NOUVELLES

France: Areva condamné après la mort par cancer d'un ex-salarié au Niger

11/05/2012 05:32 EDT | Actualisé 11/07/2012 05:12 EDT

La justice française a condamné vendredi Areva pour la mort par cancer du poumon d'un ex-salarié d'une mine d'uranium du groupe nucléaire français au Niger, a annoncé l'avocat de la famille de la victime.

Le groupe a déclaré "ne pas comprendre" ce jugement, estimant notamment que le lien entre la maladie et le passage dans la société n'était "pas démontré".

Le tribunal tribunal des affaires de Sécurité sociale de Melun (est de Paris) a jugé qu'Areva avait commis "une faute inexcusable", en tant que "co-employeur", et a condamné l'entreprise à verser des dommages et intérêts d'un montant dépassant les 200.000 euros et à doubler la rente de la veuve de l'ex-salarié, Serge Venel, a précisé l'avocat Jean-Paul Teisonnière.

Serge Venel, mort à l'âge de 59 ans d'un cancer du poumon en juillet 2009, a travaillé de 1978 à 1985 pour une filiale d'Areva, la Cominak, société de droit nigérien qui exploite des mines d'uranium du groupe à Akokan, au nord-ouest du Niger.

"Quand mon père a vu le pneumologue en mars 2009, il a tout de suite dit que ce n'était pas la cigarette qui était la cause du cancer mais bel et bien l'inhalation de poussières d'uranium", avait expliqué lors de l'audience Peggy Venel, fille de la victime.

Celle-ci a fait part vendredi à l'AFP de son "immense joie", tout en estimant que "ce n'est pas fini, car Areva va certainement faire appel". "Une brèche s'ouvre pour les autres, qui étaient en attente (de ce jugement, ndlr)", a-t-elle dit, précisant que "beaucoup avaient peur d'attaquer Areva". Peggy Venel a cité "au moins deux" cas de familles qui avaient l'intention d'attaquer.

Pierre Le Clech, qui a travaillé au Niger pour la Cominak entre 1978 et 1982 et qui est tombé malade d'un cancer du rein en 2009, va ainsi engager des procédures avec Me Teissonnière. "La sécurité sociale a reconnu la maladie professionnelle", a expliqué à l'AFP cet homme de 74 ans, qui va déposer plainte.

"On n'avait aucune protection, personne ne nous avait prévenu du danger", a-t-il déploré.

"C'était un dossier difficile", a déclaré à l'AFP l'avocat de la famille de la victime, Me Teissonnière. "Juridiquement, Areva n'était pas l'employeur direct, (...) mais les questions de sécurité et les conditions d'exploitation de la mine sont définies par Areva", a mis en avant l'avocat. "Le tribunal a dépassé l'apparence pour reconnaître la réalité des relations sociales de l'entreprise", a-t-il estimé.

"Nous ne comprenons pas le jugement du tribunal de Melun", a déclaré Areva à l'AFP, précisant attendre "le détail du jugement". "On se réserve le droit de faire appel, une fois qu'on aura le jugement entier", a ajouté le groupe.

La caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) "n'a pas imputé la maladie professionnelle à Areva", a affirmé le groupe français du nucléaire, qui estime que "la causalité entre la maladie et le passage dans la société Cominak n'est pas démontrée".

Si les conclusions de la CPAM ont été adressées à Areva, c'est "parce que c'est le dernier employeur" de la victime.

Le groupe a en outre déploré une "contradiction": "le tribunal décrète Areva co-employeur (...) mais estime dans le même jugement qu'Areva n'est pas employeur juridiquement".

ctx/ng/thm/cpy

PLUS:afp