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Les médias en quête d'un nouveau rôle avec le Printemps arabe

10/05/2012 04:18 EDT | Actualisé 09/07/2012 05:12 EDT

Pris de court par le Printemps arabe, les médias de la région, longtemps soumis à la tutelle des régimes pour la plupart, tâtonnent pour s'adapter à leur liberté nouvelle, estiment les participants au sommet des médias arabes à Dubaï.

"Bouleversement, chaos, transformation ... ces mots décrivent la situation que connaissent depuis 18 mois le monde arabe et les médias" de la région, a estimé Mariam ben Fahad, directrice du Club de la Presse, organisateur de l'événement qui s'est achevé mercredi soir.

Les débats animés qui ont marqué cette conférence, à laquelle participaient près de 3.000 personnes du monde des médias, ont révélé le désarroi d'une presse en pleine transition, accédant abruptement à une liberté d'expression après des décennies de répression.

Les débats ont également évoqué le rôle croissant du Net, avec Facebook, You Tube et surtout Twitter, qui sont en train de "remodeler le journalisme traditionnel", selon les participants.

"Les médias arabes sont en train de chercher leur voie après ce virage à 180 degrés", déclare à l'AFP Nabil al-Khatib, rédacteur en chef de la chaîne satellitaire Al-Arabiya.

"Beaucoup de journalistes étaient habitués à recevoir des directives des ministres de l'Information dans leurs pays sur la couverture des événements, et se retrouvent brusquement libres de toute contrainte, fait auquel ils ne sont pas habitués", ajoute-t-il.

Dans les pays où les soulèvements populaires ont abouti à la chute des régimes, les nouvelles autorités cherchent encore leur voie.

"On ne peut s'attendre à passer d'une information de propagande à une information indépendante en quelques mois, une telle transition prend du temps", s'est défendu le nouveau ministre tunisien de la Culture, Mahdi Mabrouk, lors d'un panel sur "les médias arabes et le choc du changement".

Dans certains pays où les mouvements de contestation se poursuivent, notamment la Syrie, les autorités ont durci leur politique à l'égard des médias, les forçant à trouver de nouveaux procédés pour couvrir les événements.

"Nous avons eu recours en Syrie à un réseau de stringers que nous formons au téléphone, et qui deviennent des apprentis reporters lorsque nous parvenons à leur envoyer du matériel, notamment des caméras et des ordinateurs portables", explique M. Khatib.

Sa chaîne, mais surtout la télévision Al-Jazira du Qatar, ont joué un rôle de premier plan en relayant les mouvements de contestation arabe.

Selon un sondage publié par les organisateurs du Forum, à la question: "les chaînes satellitaires ont-elles contribué au Printemps arabe?", 72% des personnes interrogées ont répondu par l'affirmative.

Certains responsables de chaînes se défendent toutefois d'avoir pris parti, affirmant avoir uniquement tenté de rapporter fidèlement ce qui se passait sur le terrain.

"Tous les régimes arabes ont tenté de contrôler les médias, de nous imposer des contraintes et même de nous interdire de travailler comme en Syrie, ce qui nous a acculés à prendre position", explique toutefois Jamil Azar, présentateur d'Al-Jazira.

La question récurrente au cours des débats était de savoir s'il fallait privilégier une couverture objective, voire impartiale, au risque de s'attirer les foudres du public en ne prenant pas ouvertement le parti des révolutions.

Randa Habib, directrice de la Fondation AFP pour le Proche-Orient et l'Afrique du Nord, a estimé qu'il fallait "privilégier une information de qualité et ne pas se laisser influencer par ce que demande la rue".

"Dans cette nouvelle ère d'ouverture, le rôle des gouvernements doit se limiter à amender les lois afin qu'elles garantissent la liberté d'expression", a-t-elle ajouté.

at/vl

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