Violence à Victoriaville : une coalition dénonce le comportement policier

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VICTORIAVILLE
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La Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics accuse les policiers d'avoir mis la santé et la sécurité de quelque 3000 manifestants en danger lors de la manifestation contre le gouvernement Charest, vendredi dernier à Victoriaville. La Coalition réclame du même souffle une enquête publique et indépendante.

« Nous tenons à dénoncer la gestion du conflit étudiant par Jean Charest et les stratégies d'intervention des forces policières », affirme Johanne Nasstrom, porte-parole de la coalition. « Depuis maintenant trois mois, cette gestion scandaleuse suscite une colère grandissante chez les étudiants et les mouvements sociaux. Et en réponse à cette grogne montante, causée par la mauvaise foi du gouvernement dans ce dossier, nous avons été témoins, à Victoriaville, de l'escalade de la répression utilisée par les forces policières, répression qui a failli coûter la vie à un manifestant », soutient-elle.

La coalition à l'origine de la grande manifestation contre le gouvernement Charest a présenté mercredi une vidéo montrant un jeune homme gravement blessé lors des affrontements entre manifestants et policiers.

On y voit un policier de l'escouade antiémeute de la Sûreté du Québec (SQ) pointant en direction des manifestants un fusil utilisé pour tirer des balles de plastique, puis, quelques secondes plus tard, un jeune homme ayant été atteint à la tête.

La vidéo ne permet pas de voir ce que faisait le manifestant au moment où il a été atteint, ni de confirmer hors de tout doute qu'il a été atteint par une balle de plastique tirée par la Sûreté du Québec. Mais selon le vidéaste William Ray, qui a filmé ces images, Alexandre Allard était debout et regardait passivement les policiers lorsqu'il a été atteint d'un projectile.

Depuis vendredi, les porte-parole de la SQ répètent que les balles de plastique sont utilisées strictement sur des individus qui représentent un danger pour la sécurité des policiers ou des citoyens. Ils ajoutent que ce type de « balle non létale » n'est pas utilisé pour disperser une foule, contrairement aux gaz lacrymogènes.

La SQ a convoqué la presse jeudi pour revenir sur les événements de Victoriaville. Elle a déjà confirmé avoir tiré 206 « irritants » (gaz) et 30 « projectiles d'armes d'impact » (balles de plastique ou de caoutchouc) lors des manifestations à Victoriaville, mais le corps policier n'a pas voulu donner plus de détails sur son intervention, disant vouloir analyser les événements avant de dresser un bilan.

Touchée alors qu'elle textait

Magali Paquin, mère de trois enfants, affirme qu'elle écrivait un message texte sur son téléphone à plusieurs mètres de la ligne de front lorsqu'elle a été touchée au bras par une balle de plastique, déchirant la manche de son manteau. « Que la balle ait pu traverser une foule sur une telle distance sans frapper quelqu'un au visage relève du miracle. La force de l'impact est tellement grande que les dommages causés par ce type de projectile sont assurément dramatiques », soutient-elle.

Violence et confusion

Vendredi dernier, la marche pacifique à laquelle participaient des milliers de personnes a rapidement tourné en violents affrontements entre manifestants et policiers, devant l'hôtel Le Victorin, où se tenait le conseil général du Parti libéral du Québec. Au moins neuf personnes ont été transportées à l'hôpital, dont deux ont subi des traumatismes crâniens. La Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics dit avoir recensé de son côté « environ 400 blessures mineures traitées par des médics », dont des plaies ouvertes, des ecchymoses causées par des projectiles et des brûlures aux yeux.

Plusieurs manifestants soutiennent n'avoir jamais entendu les policiers déclarer la manifestation illégale. De l'ensemble des témoignages recueillis par Radio-Canada, il semble que seulement certaines personnes qui étaient à proximité des policiers ont entendu l'ordre de dispersion donné après que des manifestants eurent lancé des projectiles en direction de l'hôtel et franchi le périmètre de sécurité établi par la SQ.

Pendant les affrontements entre manifestants et policiers, Mme Nasstrom soutient que les policiers ont refusé pendant plusieurs minutes de laisser passer une ambulance devant venir en aide à un manifestant gravement blessé - le jeune homme de la vidéo en l'occurrence. Elle soutient qu'un policier l'aurait même nargué en retirant son masque pour lui dire, sourire en coin : « T'as rien qu'à l'amener icitte ton malade ! ».

Les policiers ont fini par laisser passer les ambulanciers quelques minutes après l'intervention de Mme Nasstrom, selon ses propres dires.

Deux infirmières membres de l'équipe de secouristes, Karoline Demers et Sophie Vallée-Desbiens, déplorent les conditions dans lesquelles elles ont dû soigner les blessés. Elles citent notamment deux blessés présentant des symptômes de commotions cérébrales qui ont dû être déplacés à plusieurs reprises. « Ces déplacements ont dû être effectués en raison des gaz lacrymogènes, des projectiles et du piétinement des manifestants fuyant devant les forces de l'ordre », déplore Mme Demers.

Un problème d'abord politique

« Tout ça aurait pu être évité, à la base, si le gouvernement avait écouté la population », soutient la co-porte-parole de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), Jeanne Reynolds.

« Alors que le gouvernement a demandé aux représentants étudiants de condamner la violence, nous ne voyons pas Jean Charest dénoncer les violences abusives dont font preuve les forces de l'ordre dans le cadre de manifestations citoyennes », déplore Mme Reynolds.

Elle souligne par ailleurs que la CLASSE a joué un rôle mineur dans l'organisation de cette manifestation, et qu'il ne revient pas aux organisations de contrôler une foule.

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