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Grève de la faim: issue médicale incertaine après deux mois

09/05/2012 11:02 EDT | Actualisé 09/07/2012 05:12 EDT

La survie d'un gréviste de la faim devient incertaine au delà de deux mois de jeûne, estime un expert français de la nutrition, alors que deux détenus palestiniens sont en grève de la faim en Israël depuis 71 jours.

"Quelqu'un en bonne santé et qui fait une grève de la faim de manière intelligente ne se met certainement pas en danger avant deux mois" de jeûne, explique à l'AFP le Pr Jean-Claude Melchior, nutritionniste à l'Hôpital Raymond-Poincaré de Garches, près de Paris.

Pendant une grève de la faim stricte, avec de l'eau mais sans alimentation, le corps brûle petit à petit ses réserves de graisse et transforme aussi une partie de sa masse musculaire, surtout au début pour alimenter le cerveau.

"L'organisme s'adapte et tout doucement pompe dans sa masse graisseuse qui va fondre. Même une personne pas trop enveloppée a largement de quoi tenir soixante jours", estime ce spécialiste.

Au-delà, un gréviste de la faim risque la mort par une "sorte d'épuisement métabolique global" que la médecine comprend encore mal. "On ne sait pas très bien ce qui se passe, les gens meurent d'épuisement comme une bougie qui s'éteint alors qu'ils n'ont pas épuisé leurs réserves de tissus adipeux", précise le Pr Melchior.

La condition de prisonniers est plutôt favorable à un jeûne prolongé car un détenu se déplace peu et fait des économies d'énergie. "Mais le problème c'est que les prisonniers sont souvent à l'origine mal alimentés et ne sont pas en très bonne condition physique de départ", indique ce expert.

Après une grève de la faim, la réalimentation doit se faire très progressivement, avec des choses légères, pas trop grasses ou sucrées, en faible quantité et de manière espacée dans le temps.

Souvent, un jeûneur a l'impression que son estomac s'est rétréci, avec une impression de satiété très rapide. Ce ne c'est pas du tout le cas mais plutôt l'expression d'une remise en route progressive du mécanisme complexe de la digestion.

Si un jeûne est correctement conduit --surtout sans jus de fruits ou aliment sucré-- "il n'y a aucune raison d'avoir des séquelles" pour une personne en bonne santé, selon le praticien.

Khader Adnane, membre du mouvement radical Jihad islamique, libéré le 17 avril sur décision de la justice israélienne après 66 jours de grève de la faim - le précédent record pour un détenu palestinien - semble d'ailleurs se rétablir correctement, après avoir dû subir une intervention chirurgicale.

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