Ruée vers le fer dans le Nord du Québec

AFPQC  |  Par Publication: 09/05/2012 06:07 Mis à jour: 09/05/2012 06:12

Iron Mine Machinery Digger

FERMONT - Un monstre d'acier peint en jaune, massif comme un immeuble, s'apprête à faire son entrée à la mine de fer de Fermont dans le nord du Québec: la plus grosse pelle mécanique du monde chargera des camions de 400 tonnes, tout aussi gigantesques.

Leurs dimensions ont inspiré le surnom qui désigne désormais la côte nord du Saint-Laurent: le pays des géants.

Le nord du Québec vit une véritable ruée vers le fer, poussée par l'envolée des cours du minerai. À la frontière du Québec et du Labrador, Fermont, la ville du fer, connaît un boum sans précédent.

Le groupe sidérurgique ArcelorMittal vient d'annoncer que sa production de concentré de minerai de fer au Canada pourrait grimper jusqu'à 30 millions de tonnes par an, contre 14 millions en 2011.

Le groupe basé au Luxembourg avait décidé en mai 2011 d'investir 1,6 milliard d'euros pour étendre son complexe minier de Mont-Wright, près de Fermont, et agrandir son usine de production de boulettes de minerai de fer de Port-Cartier, reliée à la mine par la voie ferrée de la société.

Mont-Wright, l'un des plus vastes gisements de fer à ciel ouvert en Amérique du nord, s'étend sur 24 km2. Les cinq fosses forment des cratères gigantesques, sillonnés par les plus puissants et les plus gros camions du monde. Dopée par la demande de l'Inde et de la Chine, la production explose.

"Actuellement, nous produisons 15 millions de tonnes de concentré par an", indique Réjeanne Le Bloch, porte-parole d'ArcelorMittal.

"C'est colossal. C'est à l'image du reste, tout est gros, tout est grand, c'est le pays des géants".

Les entreprises prévoient une forte demande jusqu'en 2017. Après, rien n'est acquis. Il faut donc aller vite, quitte à bousculer les hommes et les structures.

A quelques pas de la mine, dix nouveaux camions de 400 tonnes sont assemblés sur place, dans des conditions extrêmes, sans même l'abri d'un hangar, faute d'avoir pris le temps d'en construire un.

"Aujourd'hui, il fait moins 15 degrés (Celsius), il y a un petit vent, des fois il fait moins 40, puis des fois il peut faire moins 50 et moins 60", raconte Pierre Clarisse, contremaître chez Caterpillar.

"Oui, reconnaît-il, le salaire est très bon, mais il faut être très présent, et puis il faut être travailleur".

C'est l'autre défi de tous les employeurs locaux: trouver de la main-d'oeuvre. A Fermont, les conditions de vie peuvent sembler difficiles et, surtout, les logements font cruellement défaut. A Sept-Iles, un port sur le Saint-Laurent par où transite le minerai, le manque de personnel est tel que des Philippins y sont embauchés dans la restauration rapide.

La ville, pourtant, appartient presque toute entière à la mine. En 1974, la société Québec Quartier inaugurait le mur écran qui protège les habitants des vents glaciaux du nord, devenu le symbole de la ville. Long de 1.300 mètres, il rassemble des appartements et l'essentiel des services. Une vie en vase clos, au diapason d'Arcelor. Et puisque la place manque, le groupe construit, y compris pour les "employés non-résidents".

Dans ces mobile-homes tout confort, on trouve des dizaines de chambres pour des ouvriers en transit. Ils travaillent deux semaines à la mine, puis rentrent deux semaines chez eux. Les salaires, qui dépassent souvent 100.000 dollars par an --le salaire moyen à Fermont est le plus élevé du Québec--, attirent des travailleurs du monde entier, en un va-et-vient qui déconcerte les résidents à l'année.

"Ils viennent ici, ils prennent l'argent, ils s'en vont, ça n'apporte rien socialement, et économiquement ça ne rapporte pas grand-chose à la ville", déplore Lynda Tremblay, gérante d'une station-service locale, l'une des rares résidentes à posséder son propre logement. "Les gens doivent rendre leur maison à Arcelor quand ils quittent leur travail. Il n'y a même pas de cimetière ici, je ne pourrai pas y mourir."

La ville ne vit que par et pour le fer. Son mur emblématique ne sera peut-être plus là dans un siècle. Il disparaîtra avec la mine.

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Publié par Patrick White  |