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Les détenus qui travaillent paieront plus cher pour leur logement et leur repas

09/05/2012 11:03 EDT | Actualisé 09/07/2012 05:12 EDT

OTTAWA - Il en coûtera bientôt plus cher aux détenus pour leur repas et leur cellule, mais seuls ceux qui participent à un programme de réinsertion offrant une rémunération devront payer.

Le gouvernement conservateur a annoncé de nouvelles mesures s'inscrivant dans sa politique de durcissement à l'égard des criminels, cette fois pour exiger quelques dollars de plus par semaine des poches des prisonniers qui occupent un petit emploi en participant à des programmes favorisant leur réinsertion.

Selon le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, la mesure servira à responsabiliser davantage les détenus.

«Une partie de la réhabilitation est d'apprendre sur la responsabilité. L'espoir est important, la responsabilité l'est tout autant», a tranché le ministre en point de presse mercredi.

En ce moment, les détenus reçoivent entre 10$ et 69$ pour 10 jours de travail. Ceux qui reçoivent le maximum peuvent payer jusqu'à 25$ par semaine en frais de logement et repas.

À partir de l'année prochaine, tous ceux qui reçoivent plus de 52$ par deux semaines, soit 5,25 $ par jour, devront en verser 30 pour cent pour payer leur logement et leurs repas.

Ce pourcentage correspond davantage à celui que les Canadiens paient en fonction de leur revenu pour se loger, a signalé le gouvernement.

«Lorsqu'ils sont en prison, il faut qu'ils comprennent que ce sont les contribuables qui paient pour qu'ils soient là. Nous trouvons qu'ils est approprié qu'ils paient une portion de ce qu'ils gagnent», a fait valoir le ministre Toews.

Avec cette mesure, Ottawa prévoit économiser ainsi 4 millions $ par année.

Le ministre Toews a également annoncé d'autres mesures qui feront économiser quelque 5 millions $ aux services correctionnels en abolissant notamment les primes au rendement pour les détenus qui travaillent et en gérant autrement les paiements pour les appels téléphoniques.

Ottawa souhaite aussi uniformiser le processus par lequel les détenus font des achats de l'extérieur.

Décourager la réinsertion?

Selon le criminologue Jean-Claude Bernheim, président de l'Office des droits des détenus, il s'agit là d'un discours instrumentaliste qui pourrait décourager les détenus à participer à ces programmes de réinsertion.

«De les amputer encore plus du peu de ressources dont ils disposent, à un moment donné, ça sert à quoi?», a déploré M. Bernheim.

À Ottawa, les partis d'opposition n'ont pas paru très impressionnés par l'initative non plus.

«C'est toujours des effets de toge pour leur base réformiste», a soutenu le chef néo-démocrate Thomas Mulcair. «Au lieu d'avoir une approche équilibrée entre la répression et la réhabilitation, ce sont des gestes bêtes qui sont en train d'être posés.»

Le leader libéral Bob Rae estime pour sa part que cela pourrait miner les chances pour un détenu de se réintégrer à la société.

«Le jour viendra où les gens vont quitter la prison, ils ne vont pas rester pour toujours. Est-ce qu'on veut qu'ils retournent toujours en prison ou est-ce qu'on veut vraiment qu'ils aient une chance de récupérer leur vie?», a-t-il demandé.

Quant au chef bloquiste, il dit être d'accord sur le principe de la mesure, mais pas sur les moyens, car elle pourrait à son avis inciter à la paresse.

«Il y a comme une ambiguïté, parce que on dit: 'ceux qui travaillent beaucoup, ceux qui veulent se former, ceux qui veulent avoir une réinsertion, à eux, on va leur en demander plus'», a signalé Daniel Paillé.

Un point positif à noter cependant par le criminologue M. Bernheim concerne l'intention du fédéral de remettre entièrement aux prisonniers la responsabilité de gérer leurs cantines.

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