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Les Algériens restent sceptiques face aux élections législatives de jeudi

09/05/2012 11:46 EDT | Actualisé 09/07/2012 05:12 EDT

ALGER, Algérie - L'abstention pourrait bien être la grande gagnante des élections législatives de jeudi en Algérie, qui s'annoncent pourtant comme les plus libres de l'histoire du pays. Traumatisée par la guerre civile des années 1990 et soumise à un régime autoritaire, la population accueille avec scepticisme les promesses de changement des islamistes ou des partis proches du gouvernement.

«Ceux pour qui j'ai voté la dernière fois ont fini en prison. J'en ai assez», confie un Algérien désabusé âgé dans la cinquantaine rencontré à El Harrach, un quartier défavorisé de la banlieue d'Alger. Il n'a pas voulu donner son nom.

Personne n'a oublié la victoire annoncée du Front islamique du salut (FIS) aux élections de 1991, annulées par l'armée, et les dix années de guerre civile qui ont suivi. Cette fois encore, des islamistes se présentent contre des partis proches du gouvernement, mais la population paraît résignée après des années de répression et de résultats frauduleux. La participation pourrait ne même pas atteindre les maigres 35 pour cent de 2007.

Même le vent de réforme démocratique du Printemps arabe de 2011, parti de la Tunisie voisine, a peu soufflé sur l'Algérie. La richesse tirée de ses vastes réserves de gaz naturel a aidé à étouffer les velléités de contestation malgré quelques manifestations pour l'emploi et le logement, mais le processus politique ne passionne pas les foules, plus enthousiasmées par le football et... l'élection présidentielle française.

«Ce sont tous les mêmes partis, pleins d'escrocs et de corrompus», lâche Hamid Bouchna, un diplômé en génie électrique au chômage.

Le président Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999, a appelé les électeurs à aller voter tout en promettant des réformes et des élections libres, mais les trois semaines de campagne électorale ont été marquées par des rassemblements boudés par le public et des affiches vandalisées.

«Les élections en Algérie n'ont pas bonne réputation. Les gens disent: "Je vote mais rien ne change, on voit toujours les mêmes gens, les mêmes partis"», observe le sociologue Nasser Djabi, en soulignant que le Parlement possède peu de pouvoir face à un président autocratique.

Le Front des forces socialistes (FFS), l'un des rares partis crédibles de l'opposition non islamiste, salue la présence de 500 observateurs étrangers aux élections. «Les démocraties occidentales ne permettront plus la falsification de la volonté du peuple. Il y a un espoir que ces élections ne soient pas truquées», a estimé Mustefa Bouchachi, défenseur des droits de la personne et candidat à Alger.

Abdelaziz Bouteflika promet que l'Assemblée sera consultée sur la réforme de la Constitution. Quelque 21,6 millions d'électeurs sont appelés à désigner 462 députés parmi les candidats de 44 partis, dont la moitié ont été autorisés cette année seulement. L'Assemblée devrait être partagée entre les partis pro-gouvernementaux, l'Alliance de l'Algérie verte (coalition islamiste) et de petits partis.

Pendant la campagne, les médias officiels ont pour la première fois attribué un semblant d'égalité de temps de parole aux partis de l'opposition. Les partis pro-gouvernementaux continuent pour leur part d'invoquer l'héritage de la guerre d'indépendance contre la France, alors que 70 pour cent des Algériens sont âgés de moins de 30 ans.

«Pour moi, le Printemps arabe est une catastrophe. Nous n'avons pas besoin de leçons de l'étranger. Notre printemps est algérien, notre révolution est celle du 1er novembre 1954», a lancé le premier ministre Ahmed Ouyahia samedi, lors d'une réunion du Rassemblement national démocratique (RND).

Quant aux islamistes, qui ont remporté les élections en Tunisie, au Maroc et en Égypte dans le sillage du Printemps arabe, ils espèrent aussi faire une percée en Algérie, avec un message plus économique que religieux. Ainsi, Amar Ghoul, chef de file de l'Alliance verte à Alger, a surtout fait campagne dans les quartiers populaires pour «un nouveau gouvernement, représentatif et efficace», explique-t-il.

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