Pour l'Allemagne, la Grèce peut sortir de la zone euro sans quitter l'Europe

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Dans les rues d'Athènes le 3 mai | AFP

L'Allemagne n'entend pas se laisser impressionner par les dernières législatives grecques, qui montre une population de plus en plus réticente à adopter le plan d'austérité prévu par la zone euro en échange d'une aide financière. En d'autres termes: pas de plan de réduction des déficits, pas de plan d'aide. Et le meilleur moyen, pour faire pression, c'est de montrer à la Grèce que la zone euro pourrait tout à fait supporter son départ.

Dans un entretien au quotidien régional allemand Rheinische Post, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble a déclaré que la zone euro peut supporter une sortie de la Grèce.
Il assure souhaiter "que la Grèce reste dans la zone euro, mais (qu')elle doit aussi le vouloir et remplir ses devoirs". "Nous ne pouvons forcer personne", ajoute-t-il.

Tout est prêt en cas de sortie.

Selon le ministre allemand, la zone euro est mieux armée qu'il y a deux ans. "Nous avons beaucoup appris ces deux dernières années et construit des mécanismes de protection. Les dangers de contamination pour les autres pays de la zone euro sont devenus plus faibles et la zone euro est dans son ensemble devenue plus résistante", dit-il.

"La crise a montré: quand il faut agir vite, l'Europe peut réagir rapidement (...) L'idée que nous ne serions pas capables de réagir à court terme devant quelque chose d'imprévu est faux", a-t-il ajouté.

"Ici personne ne menace personne. Mais nous devons être sincères (...) et dire à nos amis et partenaires grecs qu'il n'y a pas d'autre voie que la voie choisie ensemble" a déclaré Wolfgang Schäuble. "Nous avons déjà fait beaucoup" a-t-il estimé en faisant référence aux deux plan de sauvetage pour la Grèce, par les Etats européens, le FMI mais aussi lors du deuxième la participation des créanciers privés. "La Grèce doit comprendre qu'en échange elle doit remplir ses obligations". Il est "dangereux de raconter des boniments aux citoyens en leur disant qu'il existerait une autre voie plus simple qui guérirait la Grèce en évitant toutes les épreuves. C'est absurde", a-t-il ajouté.

Le ministre allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle, de son côté, a conditionné le versement de nouvelles aides à la Grèce aux respect par Athènes de ses obligations, dans un discours aux députés allemands vendredi. "Nous comptons tenir nos promesses d'aides. Mais cela signifie que la Grèce doit mettre en oeuvre les réformes que nous avons convenues", a-t-il dit devant le Bundestag.

Info ou intox?

L'Allemagne est coutumière des grandes déclarations pour faire pression sur ses voisins européens. Ce n'est pas la première fois que des menaces de sortie de l'Europe sont évoquées. Mi-février, le ministre des Finances luxembourgeois Luc Frieden avait déclaré, au moment des négociations: "s'ils [les grecs] ne font pas tout cela [le plan d'austérité], je pense qu'alors nous devrons continuer avec 16 pays" dans l'Union monétaire et "qu'ils s'excluent eux-mêmes de la zone euro".

Le 5 février, Jean-Claude Juncker, chef de file de l'Eurogroupe qui rassemble les ministres des finances de la zone euro, avait pour la première prononcé le mot de faillite: "si nous devions constater que tout va à vau-l'eau en Grèce, alors il n'y aurait pas de nouveau programme de refinancement, (...), cela signifierait une faillite en mars."

En février, déjà, certains observateurs estimaient que l'Allemagne souhaitait la sortie de la Grèce de l'Europe. Mais comme il est impossible de "chasser" un pays, la stratégie était de serrer tellement la ceinture à la Grèce qu'elle sortirait d'elle-même. Le raisonnement se tient mais se heurte à un écueil: une sortie de la Grèce ne résoudrait pas les problèmes. Ni pour les Grecs, ni pour l'Europe (cliquez ici pour accéder à l'article "pourquoi la Grèce ne sortira pas de l'Europe"). Car la zone euro devra encore se faire rembourser ses prêts et une sortie de l'Europe montrerait aux marchés que l'Union européenne ne sait pas résoudre ses crises internes. Un très mauvais signal et certainement un coup d'arrêt dans la construction européenne. Et surtout, combien de pays souhaiteraient alors sortir de l'euro pour dévaluer leur monnaie et relancer leurs exportations?

Les grandes déclarations ressemblent donc plutôt à une volonté de faire prendre conscience aux Grecs qu'ils ne pourront pas jouer sur tous les tableaux: bénéficier des aides de l'Europe sans faire de sacrifices.

Pour la président du Medef Laurence Parisot, de son côté, une sortie de la Grèce serait "catastrophique". Exactement le même terme que celui employé en février dernier par la chancelière Angela Merkel. Cette dernière avait à l'époque déclaré: "Ce serait catastrophique si nous disions à l'un des pays qui a décidé d'être avec nous : 'Nous ne voulons plus de vous.' D'ailleurs, les traités [européens] ne le permettent pas. Les gens dans le monde entier se demanderaient : 'Qui sera le suivant ?' La zone euro s'en trouverait incroyablement affaiblie."

Sortir de l'euro... mais pas de l'Europe

Ce qui a vraiment changé, en revanche, c'est que désormais, la Grèce peut sortir de l'euro sans pour autant sortir de l'Union européenne. Ce mécanisme, auparavant impossible, a été étudié à Bruxelles et le sujet n'est plus tabou.

Dans le journal grec To Vima, la commissaire européenne Maria Damanaki a révélé que la sortie de son pays de la zone euro était une possibilité à l’étude. Interrogée sur les scénarios envisagés, elle a précisé "qu’il ne s’agissait pas de simples scénarios mais de plans alternatifs." Une information confirmée par une commissaire européenne néerlandaise: "une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro ne serait pas un drame pour l’UE. Il n’y a absolument pas mort d’homme si quelqu’un quitte la zone euro. On répète toujours que si on laisse un pays partir ou qu’on lui demande de partir, l’ensemble de la structure s’effondre. Mais cela n’est pas vrai."

Après tout, de nombreux pays, comme l'emblématique Angleterre, font partie de l'Union européenne sans avoir adopté l'euro. Il serait donc possible de reverser la Grèce, si elle le souhaite, dans ce groupe des pays de l'Union n'ayant pas adopté la monnaie unique.

Sauf qu'une sortie de l'euro ne ferait qu'aggraver les problèmes de la dette grecque:

La sortie de la Grèce de la zone euro pourrait... par BFMTV

Athènes toujours sans gouvernement

Depuis les élections législatives grecques de dimanche, dévastatrices pour les deux grands partis grecs pro-euro, un nouveau gouvernement n'a pas encore été trouvé à Athènes, faisant craindre aux dirigeants européens et aux marchés financiers une remise en cause des engagements du pays sur l'assainissement de ses finances publiques.

Si tous les partis anti-austérité s'alliaient, ils obtiendraient la majorité au Parlement. Sauf que cela a peu de risque d'arriver: il faudrait que l'extrême gauche communiste s'allie avec l'extrême droite et le partie néo-nazi.

Evangélos Vénizélos, le ministre des finances grecs qui a trois jours pour constituer un gouvernement de coalition réunissant les principaux partis traditionnels, pro-européens, était, ce jeudi 10 mai, plutôt optimiste sur les chances d'aboutir: il s'était félicité d'un "premier pas" vers la constitution d'un exécutif.

Ce vendredi 11 mai, le dirigeant conservateur grec, Antonis Samaras, a jugé vendredi que la Grèce ne pourra former un gouvernement "durable" et capable de maintenir le pays dans l'euro qu'avec l'aval de la gauche radicale anti-rigueur du Syriza, propulsée deuxième force politique par le scrutin de dimanche. Un tel exécutif devra "assurer le maintien du pays dans l'euro et avancer vers une renégociation" de la politique de redressement dictée au pays par ses bailleurs de fonds UE et FMI, a-t-il ajouté.

Le chef du Syriza, Alexis Tsipras, a jusque là totalement exclu de participer à un gouvernement qui ne rejetterait pas en bloc la politique d'austérité UE-FMI. Il doit rencontrer à 18h00 le dirigeant socialiste Evangélos Vénizélos, dans une tentative de ce dernier de trouver un compromis. "Nous nous battons pour former un gouvernement", a de son côté insisté Antonis Samaras, jugeant qu'il y avait "encore de l'espoir" même si la tâche s'annonçait "très difficile".

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