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L'ambitieux Shaul Mofaz, un spécialiste de la manoeuvre

08/05/2012 05:47 EDT | Actualisé 08/07/2012 05:12 EDT

Il avait juré de ne jamais rejoindre le gouvernement de Benjamin Netanyahu. Aujourd'hui rallié au Premier ministre israélien, l'ex-chef de l'opposition, Shaul Mofaz, s'est taillé la réputation d'un homme guidé par ses ambitions personnelles plutôt que par l'idéologie.

"Je n'entrerai pas dans le gouvernement de Bibi (Netanyahu). Ni aujourd'hui. Ni demain", promettait le général en retraite avant de ravir la direction de Kadima (centre droit), principal parti d'opposition, à sa rivale Tzipi Livni en mars. C'est le même Shaul Mofaz qui avait qualifié M. Netanyahu de "menteur".

Ce transfuge du Likoud, le grand parti de la droite israélienne, est un ancien chef d'état-major et ex-ministre de la Défense qui s'est facilement emparé de Kadima grâce à son image sécuritaire, avec 61,7% des suffrages contre 37,23% à la dirigeante du parti Tzipi Livni, ex-chef de la diplomatie.

Ses partisans mettent en avant sa riche expérience militaire et portent notamment à son crédit l'écrasement de la deuxième Intifada palestinienne (2000-2005).

Ils font valoir que ses qualités pourront être mises à profit, au moment où M. Netanyahu voit dans le programme nucléaire iranien "une menace existentielle" pour Israël.

Ses adversaires lui reprochent en revanche l'impréparation de l'armée face au Hezbollah chiite durant la guerre au Liban de l'été 2006.

Peu loquace, cet homme d'action de 63 ans, patient, pragmatique, et avide de pouvoir, a su attendre son heure. Il va devenir mercredi vice-Premier ministre.

Shaul Mofaz n'en est pas à sa première volte-face.

Alors qu'il était encore membre du Likoud, il avait assuré qu'il ne ferait pas scission, écrivant aux 3.000 membres du Comité central: "On ne quitte pas la maison", juste avant de rejoindre Kadima, créée par l'homme fort de la droite Ariel Sharon.

Aujourd'hui encore premier parti d'Israël avec 28 députés, la formation centriste, dans l'opposition depuis 2009, est en chute libre. Les sondages ne lui prédisent au mieux qu'une douzaine de sièges.

Autant dire que l'ex-général apparaît comme un "sauveur" aux yeux de ses camarades de parti.

Shaul Mofaz est né en Iran en 1948, l'année de la création d'Israël. Il immigre neuf ans plus tard avec sa famille en Israël, s'engage à 18 ans dans les parachutistes, puis se bat contre les armées arabes durant la Guerre des Six-Jours (juin 1967).

Dès 1986, il accède au sommet de l'armée en prenant le commandement de la prestigieuse Brigade parachutiste, puis devient chef des régions militaires Centre et Sud d'Israël. Ces postes le conduisent tout droit en 1998 aux fonctions de 16e chef d'état-major, puis de ministre de la Défense (2002-2006).

Tout au long de sa carrière, ce général s'est efforcé de ne pas faire de vagues. Selon ses critiques, il doit son ascension moins à ses faits d'armes qu'au soutien de la droite, décidée à faire barrage aux officiers de l'état-major identifiés au processus de paix avec les Palestiniens.

Il y a tout juste dix ans, après une série d'attentats palestiniens particulièrement meurtriers en Israël, il dirige l'opération "Rempart", le plus important déploiement militaire israélien dans les Territoires palestiniens depuis 1967.

Il a publiquement dénoncé les accords d'Oslo (1993) sur l'autonomie palestinienne en les qualifiant de "pire erreur jamais commise par Israël".

Mais Shaul Mofaz travaille depuis trois ans à son propre plan de paix qui préconise l'établissement d'un Etat palestinien avec des frontières provisoires, accompagné en parallèle de pourparlers sur les dossiers liés au statut final (les réfugiés et Jérusalem, notamment).

Face à l'Iran, il prône l'action armée si les sanctions et efforts diplomatiques de la communauté internationale n'aboutissent pas à l'arrêt du programme nucléaire controversé de Téhéran.

ChW/agr/sst/sw

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