois à Kosti. Il était venu dans le Nord en 1983, à l'âge de l'enfant qu'il tient sur les genoux. Avec sa femme et leur autre enfant, ils attendaient au terminal utilisé habituellement par les pèlerins se rendant à la Mecque.

"Je suis content de pouvoir revoir ma famille", a-t-il déclaré, l'air grave, avant de s'envoler pour le Sud, où il n'avait plus remis les pieds.

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