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Le golf fait ses classes au Laos, mais le décollage attendra

08/05/2012 05:27 EDT | Actualisé 08/07/2012 05:12 EDT

L'Open de golf de Luang Prabang, dans le nord du Laos, s'est tenu la semaine dernière, doté de 80.000 dollars. Une misère, mais une grande première pour l'un des pays les plus pauvres du monde, où aucune discipline sportive n'avait avancé une telle somme.

Le pays asiatique, placé depuis 1975 sous l'emprise d'un régime communiste stalinien, est la dernière proie des investisseurs du secteur dont les stars mondiales figurent parmi les sportifs les mieux payés de la planète.

Une cible pas forcément attendue, alors que la dernière grande compétition internationale, les Jeux du sud-est asiatique, avait été réduite à une version simplifiée en 2009, faute d'infrastructures suffisantes. Mais le golf ne néglige aucun recoin du continent asiatique.

En Birmanie voisine, il constitue un héritage incontesté de la colonie britannique. Et en Corée du Nord, la légende stipule que le défunt dirigeant Kim Jong-Il a parcouru onze trous en un coup lors de son premier parcours. De quoi motiver des générations d'apparatchiks.

Le Laos n'a suivi le mouvement que plus récemment, au fur et à mesure qu'étaient introduits des éléments de l'économie de marché.

"Le golf est nécessaire pour le pays, et puis les gens hauts-placés jouent au golf", résume Khampeng Vongkhanty, vice-président de la Fédération nationale (LNGF). "Quand ils ont des rendez-vous à l'étranger, tout le monde joue au golf".

Le pays ne compte pour autant qu'un seul joueur professionnel, huit parcours dont cinq dans la capitale, et ni entraîneur ni magasin d'équipements, qui sont donc importés.

Le Luang Prabang Golf Club et son club-house en marbre, qui a ouvert ses portes l'an passé, a d'ailleurs été financé par des Sud-Coréens. Car si le sport sied aux dirigeants du Parti révolutionnaire populaire lao (PRPL, au pouvoir), son développement repose sur l'argent privé.

"La politique de notre gouvernement est d'attendre que les investisseurs bâtissent le golf de notre pays", admet Khampeng.

Bingo à Luang Prabang. Le géant sud-coréen du thon Lee Gang-Pil a investi 30 millions de dollars, à deux pas d'une ville classée au patrimoine de l'Unesco, entre architecture coloniale française et temples bouddhistes, le tout sur les rives du fleuve Mékong, devant un relief vallonné de toute beauté.

"Le golf peut décoller, il sera emmené par le tourisme", estime d'ailleurs Chris Jordan, de l'organisation de marketing sportif World Sport Group, qui gère le circuit PGA (Professional Golf Association) en Asie du Sud-Est.

"Les classes moyennes et supérieures vont regarder ça à la télé et se dire: ça ressemble à un parcours décent, c'est au milieu d'un site de l'Unesco, on y va pour le week-end".

Mais pour les joueurs lao, ce sera plus dur.

Aucun des 16 joueurs du cru inscrits au tournoi ne s'est qualifié, pas même Daliya Saidara, 22 ans, la seule professionnelle du pays, inscrite pourtant régulièrement sur le circuit thaïlandais. "Quand je joue au Laos, tout le monde me regarde", se plaint-elle. "Il y a tellement de pression sur moi. C'est très dur".

Ca risque de le rester encore quelques années.

Car seules les familles fortunées sont susceptibles d'offrir un sac de golf et une inscription à leur progéniture. "Après les études supérieures, ils vont en Australie, à Singapour, en Thaïlande et aux Etats-Unis où ils choisissent un sport (...). Très peu de jeunes peuvent se permettre ce genre de luxe au Laos", constate Jason Lim, homme d'affaires singapourien et manager de l'équipe lao.

De fait, nul pêcheur sur le Mékong n'a interrompu sa journée de labeur pour voir si Daliya faisait, ou non, bonne figure à l'Open. Et les uniques spectateurs ont sans doute été cette famille de paysans sortie par inadvertance de derrière un buisson, près du green du trou N.9.

Seuls les initiés et les statistiques retiendront que la victoire est revenue au Thaïlandais Thaworn Wiratchant. A 45 ans, il est reparti avec 13.000 dollars. Soit 104 millions de kips, la monnaie locale, environ treize ans de revenu annuel moyen.

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