Nord du Québec: les géants miniers à la conquête des trésors enfouis

AFP  |  Par Publication: 09/05/2012 09:43 Mis à jour: 09/05/2012 09:47

Mine Communications Msha
Nord du Québec: les géants miniers à la conquête des trésors enfouis...

MONTRÉAL - Des groupes miniers d'Europe, d'Inde et de Chine investissent des milliards de dollars pour extraire fer, nickel et or dans le grand nord du Québec, territoire plus vaste que la France et resté presque vierge depuis la nuit des temps.

Le Premier ministre québécois Jean Charest a lancé il y a un an un "Plan Nord" pour faciliter l'exploitation des ressources énergétiques, minières et forestières au nord du 49e parallèle. Les autorités misent sur des investissements de 80 milliards de dollars sur 25 ans par les pouvoirs publics et les entreprises.

"L'intérêt des compagnies minières pour le Québec a peu à voir avec le +Plan Nord+, mais davantage avec le prix des matières premières", explique à l'AFP Allen Palmiere, PDG de la société minière Adriana Resources, à la tête d'un projet pharaonique financé par des capitaux chinois.

Adriana et le troisième groupe sidérurgique de Chine, Wuhan Iron & Steel (Wisco), ont signé un partenariat pour exploiter le gisement de Lac Otelnuk, à 750 kilomètres au nord de la ville de Sept-Iles, dans un territoire inatteignable par la route.

Le groupe canadien veut exploiter à partir de 2017 une mine d'une capacité de 50 millions de tonnes de minerai de fer par an, un projet nécessitant des investissements évalués entre 11 et 13 milliards de dollars, financés à 88% par le groupe chinois.

"C'est une région reculée. Le défi, ce sont les infrastructures", estime M. Palmiere. L'entreprise devra construire un camp minier où vivront les 2.000 employés prévus pour faire fonctionner la mine. Ceux-ci habiteront sur place pendant environ deux semaines, puis retourneront chez eux pour une période équivalente.

Et il faudra construire un chemin de fer dans une région hostile. "Sans chemin de fer, il n'y a tout simplement pas de mine", car le minerai doit être acheminé à un port --à Sept-Iles-- pour être exporté sur les marchés mondiaux, principalement l'Asie, souligne M. Palmiere.

A proximité de ce projet, l'indien Tata Steel et son partenaire canadien New Millenium Iron prévoient d'investir 4 milliards de dollars dans une mine de fer. Et l'Européen ArcelorMittal va injecter quelque 2 milliards pour augmenter la production de sa mine de Mont-Wright, près de Fermont, capitale canadienne du fer.

Mais ces projets colossaux, qui devraient ajouter des milliers d'emplois à l'économie de la province, ne font pas que des heureux.
Le gouvernement a garanti que la moitié du territoire du Grand Nord sera protégée de toute exploitation industrielle, mais une partie de la population s'interroge sur l'impact écologique, social et économique de cette ruée.

Ce développement "va certainement engendrer une blessure environnementale majeure et des déséquilibres sociaux très importants", tonne Jacques Fortin, professeur à HEC de Montréal. Selon lui, le gouvernement ne tient pas compte de tous les effets secondaires du Plan Nord.

Les autorités repoussent ces critiques. "La surface des (hypermarchés) Wal-Mart au Québec occupe plus d'espace que l'ensemble des mines", ironisait le Premier ministre Charest devant un parterre d'hommes d'affaires réunis le mois dernier au "Salon Plan Nord" à Montréal, pris pour cible par des étudiants en grève.

Si le gouvernement augmentait les impôts sur les ressources minières, il n'aurait pas à augmenter les droits de scolarité, pestent de nombreux étudiants.

"Il y a une classe d'affaires qui se pourlèche les babines... et il y a une population élargie qui dit +oui+ aux mines, mais pas à n'importe quel prix", résume Ugo Lapointe, à la tête de la "Coalition Québec pour une meilleure mine".

Le gouvernement a annoncé en mars la création de Ressources Québec, une société publique qui investira 1 milliard de dollars dans des entreprises minières et d'hydrocarbures afin de maximiser les retombées fiscales de la conquête des ressources du Nord.

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Publié par Isabelle Marceau  |