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USA: la bévue de JPMorgan relance le débat sur la réglementation bancaire

11/05/2012 12:08 EDT | Actualisé 11/07/2012 05:12 EDT

La perte de 2 milliards de dollars causée par des paris risqués qui ont mal tourné chez JPMorgan Chase, première banque américaine, ravivait vendredi le débat sur la sécurité du système financier mondial, ternissant également le bilan de son PDG Jamie Dimon.

La nouvelle, révélée jeudi après la clôture des marchés, a entraîné le chute du titre de l'établissement à Wall Street, où il perdait 7,58% à 37,65 dollars vers 16H00 GMT.

En première ligne, le patron de JPMorgan --un des plus ardents pourfendeurs d'une réglementation accrue du système financier-- qui doit désormais s'expliquer sur la plus grosse perte de courtage encaissée par une banque sur les marchés depuis la crise financière de 2008.

"C'est une énorme humiliation", a déclaré à l'AFP Erik Oja, analyste de Standard and Poor's.

Considérée comme une des banques américaines les mieux administrées en raison de sa gestion de la crise de 2008, devenue en 2011 la première banque du pays en termes d'actifs devant Bank of America, JPMorgan Chase a paradoxalement donné un coup de pouce à la loi de réforme financière Dodd-Frank, qu'elle avait farouchement combattu.

La coûteuse bévue de JPMorgan a ainsi remis en lumière ironiquement le coeur de la réforme, la règle de Volker, qui prévoit d'interdire aux banques de faire du courtage en propre, et aussi de limiter drastiquement leurs activités dans les produits dérivés en raison de l'opacité de ce marché. Cette "règle" est l'une des dispositions de la loi Dodd-Frank les plus critiquées par les banques, qui ont jusqu'ici obtenu son report.

Les législateurs ont aussitôt fustigé la perte de JPMorgan. Pour Barney Frank, l'un des architectes de la loi de 2010, "l'argument selon lequel les institutions financières n'ont pas besoin de nouvelles règles pour éviter des actions irresponsables commes celles qui ont mené à la crise de 2008 est aujourd'hui 2 milliards de dollars plus difficile à croire".

De leur côté, les marchés ont digéré vendredi le choc de cette annonce: "C'est encore un autre exemple du fait que les énormes paris spéculatifs faits avec l'argent des actionnaires semble un problème comportemental génétique pour les traders des grandes banques, qui se prennent pour les +Maîtres de l'Univers+", a commenté la maison de courtage Miller Tabak.

"Financièrement, l'impact est très gérable, la banque ne va pas avoir de perte au deuxième trimestre sur l'ensemble de ses résultats, mais la réputation de la banque va en pâtir et cela va probablement mener à une rédaction plus stricte de la réglementation issue de la règle de Volcker", remarque Erik Oka.

"J'imagine qu'elle va être étendue aux activités de courtage qui s'apparentent en fait à du courtage en propre", comme ce fut le cas chez JPMorgan.

Ces achats de dérivés de crédit qui étaient censés aider la banque à compenser sa forte exposition aux crédits "ressemblent en fait à des positions exotiques qui ont mal tourné. Au lieu de limiter la volatilité, cela l'a empirée", ajoute M. Oja.

Les analystes mesuraient aussi l'impact de l'aveu par la banque qu'elle n'a vraiment pris la mesure du risque trop élevé dans ces paris sur les dérivés de crédit, qu'à la suite d'un article paru début avril dans le Wall Street Journal.

Il décrivait l'étonnement des traders de la place de Londres devant les position massives prises dans les dérivés de crédit par un trader français, Bruno Michel Iksil, surnommé "la baleine de Londres".

"Cela suggère que JPMorgan ne comprend pas la gestion du risque comme elle le devrait", constate l'analyste Dick Bove, de Rochdale Securities.

"Tout cela va orienter les projecteurs vers Citibank et Bank of America, qui vont probablement devoir dévoiler plus d'informations sur ce qu'elles font" sur les marchés, estime Erik Oja.

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