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Un jeune Haïtien témoigne contre des casques bleus qui l'auraient agressé

10/05/2012 06:00 EDT | Actualisé 10/07/2012 05:12 EDT

MONTEVIDEO, Uruguay - Un Haïtien âgé de 19 ans qui accuse six casques bleus uruguayens de l'avoir agressé sexuellement dans une base d'Haïti a témoigné, jeudi en Uruguay, devant le juge chargé de l'enquête.

Le jeune homme est entré dans le tribunal au cours de l'après-midi. Le juge Alejandro Guido et le porte-parole de la Cour suprême uruguayenne, Raul Oxandabarat, avaient précédemment déclaré à l'Associated Press que l'audience se déroulerait à huis clos.

Le juge Guido a refusé de donner plus d'informations. Mais M. Oxandabarat a déclaré que le témoignage du jeune homme s'inscrivait dans le cadre de l'enquête judiciaire au sujet des allégations visant six casques bleus.

Il ne s'agit pas d'un procès pénal, «mais d'une enquête sur les allégations de viol portées par ce jeune homme en Haïti», a expliqué le porte-parole de la cour.

M. Oxandabarat a expliqué que les autorités judiciaires avaient requis les services d'un interprète parce le jeune homme ne parle pas l'espagnol. Il a ajouté qu'un avocat uruguayen avait été affecté au dossier parce que les avocats haïtiens du jeune homme ne sont pas autorisés à pratiquer le droit en Uruguay.

Des médias locaux ont montré des images du jeune homme vêtu d'un complet-cravate après son arrivée à l'aéroport de Montevideo mercredi après-midi. Il était accompagné par sa mère, deux avocats et un représentant du ministère haïtien des Affaires étrangères.

L'Associated Press n'identifie pas le jeune homme par son nom compte tenu de la nature sexuelle des allégations.

L'an dernier, le jeune Haïtien avait déclaré avoir été agressé sexuellement dans une base de l'ONU par six soldats uruguayens qui participaient à la mission de maintien de la paix en Haïti. L'un des casques bleus a filmé la scène avec son téléphone cellulaire. On y voit le jeune homme être immobilisé sur un matelas pendant qu'un soldat à moitié nu simule un viol.

Les suspects et leur avocat avaient initialement affirmé qu'il s'agissait d'une simple blague ayant mal tourné, ce qui a mis en colère de nombreux Haïtiens opposés à la présence des casques bleus dans leur pays.

Lors de l'enquête préliminaire, les Nations unies et l'armée uruguayenne ont déterminé que le jeune homme n'avait pas été violé, mais ont estimé que les soldats avaient enfreint les règles auxquelles ils sont soumis.

Le porte-parole de la Cour suprême, Raul Oxandabarat, a indiqué que les prochaines étapes du processus judiciaire dépendraient du témoignage du jeune homme.

«Le juge va l'écouter et permettra aux différentes parties de l'interroger. Ensuite, nous verrons ce que nous ferons», a-t-il dit.

Après l'incident, les six casques bleus ont été renvoyés en Uruguay, où ils ont été détenus pendant pusieurs mois. Ils ont été libérés à la fin de 2011 en attendant la poursuite de l'enquête et un procès militaire.

Le général Julio Halty, président du Tribunal militaire suprême de l'Uruguay, avait expliqué mercredi à l'Associated Press que le jeune homme ne serait pas interrogé par un tribunal militaire. Si les soldats sont condamnés à des peines de prison plus longues que le temps qu'ils ont déjà purgé, ils retourneront en détention, a-t-il expliqué.

La mission de maintien de la paix en Haïti, qui compte 12 000 membres, a été déployée en 2004 pour assurer la stabilité du pays après une rébellion qui a renversé le président de l'époque, Jean-Bertrand Aristide.

La force de l'ONU est très impopulaire chez de nombreux Haïtiens. Une épidémie de choléra apparue en Haïti en octobre 2010 aurait été introduite dans le pays par un bataillon des casques bleus originaires du Népal, ce qui a accru la colère des Haïtiens et provoqué des manifestations qui ont failli tourner à l'émeute.

Le choléra a tué plus de 6200 personnes en Haïti depuis son apparition, selon le ministère haïtien de la Santé.

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