Jacques Delisle est ému en entendant le récit des difficultés de son épouse

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QUÉBEC - Nicole Rainville était souvent triste et fatiguée, à la suite d'un accident vasculaire cérébral (AVC) et d'une fracture de la hanche, mais elle soutenait ne pas être déprimée, a déclaré vendredi une ergothérapeute qui l'a soignée pendant deux mois, juste avant son décès.

En entendant le témoignage de la professionnelle, qui a exposé les difficultés de son épouse, le juge retraité Jacques Delisle semblait troublé, essuyant ses larmes avec un mouchoir.

M. Delisle est accusé du meurtre prémédité de son épouse, qui était âgée de 71 ans au moment de sa mort, le 12 novembre 2009.

Poursuivant son témoignage amorcé jeudi, Marie-Josée Tremblay, ergothérapeute à l'hôpital du Saint-Sacrement, a raconté aux jurés que Mme Rainville était demeurée «combative» malgré la souffrance qu'elle éprouvait pendant sa convalescence après une fracture de la hanche, survenue pendant l'été 2009.

Pendant les mois de septembre et d'octobre où elle l'a soignée sur une base quotidienne, Mme Tremblay a constaté que sa patiente était triste et pleurait parfois.

«J'ai senti le besoin de demander si elle se sentait déprimée et elle m'a répondu que non», a-t-elle affirmé.

«Je n'ai pas entendu d'idées suicidaires pendant que j'étais avec elle», a-t-elle ajouté.

Mme Rainville est morte d'une balle dans la tête, moins de deux semaines après avoir reçu son congé de l'hôpital. Son mari a expliqué qu'elle s'était enlevé la vie.

Mme Tremblay a expliqué vendredi qu'en raison de la lourdeur des soins dont elle avait besoin, Mme Rainville avait hésité avant de retourner à domicile.

Sa «raison» lui dictait de choisir une résidence privée adaptée à ses besoins, tandis que son «coeur» l'incitait à rentrer chez elle, a indiqué l'ergothérapeute.

«Elle a été très ambivalente tout le long de son séjour», a-t-elle dit, en précisant que la patiente avait même visité une résidence privée, avant de décider finalement de tenter un retour à la maison.

Mme Tremblay a affirmé qu'elle avait suggéré à Mme Rainville d'aller en résidence, tout en respectant son choix final.

«Ça impliquait que M. Delisle soit aidant naturel», a-t-elle dit, en précisant qu'il devait prodiguer plusieurs soins à son épouse, en plus de s'occuper des tâches domestiques.

En contre-interrogatoire, Mme Tremblay a évoqué les problèmes de concentration de Mme Rainville, retrouvée morte dans son appartement, une arme à feu à côté d'elle.

Dans ses échanges avec le témoin, l'avocat de l'accusé, Jacques Larochelle, a raconté que Mme Rainville avait perdu la faculté de parler des langues étrangères, en raison d'une atteinte au cerveau à la suite de l'AVC.

M. Larochelle a aussi affirmé qu'après l'accident, survenu en 2007, Mme Rainville ne jouait plus au bridge et ne faisait plus de sudoku, des activités qu'elle pratiquait avant.

Écoutant ce récit, M. Delisle, âgé de 77 ans, a porté un mouchoir à ses yeux pour essuyer ses larmes.

Selon Mme Tremblay, Mme Rainville, paralysée du côté droit après son AVC, avait la capacité de se déplacer dans l'appartement. Mais elle demeurait susceptible de faire des chutes, en raison d'une faiblesse au genou droit.

Mme Rainville a été retrouvée sans vie sur le canapé du salon. À ses côtés se trouvait un pistolet. L'arme était habituellement rangée dans une boîte se trouvant à l'entrée de l'appartement, a indiqué M. Delisle aux policiers le jour du décès de sa femme.

Dans son témoignage, jeudi, Mme Tremblay avait déclaré que le transport d'objets n'avait pas été pratiqué, puisque la seule main valide de Mme Rainville, la gauche, était utilisée pour s'appuyer sur sa marchette.

M. Larochelle est revenu sur cette question, vendredi, en faisant admettre à l'ergothérapeute que Mme Rainville aurait pu transporter des objets dans la poche d'un vêtement.