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Moins de la moitié des Algériens sont allés voter aux élections législatives

10/05/2012 01:35 EDT | Actualisé 10/07/2012 05:12 EDT

ALGER, Algérie - Moins de la moitié des électeurs inscrits se sont rendus aux urnes pour les élections parlementaires de jeudi en Algérie, présentées comme les plus libres depuis 20 ans.

Le gouvernement a annoncé tard jeudi soir qu'environ 42 pour cent des électeurs avaient voté, ce qui représente une hausse significative par rapport aux élections de 2007, lors desquelles 36 pour cent des électeurs s'étaient rendus aux urnes. Les résultats officiels sont attendus vendredi.

Quelque 21,6 millions d'électeurs, sur une population de 35 millions d'habitants, étaient appelés à désigner 462 députés parmi les candidats de 44 partis, dont la moitié ont été légalisés cette année seulement.

Quelque 500 observateurs ont surveillé le déroulement de ce scrutin, que le gouvernement a qualifié de décisif pour l'avenir du pays. Mais la plupart des Algériens se montrent méfiants face à la politique et ils ne se sont guère intéressés à la campagne, qui a commencé il y a trois semaines et s'est terminée dimanche. Les rassemblements publics ont été peu courus. Dans certains cas, des candidats se sont fait chahuter, voire bombarder de pierres par des citoyens mécontents.

Les sièges devraient essentiellement se répartir entre deux coalitions de partis pro-gouvernementaux: le Front de libération nationale (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND), d'une part, et l'Alliance de l'Algérie verte (islamiste), d'autre part. Aucun parti ne devrait dominer l'Assemblée.

De nombreux Algériens éprouvent une profonde méfiance envers les hommes politiques et la politique en général, après des années d'élections truquées et de Parlements dont le rôle s'est globalement limité à approuver la politique du président Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999.

Malgré la richesse tirée des hydrocarbures, il règne un fort mécontentement dans le pays, qui est fréquemment le théâtre de manifestations et d'émeutes sur fond de chômage, de services publics déficients et de manque de logements. Si le taux de chômage s'élève officiellement à seulement 10 pour cent de la population active, il grimpe à au moins 20 pour cent pour les diplômés, dans un pays qui compte environ 70 pour cent de citoyens âgé de moins de 35 ans.

Marouane Bou Amama, 32 ans, assis dans un parc situé près d'un bureau de vote d'Alger, a expliqué qu'il avait refusé d'aller voter. «Nous sommes en Algérie, nous vivons dans un immense cercueil. À mon âge, je devrais être marié, je devrais avoir une maison. C'est un droit essentiel», a-t-il estimé.

Ceux qui ont voté ont évoqué le sens du devoir et l'avenir du pays, qui a été confronté à de longues années d'insurrection islamiste.

«Je vote pour mes enfants, pour leur avenir, pas pour moi», a confié Omar Blaeaki, un retraité rencontré dans un bureau de vote installé dans une école de la capitale. «Cette fois, c'est plus sincère et plus honnête qu'avant. Nous votons comme ils le font aux États-Unis et en France.»

Les dernières élections vraiment libres, en 1991, avaient été dominées par le Front islamique du salut (FIS). Mais le scrutin avait été annulé par l'armée et le FIS a été interdit, ce qui a déclenché une guerre civile de plus de dix ans qui s'est soldée par la mort de quelque 200 000 personnes. Par la suite, aucun parti n'a réussi à mobiliser les citoyens insatisfaits autant que le FIS. Le FLN, présent partout dans le pays, a depuis remporté la majorité des sièges au Parlement.

«Je vote pour le pays, pour améliorer les choses, nous avons eu Al-Qaïda et le terrorisme, mais maintenant, c'est mieux et cela va s'améliorer avec cette élection», a espéré Mohammed Zemmouchi, un retraité rencontré devant un bureau du centre-ville d'Alger.

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